Dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire, les routes et ponts inondés pourraient affecter l’organisation des audiences foraines, un processus longtemps retardé mais indispensable pour le retour à la paix, car il devrait permettre de délivrer une carte d’identité aux nombreux sans-papiers ivoiriens.
« La plupart des routes autour d’Odienne [la capitale régionale] sont totalement impraticables », a affirmé Amidou Kourouma, le maire suppléant de la ville, joint au téléphone. « L’état des routes est si mauvais que même en véhicule 4x4 il faut emprunter des déviations et se frayer un chemin dans la brousse ».
« C’est un problème délicat », a-t-il ajouté. « S’il n’y a pas de routes, certains villages pourraient ne pas être servis ».
Or, l’exclusion d’une communauté quelconque est justement ce que le processus d’identification est censé éviter, à un moment où la Côte d’Ivoire se remet de cinq années de déclin économique et de conflit déclenché par un groupe de rebelles dont l’objectif était notamment de mettre fin à la discrimination à l’égard des habitants du nord de la Côte d’Ivoire.
Après plusieurs tentatives infructueuses, le processus d’identification devrait enfin démarrer le 25 septembre.
Des équipes de magistrats et d’experts juridiques sillonneront le pays pour délivrer un jugement supplétif à chaque personne qui ne disposerait pas d’un acte de naissance, afin qu’elle puisse se faire établir une carte d’identité nationale et une carte d’électeur. Pour obtenir un jugement supplétif, le requérant devra se présenter avec au moins un témoin pour attester de son lieu de naissance.
Le processus d’identification est particulièrement important pour les habitants de Denguele (nord-ouest) qui disent avoir longtemps été considérés comme des étrangers et marginalisés parce qu’ils ont les mêmes noms et les mêmes groupes ethniques que certaines communautés de pays voisins comme le Mali et le Burkina Faso.
A en croire M. Kourouma, les autorités locales d’Odienne n’ont pas encore reçu la liste détaillée des équipes qui seront déployées dans la région ni celle des sites devant abriter les audiences foraines.
En outre, compte tenu du mauvais état des routes, qui empêche d’accéder à plusieurs zones, il serait préférable tenir les audiences foraines dans quelques grandes villes seulement, plutôt que de les organiser dans de nombreuses petites villes et communautés rurales.
Néanmoins, les problèmes de mobilité des villageois restent entiers.
Les véhicules se font rares
« Dans de nombreux villages alentours, la population rencontre d’énormes difficultés pour se déplacer », a expliqué à IRIN Ibrahim Koné, 33 ans, habitant d’Odienne et président d’une association de jeunes. Même pendant la saison sèche, en temps de paix, beaucoup de villageois passent parfois une semaine sans voir le moindre véhicule. Ainsi, pour aller d’un village à un autre, ils se déplacent généralement à moto, à vélo ou à pieds.
« De toutes les façons, l’état des routes posera un problème, c’est sûr », a affirmé M. Koné, faisant allusion au prochain programme d’identification.
Photo: Koffi Samuel ![]() |
| Voyageurs regardant un camion coincé sur une route détruite par les inondations qui ont frappé le nord-ouest de la Côte d'Ivoire |
Les routes communales, dont la plupart sont latérite et en gravier, ne sont pas entretenues depuis 2002, année du déclenchement de la rébellion armée qui a coupé le nord du sud du pays, contrôlé par les forces gouvernementales.
Les routes inondées affectent également les activités commerciales dans la région car elle empêche les commerçants de se rendre sur les marchés. De plus, en raison de l’impraticabilité des routes et des ponts, des bus transportant des femmes et des enfants se retrouvent embourbés pendant plusieurs jours, ont rapporté des habitants.
« J’ai vu une femme enceinte abandonnée sur le bord de la route pendant trois jours », a affirmé M. Kourouma. Selon certains habitants, il faut parfois près de trois heures pour parcourir 30 kilomètres.
Pour M. Koné et les autres personnes contactées par IRIN, cette situation pourrait retarder le processus d’identification, mais elle ne le bloquera pas.
« Les habitants ici sont préparés à cela. Ils l’attendent désespérément parce que bon nombre d’entre eux n’ont pas de papiers d’identité », a expliqué M. Koné.
Selon le chargé de la supervision du processus d’identification auprès du cabinet du Premier ministre, les équipes d’audiences foraines sauront s’adapter à la situation.
« Nous n’avons pas prévu ce type de problème », a expliqué Alain Lobognon, directeur de la communication, qui répondait à une question d’IRIN à propos des dégâts causés par les inondations dans la région de Denguele. « On va faire avec », a-t-il ajouté.
Pour les équipes des audiences foraines, en revanche, une telle adaptation pourrait aussi impliquer qu’elles se déplacent avec leurs propres réserves de carburant. En effet, à la date du 17 septembre, il y avait déjà cinq jours que les stations service d’Odienne manquaient de gasoil, car les routes utilisées pour le transport du carburant étaient toutes impraticables.
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