Les pourparlers de paix entre le gouvernement soudanais et les rebelles du Darfour, destinés à mettre un terme à plus de quatre ans et demi de conflit, doivent débuter le 27 octobre à Tripoli, en Libye, a indiqué le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon.
« Après avoir consulté les différentes parties, Alpha Konaré, le président de l’UA [Union africaine], et moi-même avons décidé que les négociations débuteraient en Libye le samedi 27 octobre, sous la direction des envoyés spéciaux de l’UA et des Nations Unies, qui continueront de travailler en étroite collaboration avec les pays de la région », a déclaré M. Ki-Moon, le 6 septembre.
L’annonce de Ban Ki-Moon est intervenue à la suite de sa rencontre avec Omar el-Béchir, le président soudanais, au terme d’une mission de cinq jours au Soudan, au cours de laquelle le Secrétaire général s’est rendu au Sud-Soudan et dans la région du Darfour, dévastée par la guerre, où il a visité un camp de déplacés.
« J’espère et j’attends que toutes les parties déclarent leur ferme engagement à cesser immédiatement toutes les hostilités, à trouver une solution politique à la crise du Darfour, à créer au Darfour un environnement sûr et propice aux négociations, à participer à l’effort de négociation et à s’engager à en respecter les conclusions », a déclaré M. Ki-Moon.
M. Nour pose ses conditions
La plupart des groupes rebelles du Darfour ont accepté de participer aux pourparlers de paix avec le gouvernement ; toutefois, un des principaux chefs rebelles, Abdul Wahid Mohammed Nour, fondateur du Mouvement de libération du Soudan (MLS), a posé un ensemble de conditions, qu’il faudra remplir pour qu’il consente à s’asseoir à la table des négociations.
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| Combattants du Mouvement de libération du Soudan dans la ville de Gereida, au Sud-Soudan |
M. Ki-Moon a instamment prié M. Nour, qui réside actuellement à Paris, de venir expliquer ses préoccupations.
« Je sais qu’il a une grande influence sur le processus de paix. Je l’encourage vivement à participer aux prochaines négociations de paix », a déclaré le Secrétaire général des Nations Unies.
« J’ai demandé à de nombreuses parties prenantes et leaders influents de jouer de leur influence pour le convaincre de participer », a poursuivi M. Ki-Moon.
En août, M. Nour a refusé l’invitation de l’Union africaine et des Nations Unies, qui lui proposaient de participer à une conférence à Arusha, en Tanzanie, pour parvenir à une entente entre les divers groupes rebelles sur la position commune à adopter face au gouvernement, au cours des négociations.
« Il est très important qu’au lieu de protester et de se plaindre en dehors du cadre du dialogue, […] tout le monde vienne faire part de ses préoccupations », a estimé M. Ki-Moon. « Ce forum de négociations va être d’une importance cruciale pour l’instauration d’une paix durable et permanente au Soudan ».
Les pourparlers d’octobre doivent compléter l’accord de paix de mai 2006, signé par un seul des trois groupes rebelles présents au cours des négociations.
Un ministre soudanais exhorte toutes les parties à participer aux pourparlers
Les deux autres groupes, dont le MLS de M. Nour, avaient rejeté l’accord négocié par l’UA, qu’ils considéraient comme imparfait, ce qui avait encouragé une majorité des PDIP du Darfour à s’y opposer.
« Nous espérons que toutes les parties se présenteront aux pourparlers, afin que nous puissions parvenir à un règlement final », a déclaré Lam Akol, ministre soudanais des Affaires étrangères, lors d’une conférence de presse commune avec le Secrétaire général des Nations Unies.
Selon M. Akol, le Soudan est satisfait à la fois de la date et du lieu des pourparlers de paix. Les médiateurs avaient envisagé six pays comme lieux de rencontre possibles pour les pourparlers, avant de se décider pour la Libye, a-t-il ajouté.
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| Pour les populations déplacées du Darfour, les conditions de vie sont très difficiles |
Recrudescence des attentats à l’encontre de travailleurs humanitaires
La visite de M. Ki-Moon au Soudan a eu lieu alors que les violences reprenaient au Darfour et que l’on y observait une recrudescence des attentats perpétrés à l’encontre des travailleurs humanitaires.
« Nous sommes préoccupés et frustrés par les nombreux cas de menaces aux travailleurs humanitaires [qu’on nous rapporte] : on leur met des bâtons dans les roues, on les harcèle, ils sont parfois victimes d’enlèvements et reçoivent des menaces », a déclaré le leader des Nations Unies.
Les près de 3 000 travailleurs humanitaires qui opèrent au Darfour apportent leur aide à 4,2 millions de personnes, dans le cadre de la plus importante opération humanitaire du monde. Une douzaine de responsables humanitaires ont été tués au Darfour en 2006 et cinq depuis le début de cette année, selon un rapport récemment publié par les Nations Unies.
Le nombre de véhicules humanitaires détournés a atteint 76 à la mi-juillet, toujours d’après le rapport, et les détournements de véhicule sont devenus plus violents. Quelque 97 employés ont aussi été temporairement enlevés.
Ban Ki-Moon visite le camp
Le 5 septembre, le Secrétaire général des Nations Unies a visité le camp d’Al Sallam, près d’El Fasher, la capitale de l’Etat du Nord-Darfour, pour constater de visu le sort des personnes qui y vivent.
« Je suis choqué et consterné face à la pauvreté, aux épreuves et aux difficultés que doivent surmonter [ces gens] », a-t-il déclaré. « Nous devons les aider afin qu’ils puissent retourner chez eux, sur leurs terres. J’étais très attristé de voir tous ces gens souffrir du manque de refuges, de logements, de systèmes d’assainissement et d’eau ».
| «J’étais très attristé de voir tous ces gens souffrir du manque de refuges, de logements, de systèmes d’assainissement et d’eau » |
Les Nations Unies et l’Union africaine prévoient de déployer une force commune de 26 000 soldats et policiers, pour remplacer le contingent sous-financé et sous-équipé de l’Union africaine, incapable de mettre un terme aux violences qui continuent de sévir dans la région.
M. Ki-Moon a dit espérer que le déploiement des troupes, conjugué à des pourparlers de paix et à une aide humanitaire, permettrait d’améliorer la situation dans la région.
« C’est un nouveau départ, saisissons cette occasion ensemble », a-t-il souligné.
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