1. Accueil
  2. West Africa
  3. Côte d’Ivoire

Pénurie d'insuline, le gouvernement interpelé sur les maladies négligées

Confrontés à une pénurie d’insuline dans les pharmacies de la santé publique (PSP) de la Côte d’Ivoire, des diabétiques interpellent les autorités et dénonce cette situation qui prive la plupart d’entre eux du principal traitement contre la maladie.

« La situation est devenue tellement critique », a déploré Jonas Yao, vice-président de la Nouvelle alliance des diabétiques de Côte d’Ivoire (NADCI). « Nous ne sommes pas loin d’enregistrer des décès dans nos rangs ».
Selon M. Yao, le stock national d’insuline est épuisé depuis le mois de mars, et le médicament n’est disponible que dans les pharmacies privées où son prix est multiplié par deux.

Pour les diabétiques, la pénurie d’insuline dans les PSP, où le médicament est vendu à un prix abordable, n’est qu’un exemple de l’incapacité du gouvernement à venir en aide aux personnes touchées par la maladie.

Selon les spécialistes de la santé, en dépit des graves répercussions qu’elles ont sur le plan humain et socio-économique, les maladies chroniques telles que le diabète ne semblent mobiliser que très peu de ressources, contrairement aux maladies plus contagieuses que sont la tuberculose, le VIH/Sida et le paludisme.

Les personnes souffrant de diabète n’ont d’ailleurs pas manqué d’exprimer leur frustration car, contrairement aux maladies plus visibles, les autorités semblent afficher une indifférence générale vis-à-vis du diabète.
« Les gens négligent le diabète parce qu’il n’est pas contagieux comme le VIH », a expliqué Hortense Nouama, trésorière de la NADCI.

Evoquant les programmes nationaux qui offrent des traitements à moindre coût aux personnes atteintes du VIH/Sida, Mme Nouama a dit, « j’aurais été mieux traitée si j’étais séropositive. Cela m’aurait permis de me procurer des médicaments à moindre frais ».

En Côte d’Ivoire, explique M. Yao, un traitement à l’insuline dans les PSP revient à près de 3 500 francs CFA (7,25 dollars américains), contre 17 000 francs CFA (35 dollars) dans les pharmacies privées. Le gouvernement doit être le mieux à même de fournir des médicaments bon marché aux personnes diabétiques.
D’après les études menées par l’OMS, le coût d’un mois de traitement, avec les autres médicaments utilisés par les personnes soufrant de diabète de type 2 ou diabète non insulinodépendant – le type de diabète le plus répandu en Côte d’Ivoire – représente une semaine de salaire pour les patients.

Le diabète est une maladie chronique qui survient lors que le pancréas ne produit plus assez d’insuline – une hormone qui régule la quantité de sucre dans le sang. La maladie peut également être provoquée par l’incapacité de l’organisme à utiliser l’insuline qu’il produit lui-même.
Alors que le diabète a longtemps été associé aux pays développés, il est de plus en plus répandu dans les pays d’Afrique subsaharienne et dans d’autres régions du tiers monde. Selon les estimations de l’OMS, d’ici à 2025, 75 pour cent des diabétiques dans le monde vivrons dans les pays en développement.

Plus d'attention pour les maladies chroniques

A en croire les spécialistes de la santé, les pays en voie de développement courent de graves risques en négligeant les maladies chroniques telles que le diabète, les maladies cardiovasculaires et le cancer.
« Avec toute l’attention qui est portée sur le VIH/Sida, le paludisme et les autres maladies contagieuses, les pays ne sont pas prêts à faire face aux autres défis que représentent les maladies chroniques telles que le diabète », a expliqué David Beran, coordinateur de projet à l’International Insulin Foundation au Centre for International Health and Development de l’University College of London à Londres.
« Ce sont des maladies de longue durée dont le traitement est onéreux et qui ont un impact financier énorme tant pour les patients que pour les systèmes de santé ».

Comme l’indique le rapport 2007 du bureau régional de l’OMS pour l’Afrique, dans sa stratégie de lutte contre le diabète, les maladies chroniques non contagieuses ne bénéficient pas de l’attention qu’elles méritent, « en dépit de ses répercussions humaines et économiques ». Généralement axées sur des affections aiguës, « les structures sanitaires ne sont pas adaptées pour fournir des soins aux personnes atteintes de maladies chroniques », selon l’OMS.

Le gouvernement doit faire plus

En Côte d’Ivoire, le ministère de la Santé avait annoncé en 2006 la mis en route d’un programme national de lutte contre le diabète. En juin 2007, l'Institut national de santé publique (INSP) d'Abidjan avait également annoncé une amélioration des conditions de prise en charge et de suivi des diabétiques, mais les patients attendent encore de voir ces améliorations se matérialiser.

« On ne sait pas pourquoi ça n’avance pas », a déclaré Mme Nouama du NADCI. Les membres de l’association ont dit avoir interpellé le ministère de la Santé qui leur a répondu que le retard dans la mise en route du programme national était dû à des « problèmes administratifs ».

Pour les diabétiques seul un programme national qui subventionnerait les médicaments indispensables – aux patients insulinodépendants et non insulinodépendants - et faciliterait le dépistage et les consultations – permettrait de soulager les patients et de mieux contrôler la maladie.

Contactés par le correspondant d’IRIN, certains fonctionnaires du ministère de la Santé ont refusé de faire le moindre commentaire sur le programme national ou la pénurie d’insuline dans les PSP.

Beaucoup de personnes souffrent énormément ou meurent de complications liées au diabète, a affirmé Mme Nouama.
« C’est une maladie dangereuse », a-t-elle déploré. « S’ils n’entendent pas nos doléances, et s’ils ne font pas quelque chose, nous seront obligés de prendre des mesures draconiennes, comme la grève de la faim, par exemple », a-t-elle ajouté. « Cela nous rendra malades […] mais après tout nous le sommes déjà ».

aa/np/nr/ads


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

Partager cet article

Our ability to deliver compelling, field-based reporting on humanitarian crises rests on a few key principles: deep expertise, an unwavering commitment to amplifying affected voices, and a belief in the power of independent journalism to drive real change.

We need your help to sustain and expand our work. Your donation will support our unique approach to journalism, helping fund everything from field-based investigations to the innovative storytelling that ensures marginalised voices are heard.

Please consider joining our membership programme. Together, we can continue to make a meaningful impact on how the world responds to crises.

Become a member of The New Humanitarian

Support our journalism and become more involved in our community. Help us deliver informative, accessible, independent journalism that you can trust and provides accountability to the millions of people affected by crises worldwide.

Join