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« La guerre est terminée » - président Gbagbo

La guerre est terminée en Côte d’Ivoire. C’est ce qu’ont déclaré le président Laurent Gbagbo et Guillaume Soro, le chef rebelle devenu Premier ministre, tandis que M. Gbagbo foulait le sol de la région nord pour la première fois depuis le début de l’occupation rebelle, en 2002.
 
« La guerre est terminée ! », a déclaré M. Gbagbo devant quelque 25 000 personnes, au stade municipal de Bouaké, le 30 juillet, appelant la foule à répéter cette phrase. « Que tous les Ivoiriens se lèvent et clament avec moi. La guerre est terminée ! ».
Pour M. Soro, la présence de M. Gbagbo à Bouaké, ancien bastion rebelle, « scelle la réunification du pays ».

De nombreuses personnes ont pleuré et certaines se sont évanouies, tandis que la foule réunie dans le stade se tenait debout, main dans la main, et priait pour la paix en Côte d’Ivoire.

Mais après avoir proclamé que la guerre était finie, le président Gbagbo a annoncé dans la foulée que le gouvernement allait à présent s’occuper d’organiser des élections présidentielles, un scrutin qui n’a que trop tardé.

C’est là que le travail commence, disent les experts. Si la conférence de Bouaké était une étape importante et positive, le plus gros du travail reste à venir, près de cinq mois après la signature de l’accord de paix par MM. Soro et Gbagbo.

Pour que les Ivoiriens puissent instaurer une paix durable, il faut encore mettre en œuvre un processus complexe d’identification et d’inscription des électeurs, et assurer le désarmement des anciens rebelles et des milices progouvernementales. « Le rassemblement à Bouaké n’est qu’une cérémonie », a estimé un diplomate occidental, sous couvert de l’anonymat. « C’est bien, mais ce n’est pas suffisant ».

Cet événement, essentiellement composé de discours et d’une mise à feu d’un bucher d’armes, auxquels ont assisté plusieurs chefs d’Etat africains, n’en était pas moins une démonstration d’unité très attendue ; les forces loyalistes et les anciens rebelles, avec l’aide des forces internationales, ont d’ailleurs assuré ensemble la sécurité dans la ville, où il y a tout juste un mois, M. Soro avait échappé à une tentative d’assassinat.

« C’est un moment historique pour la Côte d’Ivoire », a résumé Oumar Konaté, un étudiant de Bouaké. « Surtout pour nous, les jeunes qui avons longtemps souffert de la partition du pays ».

Soutien sceptique de l’opposition

Qu’il s’agisse ou non d’un moment historique, les principaux leaders de l’opposition ne se sont pas montrés à la conférence de Bouaké, préférant y envoyer leurs délégués.

Plusieurs sources de l’opposition ont rapidement expliqué qu’Alassane Dramane Ouattara, chef du Rassemblement des républicains (RDR), et l’ancien président Henri Konan Bédié, du Parti démocratique de Côte d’Ivoire, l’ancien parti au pouvoir, soutenaient totalement l’événement et le processus de paix, et que leur décision de ne pas assister à la cérémonie n’était pas une marque de désintérêt. Malgré tout, l’opposition a fait part de ses préoccupations sur la marche à suivre, et notamment sur les élections.

Ce qui importe, c’est ce qui arrivera après la cérémonie de Bouaké, a expliqué à IRIN Ally Coulibaly, porte-parole du RDR. « C’est un événement de grande portée au plan symbolique, mais la paix ne résume pas à ces symboles ».

Pour l’opposition, le rétablissement de la paix passe par l’organisation d’élections libres et justes – compromises, selon eux, par le Conseil de sécurité des Nations Unies, qui a décidé au début du mois de juillet de supprimer le poste de Haut représentant des Nations Unies aux élections.

La semaine dernière, les leaders de l’opposition ont appelé les Nations Unies à revenir sur leur décision. « Nous sommes inquiets et nous exprimons notre inquiétude », a expliqué à IRIN Niamkey Koffi, porte-parole de M. Bédié.
 
Dans un communiqué daté du 28 juillet, le RDR, parti d’opposition, a déclaré que la décision du Conseil de sécurité pouvait « être interprétée comme une renonciation » à l’objectif d’organiser des élections transparentes et justes.

« Le RDR tiendrait les Nations Unies responsables des désordres qui résulteraient des élections mal organisées », a expliqué à IRIN M. Coulibaly, du RDR.

Après plusieurs élections présidentielles planifiées puis annulées au cours des quatre dernières années, la Côte d’Ivoire s’apprête à se rendre aux urnes au début de l’année 2008.

Exclus
 
Un ancien responsable des Nations Unies, qui a récemment servi en Côte d’Ivoire, s’inquiète de constater que le processus de paix actuel n’implique pratiquement que MM. Soro et Gbagbo.

« Il y a un manque de transparence et d’inclusivité dans l’intégralité du processus », a déclaré Pierre Schori, qui a occupé le poste de représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Côte d’Ivoire entre avril 2005 et février 2007. « La société civile n’a pas été impliquée – l’opposition politique non plus ; elles se sont retrouvées devant le fait accompli ».

Selon M. Schori, qui dirige aujourd’hui une cellule de réflexion sur les politiques étrangères, à Madrid, si l’on ne parvient pas à instaurer une paix durable en Côte d’Ivoire, cela « aura de lourdes conséquences ». « J’espère ardemment que les leaders ivoiriens honoreront l’engagement qu’ils ont pris auprès de leurs pairs africains, de la communauté internationale et, par-dessus tout, de leur peuple, qui souffre », a-t-il ajouté.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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