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La sortie de crise pourrait signifier le retour aux soins payants

Alors que le processus de paix en Côte d’Ivoire avance et que des organisations humanitaires médicales commencent à se retirer de certains centres de santé, la reprise en main des services médicaux par les autorités ivoiriennes pourrait signifier la fin de la gratuité des soins.

« [Dans les zones de conflit], les populations ont bénéficié de la gratuité des soins médicaux », a expliqué à IRIN Jean Denoman, directeur général adjoint de la santé. « Aujourd’hui, elles auront du mal à accepter de payer pour se faire soigner ».

Pour les défenseurs d’un système de santé gratuit et universel, le retour aux soins de santé payants pénalisera les populations défavorisées.

La Banque mondiale et certains bailleurs ont pendant longtemps plaidé en faveur d’une participation financière de la population pour l’accès aux soins de santé et à l’éducation de base, contrairement à beaucoup d’organisations humanitaires qui pensent que faire payer les patients priverait la majorité de la population des services de base et réduirait considérablement son pouvoir d’achat.

Dans les hôpitaux de Man et de Bouaké, l’organisation humanitaire Médecins sans frontières (MSF) a commencé à fournir des soins gratuits après la prise par la rébellion de ces deux villes, en 2002, et la fuite des agents de santé de l’Etat.

Mais à la faveur des récents progrès du processus de paix, certains personnels de santé ont commencé à revenir dans la région, MSF s’étant retiré de l’hôpital de Bouaké au mois de mai et du centre médical de Man, en juillet.

« Avec le retrait de MSF, il est évident qu’il se pose au gouvernement ivoirien un problème de financement du Centre hospitalier universitaire de Bouaké et du Centre hospitalier régional de Man », a souligné M. Denoman.

« Maintenant, la question qui se pose est de savoir s’il faut laisser les structures fonctionner sans la participation des populations ? Il est évident que cela va ruiner nos structures », a-t-il affirmé.

Jusqu'à présent, les autorités des deux hôpitaux continuent de fournir gratuitement des soins et des médicaments aux populations, mais cela ne pourra pas durer longtemps, a confié à IRIN Kouie Jean Plo, directeur du Centre hospitalier universitaire de Bouaké.

« Nous attendons des instructions des ministères de la Santé et des Finances pour savoir quand et comment rétablir le paiement des actes médicaux », a-t-il dit.

Selon M. Plo, il faut impérativement que le gouvernement rétablisse progressivement ces frais.

« Nous ne pouvons pas mettre fin brutalement à la gratuité des soins », a-t-il ajouté.

Pour M. Denoman, la solution pourrait consister à proposer au départ un rabais de 50 pour cent du coût des prestations, avant d’appliquer progressivement le plein tarif.

« Pour conclure, il faut dire que MSF est parti, mais nous avons préparé ensemble ce départ de manière à pouvoir prendre le relais » a expliqué M. Denoman. « Il n’y a pas de rupture et tout se fera progressivement jusqu’à ce que les populations acceptent de payer désormais les soins qui leur seront fournis ».

Les préoccupations de MSF

Christophe Vavasseur, chef de mission MSF Belgique en Côte d’Ivoire, s’est dit préoccupé par la proposition du gouvernement de revenir d’ici 2008 à la politique de recouvrement des coûts des actes de santé.

« Cela exclura une bonne partie de la population », a-t-il déploré.

La non gratuité des soins de santé « est un facteur d’exclusion », a-t-il affirmé. « Cela a été prouvé et notre expérience à Man le confirme ».

Selon un rapport de MSF, le traitement d’une forme sévère de paludisme à Man peut représenter plus de deux mois de salaire et une césarienne, huit mois de salaire.

Pour M. Vavasseur, le public a généralement de moins en moins recours aux services de santé lorsque les soins sont payants.

En 2006, note le rapport de MSF, le nombre de consultations totales dans quatre structures tenues par l’organisation dans la région ouest, où elle assurait la gratuité des soins, était 20 pour cent plus élevé que dans tous les 79 centres de santé publics où les patients devaient payer pour être soignés.

« Nous [à MSF] essayons, dans la mesure du possible, de fournir des statistiques pour montrer que le réel besoin des populations est la gratuité de soins », a-t-il conclu.

Selon MSF, les gouvernements doivent réduire au maximum le coût des soins en augmentant la part du budget national allouée à la santé.

« Nous espérons qu’après le départ de MSF, le Centre hospitalier régional, avec les appuis nécessaires du ministère de la Santé et les acteurs externes, pourra continuer à remplir sa vocation de structure publique accessible à une population encore largement affectée par la période de crise », peut-on lire dans le rapport de MSF.

Et pour M. Vavasseur, lorsque les hôpitaux doivent compter sur les frais des soins de santé pour assurer leur fonctionnement, ils ne recherchent plus d’autres modes de financement.

« Dans de nombreux pays, le principe selon lequel on doit payer pour sa santé est bien ancré dans les mentalités. On pense que les patients doivent financer leurs soins et assurer ainsi la pérennité du [système de santé]. Mais c’est une erreur de le croire, car cette politique peut même s’avérer contreproductive », a affirmé MSF. 

np/dr/cb/ads/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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