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L’interdiction des armes n'empêche pas les violences

A la suite d’un attentat kamikaze à la voiture piégée qui a coûté la vie à sept touristes espagnols et à deux Yéménites sur le site touristique de Marib, à l’est de la capitale Sanaa, le 2 juillet, le gouvernement ainsi que plusieurs activistes intensifient les efforts pour débarrasser le pays des armes qui y circulent.

Mais selon eux, cette tâche repose sur un processus difficile et compliqué, qui requiert une démarche de sensibilisation à tous les niveaux, pour prévenir les violences tribales et les vengeances meurtrières.

Abdul-Rahman El Marwani, président de l’organisation non gouvernementale locale locale Dar al-Salaam Organisation to Combat Revenge and Violence, a expliqué à IRIN que la disponibilité des armes légères au sein de la population civile constituait une menace pour la stabilité et le développement du pays.

« Les armes à feu menacent la vie des citoyens, ainsi que la sécurité et le développement du Yémen, puisqu’elles aident les groupes terroristes à parvenir à leurs fins », a-t-il regretté.

La détention d’armes mène à des conflits armés dans et entre les tribus, et des affrontements opposent souvent de puissantes tribus aux forces de l’ordre, a ajouté M. El Marwani.

« Des armes seront disponibles tant que les citoyens continueront à faire grimper la demande. Il ne s’agit pas de fermer les marchés d’armes, mais plutôt de sensibiliser les populations [contre la violence armée] », selon l’activiste.

Le problème repose sur le manque de volonté, de la part du public, de cesser d’avoir recours aux armes, a-t-il ajouté.

« Les membres des tribus ne font pas confiance au système judiciaire pour résoudre leurs problèmes, et c’est pour cette raison qu’ils ont recours à la force pour régler leurs différends », a-t-il expliqué. « Le nombre des actes de vengeance restera élevé ».

Selon M. El Marwani, son organisation a recensé 21 affrontements tribaux en 2006.

« Ces affrontements tribaux ont coûté la vie à des femmes et à des enfants, uniquement victimes des armes », a-t-il déploré.

Affrontements tribaux

Au début du mois de juin, cinq soldats ont été tués et huit blessés au cours de confrontations armées entre les membres d’une tribu et les forces de l’ordre dans le gouvernorat de Marib, 173 kilomètres à l’est de Sanaa.

Ces confrontations ont eu lieu après que les hommes armés eurent établi un poste de contrôle pour arrêter les véhicules qui circulaient sur la voie publique, exigeant que le gouvernement emploie les membres de leur famille dans une société pétrolière locale.

Le même mois, des affrontements armés entre les membres d’une tribu et les forces de l’ordre dans le gouvernorat de Shabwa, dans le sud du pays, ont coûté la vie à trois soldats et à un civil. Les hommes armés avaient eu recours à la force pour pousser les forces de sécurité à relâcher deux de leurs proches parents, incarcérés.


Photo: Mohammed al-Qadhi/IRIN
Des manifestants à Sanaa réclamant un meilleur contrôle des armes

Rashad al-Alemi, le ministre yéménite de l’Intérieur, a déclaré le 7 juillet que le gouvernement avait créé des comités pour recenser et consigner les armes à feu et les munitions appartenant aux forces de sécurité et à l’armée.

Les numéros de série des armes seront enregistrés dans une banque de données afin que celles-ci puissent être détectées, s’il arrivait qu’elles soient retrouvées entre de mauvaises mains. Selon le ministre, ce processus se déroulera sur six mois environ.

M. Al-Alemi a ajouté qu’au cours de la phase suivante, le gouvernement accorderait aux populations civiles un délai de six mois pour rendre les armes pour de bon.

À la fin du mois d’avril, les autorités ont décidé de fermer tous les marchés où des armes, des munitions et des feux d’artifice étaient mis en vente, après que des affrontements entre les forces de l’ordre et les fidèles du prédicateur chiite dissident Abdul-Malik al-Houssi se furent intensifiés, à Saada, une province du nord du pays.

Rapport officiel

Selon un rapport publié récemment pas le ministère de l’Intérieur, au cours des trois dernières années, le mauvais usage des armes a été à l’origine de 24 632 crimes. Ces crimes ont fait quelque 5 000 morts et 18 500 blessés, selon le rapport.

Le ministère a saisi 13 000 fusils, 3 115 pistolets, 251 bombes et plus de 41 500 autres munitions sur l’ensemble de la période, toujours d’après le rapport.

Selon une autre étude récente, publiée à la fin de l’année 2006 par un professeur d’université, les tribus ont commencé à enlever des touristes pour tenter de forcer le gouvernement à mettre en place des projets de développement dans leurs régions.

Les membres des tribus ont également recours aux enlèvements pour faire libérer les membres de leur famille placés en détention par les forces de l’ordre, peut-on également lire dans le rapport. Selon l’étude, 125 étrangers ont été enlevés entre 1991 et 2001.

Dar al-Salaam doit à présent mener une étude des armes à l’échelle nationale. Les autorités compteront le nombre d’armes légères, recenseront les fabricants, et se pencheront aussi sur l’impact, sur la société, d’un mauvais usage des armes.

« Nous sommes en contact avec plusieurs députés pour débattre de la question de la détention d’armes. Nous nous sommes réunis avec plus de 71 députés et les avons mis au courant des drames vécus par les personnes victimes des armes. Nous faisons cela pour tenter de réunir le plus de voix possible parmi les personnes d’influence, afin de soulever cette question », a conclu M. El Marwani.

maj/ar/ed/nh/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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