Le Comité permanent inter-agences (CPIA), un forum destiné à l’élaboration de politiques humanitaires, a récemment publié Saving Lives Together [Ensemble pour sauver des vies], un ensemble de lignes directrices concernant la sûreté et la sécurité du personnel des agences des Nations Unies et des ONG. Bien qu’un « éventail d’options » existe depuis 2001, moins de la moitié des organismes examinés par le CPIA avaient entendu parler de cette politique.
Selon les conclusions du rapport publié par le CPIA en novembre 2006, « rien n’a démontré que les enseignements tirés ont été partagés ou systématiquement appliqués comme bonne pratique. En revanche, il ressort clairement de l’étude que les recommandations faites en 2001 restent aussi pertinentes aujourd’hui qu’elles l’étaient lorsqu’elles ont été formulées pour la première fois ».
Le Sud-Soudan a d’ailleurs fourni un exemple exceptionnellement efficace de collaboration en matière de sécurité : en effet, plusieurs ONG et agences des Nations Unies opérant dans la région ont adopté des procédures opérationnelles et des protocoles de sécurité communs. Néanmoins, après l’accord de paix de 2005, ce système a dû être réadapté.
En janvier 2005, l’Accord de paix global a été signé, pour mettre un terme à la guerre la plus longue qu’a connue l’Afrique ; cet accord a en outre conféré au Sud-Soudan une semi-autonomie et a permis à la région de mettre en place son propre gouvernement.
Aujourd’hui, si la situation est sans aucun doute meilleure qu’au cours de la guerre, on ne peut pas dire que le sud soit une région paisible. L’un des employés d’une ONG a d’ailleurs révélé à IRIN qu’en 2006, en raison d’affrontements intercommunautaires, les activités menées par l’agence pour laquelle il travaillait précédemment avaient été entravées par un plus grand nombre de réinstallations d’urgence que pendant les années de la guerre.
Les flambées de violence intercommunautaires, le banditisme et les affrontements entre les forces armées officielles ou entre des milices vaguement affiliées à celles-ci sont autant de menaces à la sécurité des travailleurs humanitaires de la région.
Malgré les pourparlers de paix engagés entre l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), un mouvement ougandais actif de longue date au Sud-Soudan, et le gouvernement ougandais, des attaques ont été régulièrement – quoique moins fréquemment – menées par la LRA à l’encontre de cibles civiles soudanaises au cours des premiers mois de l’année 2007.
A l’heure actuelle, plus de 50 organisations opérant au Sud-Soudan participent à la mise en place d’un système de sécurité financé par les bailleurs de fonds et soutenu par les Nations Unies ; malgré l’arrivée des Casques bleus, d’importants bouleversements politiques et un roulement constant de cadres dirigeants et de personnel au sein des organisations humanitaires, ce système reste d’ailleurs exceptionnellement flexible et bien perçu, à la fois par les agences des Nations Unies et par les ONG.
Un système unique
Pendant la guerre civile, dans le cadre de l’opération Survie au Soudan (OLS), les travailleurs humanitaires étaient autorisés à se rendre auprès des populations dans le besoin par un accord tripartite entre les autorités soudanaises de l’époque, le Mouvement de libération du peuple soudanais (MLPS) et les Nations Unies.
Conformément aux dispositions de sécurité de l’OLS, les travailleurs de terrain pouvaient immédiatement signaler une modification du niveau de sécurité dans leur zone d’opération. Le niveau trois traduisait une certaine instabilité, tandis que le niveau quatre indiquait un retrait temporaire de la zone.
Grâce à ce système, les travailleurs humanitaires pouvaient obtenir de l’aide lorsque leur sécurité était menacée – et être évacués si nécessaire ; un tel système permettait également de faire en sorte qu’après une réévaluation, ceux-ci puissent reprendre leurs activités sans avoir à recourir à des procédures interminables, ont expliqué des responsables des Nations Unies au Sud-Soudan.
Le système OLS permettait à toutes les ONG ayant signé un protocole d’entente avec les Nations Unies de bénéficier de la couverture de sécurité onusienne, a expliqué Ilkka Laukkanen, responsable de terrain chargé de la coordination de la sécurité dans le sud, pour le Département de sûreté et de sécurité des Nations Unies (UNDSS).
La plupart des dispositifs et des procédures opérationnelles de l’OLS sont toujours en vigueur, dirigés par le bureau de David Gressly, résident adjoint et coordinateur humanitaire des Nations Unies au Sud-Soudan.
« Nous ferons tout notre possible pour soutenir toutes les organisations humanitaires en crise qui demandent notre aide, qu’elles aient signé un protocole d’entente ou non », a expliqué M. Gressly à IRIN. A l’heure actuelle, environ 59 organisations ont signé une déclaration de coopération générale comprenant une aide en matière de sécurité.
Les bailleurs de fonds, menés cette année par ECHO, un service de la Commission européenne, financent le déploiement de personnel de sécurité supplémentaire, tout spécialement assigné à la sécurité des ONG et disposant d’avions destinés aux évaluations de sécurité et aux évacuations rapides. Ceux-ci peuvent évacuer du personnel de régions reculées tant qu’ils disposent d’une piste d’atterrissage permettant de faire atterrir un petit avion.
« Le système étant préfinancé, nous n’avons jamais eu de difficultés à faire évacuer du personnel. Nous n’avons jamais eu à choisir entre l’évacuation de personnel des Nations Unies ou d’autres organisations », a déclaré M. Gressly.
Evacuations à Malakal
En novembre 2006, les affrontements les plus sanglants depuis la signature de l’accord de paix ont éclaté dans la ville stratégique de Malakal.
« La décision de faire évacuer tout le personnel secondaire a été prise le matin du 30 novembre et à 18 heures, c’était fait. Quelque 235 personnes avaient été évacuées. [Nous] avons décidé qui évacuer en fonction du nombre de personnes qui pouvaient rester sur place et être logées dans des abris au sein même de la ville », a expliqué M. Laukkanen.
Pour M. Gressly comme pour plusieurs responsables de l’UNDSS, l’incident survenu à Malakal montre bien à quel point la mise en application du système de sécurité dépend de la bonne volonté des autorités ; celles-ci doivent en effet consentir au préalable à une « fenêtre d’opportunité » au cours de laquelle les affrontements cessent pour permettre l’évacuation par voie aérienne.
Ce système est également vulnérable sous d’autres aspects.
« Il donne généralement de bons résultats et dans un contexte global, il pourrait faciliter la collaboration avec les partenaires chargés de la mise en œuvre des programmes et sans lesquels le travail des Nations Unies sur le terrain ne serait pas possible », a révélé Marcus Culley, un conseiller en sécurité de l’UNDSS pour le sud.
M. Culley a néanmoins admis qu’à l’heure actuelle, la mise en application du système de sécurité reposait sur des individus ayant eu une expérience à la fois de la sécurité onusienne et de l’OLS.
« Le défi auquel nous sommes actuellement confrontés consiste à perpétuer cette coopération », a poursuivi M. Culley.
Problèmes de dépendance
M. Laukkanen a souligné que l’UNDSS encourageait activement les ONG à mettre en place leurs propres systèmes de sécurité ; s’il est vrai que les Nations Unies ont toujours prêté main-forte aux ONG, celles-ci ne devraient pas compter principalement sur cette aide.
M. Gressly a, pour sa part, souligné que cet accord relevait davantage de la collaboration que de la dépendance. Malgré tout, les organisations ne sont pas toutes en mesure de se protéger.
« Je représente une petite ONG qui vient juste de démarrer », a expliqué l’un des employés d’une ONG européenne située à Juba, la capitale du Sud-Soudan, « alors, en matière de sécurité, je dois m’en remettre entièrement aux Nations Unies ».
« Beaucoup trop d’ONG ne sont pas en mesure d’entretenir une bonne communication, ni avec les Nations Unies ni avec leur propre siège », a déploré Ian Sinkinson, le point focal des ONG en matière de sécurité. De nombreuses ONG de développement se sont installées dans le sud après la mise en application de l’accord de paix et n’étaient pas préparées, a-t-il expliqué.
L’OLS était bien en avance puisqu’il prévoyait déjà de dispenser la même formation en sécurité au personnel des Nations Unies et aux employés des ONG ; aujourd’hui, la nouvelle collaboration s’améliore rapidement, toutefois les ONG elles-mêmes ne se sont pas encore toutes mises à évaluer les risques qu’encourent leurs personnels, et en particulier leurs employés nationaux, a estimé M. Sinkinson.
« Au sein des ONG, la mise en application du système de sécurité se fait souvent après le démarrage des programmes », a ajouté Sinkinson, « De nombreuses ONG doivent apprendre à ne pas être aussi passives au sujet de leur propre sécurité ».
sw/bp/mw/nh/ads/ail
This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions