La semaine dernière, les habitants de Monrovia ont découvert au centre-ville un corps découpé baignant dans une marre de sang ; des images d’horreur qui rappellent la triste période de l’effroyable guerre civile du Liberia. Arme de prédilection pour des milliers de combattants pendant la guerre civile, le fusil d’assaut AK-47 a repris du service et est souvent utilisé dans les vols à mains armées.
« Ce pays a mis fin à des années de guerre. Aujourd’hui nous vivons une autre période de terreur orchestrée par des criminels », explique Dan Deshield, un habitant de Duala, un des quartiers résidentiels de Monrovia le plus touché par la guerre.
Souvent vêtus de robe et coiffés de perruque, des combattants rebelles et pro-gouvernementaux ont quatorze années durant terrorisé la population après le déclenchement de la guerre civile en 1989. Et cette violence a été dictée par les chefs de milice qui ont encouragé leurs combattants à se servir de leur armes pour commettre des vols et des pillages. Face à ce climat de terreur, beaucoup de Libériens ont fui leur domicile et des centaines de milliers d’autres se sont réfugiés à l’étranger.
Les élections présidentielles de 2005 ont marqué le retour à la paix au Liberia. Beaucoup de réfugiés sont retournés dans leur pays et un important programme de reconstruction est actuellement en cours.
Dans le cadre de cette récente politique, une nouvelle force de police a été formée mais, comme le reconnaît le gouvernement libérien, elle n’est pas encore capable de juguler l’insécurité grandissante. En conséquence, les autorités ont demandé aux habitants de Monrovia d’assurer leur propre sécurité.
« Nous souhaitons renouveler notre appel aux habitants et leur disons qu’étant donné l’incapacité de la police à faire face à la montée de la criminalité dans la ville, il doivent s’organiser en équipes de garde ou en groupes de surveillance pour se protéger de ces criminels qui constituent une menace pour notre paix si chèrement acquise », a indiqué le ministère de la Justice dans un communiqué publié le 2 septembre.
Selon les autorités libériennes, sur les 3 500 agents de police qui devraient constituer la nouvelle police nationale, quelque 1 600 ont déjà été formés, mais aucun d’eux n’est encore armé. Seuls les forces de sécurité de la garde présidentielle peuvent actuellement disposer d’une arme.
Au mois de juin, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l’unanimité une résolution demandant la levée partielle de l’embargo sur l’importation d’armes imposé au Liberia en 1992. La levée de cet embargo permet désormais au pays d’importer des armes et des munitions qui ne peuvent être utilisées uniquement dans le cadre de formation et par des membres du gouvernement, de la police et des forces de sécurité.
Depuis la fin de la guerre en 2003, les quelque 15 000 Casques bleus de la Mission des Nations unies au Liberia (MINUL) sont chargés de la sécurité dans le pays.
Le chef de la MINUL, Alan Doss, a récemment indiqué à la presse que la police de l’ONU et des éléments de la nouvelle police libérienne avaient renforcé les patrouilles de nuit à Monrovia et que des patrouilles à pied avaient également été créées pour mieux combattre la criminalité.
La Présidente Sirleaf, appelée également la Dame de fer pour son franc-parler, a demandé aux forces de l’ONU d’agir avec fermeté et a conseillé aux habitants de Monrovia de ne pas traîner dans les rues.
« Nous avons demandé aux forces de la MINUL d’être un peu plus agressives et de travailler avec la police afin de renforcer les patrouilles de nuit. Nous leur avons également suggéré d’interdire les attroupements après minuit et d’arrêter tous ceux qui se regrouperaient en bandes », a-t-elle indiqué.
« Nous avons demandé à la population de ne pas traîner dans les rues la nuit pour éviter toute action de la police ».
Pour Richelieu Walker, jeune médecin-assistant qui n’a pas l’habitude de traîner en ville après ses heures de travail, l’appel de Mme Sirleaf est bien compris.
« Je tiens à ma vie », lance-t-il. « Je ne tiens pas à traîner dans les rues et à me laisser tuer par ces délinquants » !
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