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Le bâtiment abritant le ministère des Affaires sociales à Kinshasa est quasiment vide et cette situation ne devrait pas changer de si tôt, en dépit des élections historiques organisées le mois dernier en République démocratique du Congo (RDC).
« Une partie de la toiture du bâtiment s’est effondrée sur le centre de documentation », explique Likoyi Loleko, l’adjoint au directeur de cabinet du ministre. « Nous n’avons pas de photocopieuse, un seul ordinateur fonctionne dans tout le service et nous ne sommes pas payés depuis des mois ».
Le délabrement des bâtiments administratifs dépourvus d’équipements de base, les impayés de salaires sont des signes très révélateurs de la crise économique qui mine la RDC.
Malgré les importantes richesses minières du pays, les recettes fiscales du gouvernement de transition sont insuffisantes et le budget de l’Etat est financé pour une bonne partie par les contributions des bailleurs internationaux.
Depuis l’élection présidentielle, la Belgique a versé 25 millions euros (près de 32 millions de dollars américains) pour financer des programmes d’assainissement public à Kinshasa, Lubumbashi et Mbuji-Mayi.
Mais à en croire les représentants des bailleurs à Kinshasa, les fonds alloués à l’Etat congolais ne sont investis de manière judicieuse.
Compte tenu de l’ampleur du phénomène de la corruption dans ce pays d’Afrique centrale, la Banque mondiale a décidé en mars dernier de suspendre les prêts à la RDC et l’Union européenne (UE), principal bailleur de fonds du pays, n’a pas encore versé sa contribution financière au budget de l’Etat congolais.
« L’Etat n’existe pas pour l’instant dans ce pays », a récemment déclaré, sous le couvert de l’anonymat, un diplomate occidental en poste à Kinshasa. « Leurs procédures ne sont pas du tout fiables ».
L’Union européenne dispose d’une enveloppe financière de 800 millions de dollars pour le Congo, mais aucune somme n’a directement été affectée à l’aide budgétaire.
Selon le diplomate, cet argent a été investi dans des projets de développement.
Mais pour Ross Mountain, coordonnateur des secours d’urgence des Nations unies, étant donné l’urgence de la situation, il n’est pas possible d’attendre la constitution d’un gouvernement pour débloquer l’aide financière.
« Il n’est pas possible de construire un pays avec des morts », a-t-il fait remarquer.
Plus de 1 200 personnes meurent chaque jour en RDC, a déploré M. Moutain. Elles sont les victimes de conflits, de viols, de pillages, de la pauvreté et de la quasi-désintégration des infrastructures de base.
Le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a élaboré un plan d’action de 675 millions de dollars destiné aux agences de l’ONU et aux ONG pour fournir une aide alimentaire, des soins de santé et d’autres services d’urgence aux populations de la RDC.
Actuellement, seuls 30 pour cent des fonds sollicités ont été reçus.
Sur les 800 millions de dollars de l’aide financière de l’UE, 40 millions vont servir à financer des programmes d’aide d’urgence.
Priorités
De quelle manière la communauté internationale peut-elle aider à la mise en place des institutions de l’Etat ? C’est bien la question à laquelle les bailleurs tentent de répondre actuellement. « Les modalités d’une telle intervention n’ont pas encore définies », a expliqué M. Mountain.
En mai et juin 2006, la Banque mondiale (BM) a organisé à Washington et à Bruxelles deux réunions de travail informelles sur les problèmes de gouvernance, a souligné Jean-Michel Happi, représentant de la Banque mondiale en RDC.
Ces réunions techniques et analytiques ont été organisées conjointement par la BM et l’UE avec la participation de tous les principaux partenaires au développement de la RDC, a ajouté M. Happi.
« Dans un pays où tout est urgent, il était nécessaire d’organiser des réunions techniques et analytiques pour définir les priorités », a-t-il déclaré.
Selon M. Happi, les participants à ces réunions ont tous reconnu que la première priorité du gouvernement était la sécurité, notamment la création d’une armée, d’une police et d’un système judiciaire efficaces.
La gestion financière est la deuxième priorité du moment.
Elle consistera à rendre plus efficaces la collecte des recettes fiscales et les procédures de dépenses publiques. Viennent ensuite la gestion des ressources naturelles, la réforme de l’administration publique et enfin les mécanismes de contrôle et de bonne gestion.
« Si toutes ces conditions sont réunies, le gouvernement pourra alors commencer à offrir des services sociaux », a précisé M. Happi.
La fourniture de services sociaux et l’application des réformes économiques pourraient être menées à bien si le gouvernement central accepte de déléguer certaines de ces prérogatives à des gouvernements locaux.
La nouvelle constitution plaide en faveur de cette forme de décentralisation, mais pour Bernard Piette, premier conseiller de l’EU en RDC, la création d’institutions au niveau des provinces et des localités pourrait intervenir plus tard.
« Il n’est pas possible de parler de décentralisation quand on n’a pas de gouvernement central », a fait remarquer M. Piette.
Le nouveau gouvernement continuera à assurer les services administratifs depuis Kinshasa, puisqu’il est difficile d’accéder à la plupart des régions de la RDC.
En effet, il est très difficile, voire impossible, d’aller en voiture d’un bout à l’autre du pays. En conséquence, la construction de routes est un secteur dans lequel les bailleurs devront commencer à investir avant l’installation du nouveau gouvernement, a indiqué M. Piette.
« Nous pouvons faire appel à des sociétés de travaux publics sans devoir verser directement de l’argent au gouvernement », a-t-il conclu.
This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions