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Après 16 années d'exil, les réfugiés mauritaniens ne sont pas prêts à rentrer chez eux

Du camp de N’dioum, Rougui Diallo aperçoit sa maison sur la rive gauche du fleuve Sénégal, en territoire mauritanien. Mais après 16 années passées dans un camp de réfugiés, elle n’est pas prête à retourner chez elle, craignant encore les persécutions qui l’ont amenée à fuir la Mauritanie.

Mme Diallo fait partie des quelque 65 000 Afro-mauritaniens contraints à l’exil lorsque de vieilles tensions ethniques ont dégénéré en violents affrontements, en 1989.
A l’époque, elle portait une grossesse de quatre mois.

Elle s’était réfugiée au Sénégal, mais son mari, moins chanceux, avait été tué au cours de représailles menées contre la communauté noire de Mauritanie à la suite d’incidents frontaliers liés à des problèmes fonciers.

Pour certains, le gouvernement mauritanien a profités les troubles qui ont suivi ces incidents pour bannir les Noirs du pays.

Depuis l’indépendance, la vie politique et la société mauritaniennes sont dominées par la population blanche du pays, les « beydanes » ou « hommes blancs ».

Selon les organisations de défense des droits de l’homme, l’oppression des populations noires de la Mauritanie s’inscrit dans le cadre d’un processus d’arabisation du pays.

Réfugiés et autochtones ont des origines communes

Quelque 20 000 réfugiés mauritaniens vivent encore sur la rive sénégalaise du fleuve qui sépare les deux pays.

Près de 4 000 réfugiés vivent dans les camps de N’dioum et de Dodel.

Mais pour la plupart, ils sont éparpillés dans des villages et des petits campements installés le long d’une bande de terre de 600 km, entre Richard Toll et Bakel.

Selon M. Dillah Doumaye, représentant régional du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), il existe des liens étroits entre les habitants de ces régions du Sénégal et les réfugiés.

« Les réfugiés et les populations autochtones parlent la même langue et appartiennent aux mêmes groupes ethniques », a-t-il expliqué.

Ce sont des Pulaars, des Soninkés et des Wolofs, des groupes ethniques qu’on retrouve aussi au Sénégal.

Les réfugiés attendent des compensations financières

Les réfugiés qui ne sont pas retournés en Mauritanie essaient de s’en sortir en acceptant tous les petits boulots qu’ils trouvent au Sénégal.

Beaucoup expliquent qu’ils ne retourneront chez eux que si le gouvernement mauritanien accepte de les dédommager.

Après les graves affrontements intercommunautaires de 1989, expliquent les organisations de défense des droits de l’homme, le gouvernement mauritanien avait expulsé des milliers de Noirs.

Du jour au lendemain, ces populations se sont retrouvées sans emploi, séparées de leur famille, privées de tout moyen de subsistance et expulsées de leur maison.

Fatou Diop a 70 ans. Elle se souvient encore qu’elle avait tout abandonné dans sa cuisine lorsque les forces de l’ordre avaient fait une descente chez elle l’avait contrainte, elle et sa famille à quitter leur village de Keur Massar.

Son fils, ancien fonctionnaire au ministère mauritanien des Eaux et forêts, vend aujourd’hui du poisson séché sur le marché local.

Doudou Bâ est infirmier dans un petit camp de réfugiés de la commune de Diagana.

Il aimerait bien rentrer chez lui.

« Le gouvernement devrait nous payer une indemnité, même si elle ne couvre pas tout ce que nous avons perdu », a-t-il déclaré. « De plus, il doit reconnaître nos droits fondamentaux ».

Interpellé sur les compensations exigées par les réfugiés, un fonctionnaire de l’ambassade de la Mauritanie à Dakar, la capitale sénégalaise, s’est refusé à faire tout commentaire. Toutefois, il a fait remarquer que les réfugiés avaient le droit de retourner en Mauritanie.

« Nous sommes tout à fait favorables à leur retour », a déclaré à IRIN le porte-parole de l’ambassade. « Tous ceux qui ont souhaité rentrer ont rejoint la Mauritanie – ceux qui sont restés [au Sénégal] l’ont fait de leur propre gré », a-t-il ajouté.

Quant à M.

Bâ, il fait tout ce qu’il peut pour faire fonctionner l’infirmerie de Diagana qui n’est plus subventionnée par le HCR. Désormais, il doit compter sur les 200 francs CFA (0,36 cents) que les patients paient à chaque consultation pour continuer à faire fonctionner les services de l’infirmerie.

De nombreuses femmes de la communauté accouchent d’enfants mort-nés, parce qu’elles ne peuvent pas payer 40 000 CFA francs (75 dollars) pour accoucher à l’hôpital, a expliqué M. Bâ.

En outre, le paludisme est le plus sérieux problème sanitaire auquel la communauté est confrontée, a-t-il précisé.

Le HCR a apporté une aide aux réfugiés de 1989 à 1997, puis a interrompu la distribution des vivres et de l’aide humanitaire.

Depuis, les réfugiés se débrouillent pour subvenir à leurs besoins.

« Quelle aide les bailleurs peuvent-ils apporter à des réfugiés qui vivent dans ces camps depuis près de 20 ans sans qu’une solution ne soit trouvée ? », s’est interrogé M. Doumaye du HCR.

La région est pauvre et se bat déjà pour assurer une autosuffisance alimentaire, en période faste. Cette année, elle subit les conséquences de l’invasion des criquets pèlerins et de la sécheresse de 2004.

La plupart des Mauritaniens vivent dans les centres urbains où l’agriculture est quasi-inexistante.

Au sein des communautés de réfugiés, certaines femmes vivent de petits commerces qu’elles ont pu mettre sur pied grâce à des prêts garantis par le HCR.

Mme Diallo s’en sort en travaillant comme aide-infirmière dans le camp de N’Dioum.

Khar Diatta Bass, sa fille de 15 ans, est l’enfant qu’elle portait en 1989 lorsqu’elle a traversé la frontière pour se réfugier en territoire sénégalais.

La jeune fille n’a jamais connu le pays natal de ses parents, la Mauritanie, qui se trouve sur l’autre rive du fleuve Sénégal.


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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