Les accusations s’accumulent contre l’ancien chef de guerre, M. Charles Taylor, qui vit actuellement reclus dans une luxueuse résidence de la ville de Calabar, dans la région du delta du Niger, au Nigeria. Il lui est reproché d’avoir violé les termes de l’accord d’exil conclu en août 2003, qui avait permis de mettre fin à près de 14 années de guerre civile.
« (Nous) avons décidé de demander au gouvernement de la République fédérale du Nigeria de réexaminer les termes de l’accord de l’asile provisoire accordé à M. Charles Taylor," ont indiqué le président libérien par intérim, M. Gyude Bryant, le Premier ministre guinéen, M. Cellou Diallo, et le président sierra léonais, M. Ahmad Tejan Kabbah, dans une déclaration conjointe, dont IRIN a pu obtenir un exemplaire.
Les trois leaders s’étaient rencontrés la semaine dernière à Freetown, la capitale sierra léonaise.
Le tribunal spécial pour la Sierra Leone souhaite juger M. Taylor pour les 17 chefs d’accusation retenus contre lui. Il s’agit de crimes contre l’humanité commis pendant la guerre civile en Sierra Leone, qui a pris fin officiellement en 2002.
L’ancien président libérien est notamment accusé d’avoir soutenu financièrement les campagnes meurtrières du mouvement du Front uni révolutionnaire (RUF) en lui fournissant des armes et des munitions contre des diamants illicites.
La déclaration conjointe du Liberia, de la Sierra Leone et de la Guinée, rendue publique le week-end dernier, cite un certain nombre faits qui, s’ils étaient vérifiés, remettraient en question les termes de l’accord de l’asile provisoire accordé à M. Taylor.
M. Taylor est notamment accusé d’être impliqué dans la tentative d’assassinat du président guinéen Lansana Conté, en janvier 2005, de soutenir des groupes armés au Liberia et d’avoir encore des contacts téléphoniques avec de hauts responsables du gouvernement de transition, alors que le pays prépare les élections présidentielles d’octobre prochain, censées rétablir la démocratie au Liberia.
Les trois leaders ont également suggéré au Nigeria de consulter les instances de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le cas échéant.
Le président nigérian Olusegun Obasanjo subit de plus en plus les pressions de la communauté internationale qui l’appelle à reconsidérer les conditions de l’asile de M. Taylor.
Le président américain George W. Bush y a fait allusion à la Maison blanche cette année, des organisations internationales de défense des droits de l’homme telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch ont mené des campagnes pour que Taylor soit traduit en justice et Mme Louise Arbour, la représentante des Nations unies pour les questions relatives aux droits de l’homme, a exigé le mois dernier sa comparution devant le tribunal spécial pour la Sierra Leone.
Mais M. Obasanjo a toujours indiqué que M. Charles Taylor ne serait extradé que si le prochain gouvernement élu du Liberia décidait d’engager des poursuites contre lui et demandait son extradition. Les Libériens voteront le 11 octobre pour élire un nouveau président, mais ce dernier ne prendra ses fonctions qu’en janvier prochain.
Les autorités nigérianes n’avaient fait aucun commentaire lundi sur la déclaration conjointe.
Formé à la guérilla dans des camps d’entraînement en Libye, M. Taylor a déclenché une guerre du maquis le 24 décembre 1989. Cette guerre a pris fin six années plus tard avec la victoire de sa faction armée et en 1997, M. Taylor a été élu président du Liberia.
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