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La pollution menace les populations riveraines de Hann

Assis sur la plage de la baie de Hann, Babacar Sall, un pêcheur de Dakar, se souvient d’une époque où les eaux étaient limpides et regorgeaient de poissons. Près de 20 ans plus tard, les eaux riveraines ont viré à l'ocre sombre du fait des rejets chimiques d’une usine.

Aujourd’hui, son fils Dhiam a les yeux rougis par une conjonctivite alors que sa petite-fille, la peau couverte de petits boutons, joue innocemment dans le sable où frayent des asticots.

«C’est impossible d’empêcher les enfants de jouer dans l’eau à moins de les surveiller tout le temps», déplore Sall.

La baignade est formellement interdite par les autorités dans les eaux polluées de cette baie qui voisine la zone industrielle de Dakar, une ville à croissance exponentielle de trois millions d’habitants.

Les plus récents tests de qualité de l’eau effectués par la municipalité en 2004 ont révélé un taux élevé de pollution industrielle et de contamination domestique.

Les eaux de la Baie contiennent une concentration de streptocoques fécaux, une bactérie présente dans les excréments humains, dix-sept fois plus élevée que la norme établie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les tests ont aussi révélé la présence inquiétante de bactéries pathogènes, donc celles causant la salmonelle.

«Même si on ne peut pas prouver le lien direct entre l’état de santé de la population et la pollution, il est clair que cette dernière est dommageable », explique Ndèye Khary Ndoye, médecin-en-chef dans un poste de santé local.

Parmi le millier de clients fréquentant chaque mois la clinique, plusieurs souffrent d’infections dermatologiques ou parasitaires, comme la gale et les ascaris.

De Copacabana à la catastrophe écologique

Jusqu’à la décennie 80, la Baie de Hann était réputée pour ses plages de sable blanc souvent comparées à celles de Copacabana à Rio de Janeiro.

En Wolof, la langue nationale, la baie s’appelle Yaraax, qui veut dire «transparente».

Mais le lustre d’antan s’est dépoli et maintenant les rejets industriels et les déchets domestiques flottent sur la rive sur laquelle se dressent des réservoirs pétroliers et des usines chimiques. Une odeur âcre se répand à plusieurs kilomètres de la baie.

On estime que 70% des industries de la péninsule de Dakar se trouvent dans la zone industrielle longeant la baie, faisant des usines locales la principale cause de pollution côtière.

«Les industries font la sourde d’oreille», déplore Frédéric Bambara de l’Organisation mondiale pour la protection de la nature (WWF), une ONG dédiée à la protection de l’environnement.

Mais les eaux usées rejetées directement à la mer par une population qui a plus que triplé au cours des trente dernières années sont aussi responsables de la pollution.

L’exode rural causé par la sécheresse et la pauvreté parmi les communautés sénégalaises du continent ont permis à ce qui a été jadis un petit village de pêcheurs de voir sa population passer de 37 000 habitants en 1976 à 110 000 habitants en 2004, selon la municipalité.

Même si Hann-Village n’a plus rien d’un village, la localité n’a toujours pas d’eau courante ni de système d’évacuation des eaux usées.

Le Canal 6, un égout pluvial ouvert qui ne devait contenir que l’eau de pluie, est maintenant percé par plusieurs branchements illégaux déversant les eaux usées des maisons avoisinantes.

Les riverains du canal 6 ne creusent pas de fosses sceptiques; ils ne font que connecter un drain rejetant dans le canal les eaux usées de la maison.

«Quand j’étais enfant, le poisson remontait jusqu’en haut du canal», explique Babacar Fall, un des leaders de FENAGIE, un syndicat de pêcheurs.

Les eaux du Canal 6 sont désormais puantes et souillées par ce qui semble être des excréments humains séchés. Un fromager de deux mètres croît dans les sédiments en plein milieu de l’infrastructure de béton.

Le poisson se fait rare

Plusieurs solutions sont à l’étude pour résoudre les problèmes de pollution et de surpopulation de Hann.

En février 2003, un plan inter-ministériel proposait d’élargir les rues exiguës de l’agglomération, de démolir les maisons à moins de trente mètres de la berge et de relocaliser les populations déplacées.

«Nous sommes prêts à déménager, mais nous voulons être près de nos pirogues», affirme Sall.

«Si nous ne pouvons accéder à la mer, c’est la mort», rajoute son fils Dhiam, un pêcheur comme son père et son grand-père.

Comme la famille Sall, beaucoup d’habitants de Hann-Village sont des pêcheurs. Pour Fall, un des chefs du syndicat national des pêcheurs, l’avenir est cependant sombre.

«Avant 1973, la Baie était remplie de poissons. Maintenant, elle est vide», a-t-il dit.

La pollution et la surpêche font en sorte que les 10 700 pêcheurs de la région de Dakar doivent aller de plus en plus loin pour attraper un nombre suffisant de poissons.

Fall, de ses 60 ans, juge que la pêche n’est plus une activité rentable.

Dur de changer les comportements

Des initiatives sont en cours pour améliorer la situation.

D’ici quelques semaines débutera une opération de nettoyage de la plage financée par les Pays-Bas.

Sen-Environnement, la filiale sénégalaise d’une compagnie française, nettoiera le sable jusqu’à une profondeur d’un mètre.

Mais pour Christian Moalic, un spécialiste de Sen-Environnement, l’opération devra être répétée au moins chaque année pour avoir un effet durable.

«Je crois que les autorités sont concernées par le problème et travaillent pour trouver des solutions», explique Bambara du WWF. «La Baie de Hann peut retrouver son lustre d'antan si tout le monde y met du sien».

Et ceci, selon lui, vient autant des résidents de Hann et du gouvernement sénégalais que des organisations internationales.

Mais Sall demeure sceptique vis-à-vis des actions du gouvernement.

«Le gouvernement est indifférent à notre sort», conclue-t-il, regardant nonchalamment des enfants jouer dans les eaux polluées et une femme jeter des déchets à la mer.



This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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