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Des exportations de diamant en hausse, mais les recettes de l'Etat restent dérisoires

La Sierra Leone, dont le nom a longtemps été associé aux diamants de la guerre, a renforcé la transparence dans la commercialisation de ses diamants, mais doit faire encore beaucoup plus pour que sa population appauvrie puisse jouir des retombées économiques du commerce des pierres précieuses, révèle un nouveau rapport.

Le Partenariat Afrique-Canada, une fédération d’organisations non gouvernementales (ONG) basée à Ottawa qui réalise périodiquement des études sur l’exploitation des gisements de diamant et l’ONG sierra léonaise Network Movement for Justice and Development ont publié mercredi la deuxième édition de leur rapport annuel sur l’industrie du diamant en Sierra Leone.

A en croire ce rapport plutôt très élogieux pour le Gold and Diamond Department (GDD), l’organisme national chargé du contrôle des diamants destinés à l’exportation et de la perception des taxes à l’exportation, le GDD “a atteint un niveau de transparence et de professionnalisme inégalé en Sierra Leone”.

Les recettes officielles des exportations de diamant ont pratiquement doublé et atteint 126 millions de dollars l’année dernière, contre 74 millions en 2003.

Mais, selon le rapport, ces bons résultats doivent être attribués à des facteurs externes qui imposent désormais que la commercialisation des diamants suive des circuits de vente légaux, plutôt qu’au renforcement de la lutte contre l’exploitation illégale et la contrebande de diamant en Sierra Leone.

“Personne, ni même les autorités sierra léonaises, n’attribue la hausse des exportations de diamants à la baisse de l’exploitation illégale et du trafic de diamants qui, au demeurant, continuent de se développer”, indique le rapport.

Citant plusieurs sources différentes, le rapport estime que la valeur des diamants exportés illégalement de Sierra Leone s’établissait entre 30 et 170 millions de dollars l’année dernière.

Mais les redevances que l’industrie du diamant verse à l’Etat restent bien insignifiantes et la taxe de trois pour cent perçue sur les ventes de diamant n’a rapporté que 4 millions de dollars à l’Etat l’année dernière.

Cette somme est majoritairement répartie entre le trésor, les autorités locales des régions diamantifères et le GDD, le reste étant notamment affecté aux règlements des honoraires des consultants externes, a confié à IRIN le directeur du GDD, Lawrence Ndola.

Avant la fin de la guerre civile sierra léonaise en 2002, l’Etat ne percevait pratiquement aucun revenu de la vente des diamants.

Les pierres précieuses servaient plutôt à payer les armes et la drogue qui ont permis la poursuite de la guerre civile en Sierra Leone de 1991 à 2001.

Equipés d’un pic et d’une simple pelle, les chercheurs exploitent aisément les gisements de diamant alluvionnaire de la région orientale de la Sierra Leone et les pierres précieuses peuvent passer en toute illégalité les frontières poreuses du pays.

Selon le rapport annuel sur l’industrie du diamant, l’introduction du processus de Kimberley (PK), un système international de certification de l’origine des diamants vendus sur le marché mondial, la hausse importante du volume des ventes de diamants sierra léonais dans les circuits de commercialisation autorisés en 2004 doit être attribuée à ce système de contrôle.

Le PK a été lancé le 1 janvier 2003 par les pays producteurs de diamant pour instaurer un système de certification international des diamants et empêcher que les diamants de guerre tels que ceux exploités en toute illégalité en Sierra Leone, en Angola et en République démocratique du Congo, n’inondent les marchés légaux.

Mais pour le GDD, la hausse spectaculaire du volume des exportations officielles de diamants en 2004 est aussi due au renforcement de la sécurité dans le pays.

Les réfugiés et les personnes déplacées à l’intérieur du pays par la guerre civile sont retournés dans leurs communautés et peuvent désormais travailler en toute tranquillité dans les mines de diamant alluvionnaire, note le rapport.

Le mouvement rebelle du RUF (Revolutionary United Front - Front révolutionnaire uni) contrôlait pendant la guerre civile les principales régions productrices de diamant, dans l’Est de la Sierra Leone, et finançait ses efforts de guerre grâce à la vente illégale de diamants.

Le rapport note également que les chemins traditionnels empruntés par les trafiquants de diamants pour sortir les pierres précieuses du pays, via le Liberia, ont été fermés depuis que Charles Taylor, l’ex-président libérien et principal soutien du RUF, a été contraint de quitter le pouvoir en août 2003.

Bien que les réserves en devises étrangères de la Sierra Leone ont augmenté, grâce à la vente des diamants à travers les circuits de commercialisation autorisés, le pays lui-même tire très peu de revenus de l’exploitation du diamant et les milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui travaillent dans les mines à la recherche de ses pierres précieuses mènent encore une vie misérable.

Un travail ingrat

L’exploitation artisanale du diamant représente 90 pour cent des exportations de diamant du pays et est le deuxième employeur de main d’œuvre après l’agriculture de subsistance.

Quelque 120 000 personnes travaillent dans les mines de diamant, selon les estimations du rapport, mais très peu y ont fait fortune.

“Outre le fait qu’ils font un travail ingrat, les chercheurs de diamant sont très exploités.

Ils ne bénéficient d’aucun contrat de travail écrit, la législation sur le travail des enfants n’est pas respectée et les règles sanitaires et de sécurité sont inexistantes ou ignorées”, note le rapport.

L’étude du Partenariat Afrique-Canada décrit l’économie sierra léonaise du diamant comme étant une “économie de casino,” dans laquelle la plupart des personnes mise sur la découverte d’un gros diamant et les chercheurs “parient” sur la part des “gains” qui pourrait leur revenir.

Agé d’une quarantaine d’années et père d’une famille nombreuse, Bubakar Ba Marra est l’un de ces chercheurs.

Chaque matin, munis d’une pelle et d’un tamis, Bubakar et des centaines d’autres chercheurs traversent la ville de Koidu, le centre de l’industrie d’exploitation du diamant, et se dirigent vers les carrières environnantes.

Bubakar Ba Marra au centre, parmi d’autres chercheurs
“Je ne sais ni lire ni écrire et je n’ai rien d’autre que l’exploitation du diamant pour subvenir aux besoins de mes cinq enfants et de ma femme”, a avoué Ba Marra à IRIN.

"L’année dernière j’ai vendu un diamant à un million de leones (425 dollars), mais depuis, je n’en ai plus trouvé", a-t-il ajouté.

Ba Marra est chercheur de diamant depuis 15 ans.

Beaucoup de chercheurs commencent très jeunes.

Selon les estimations de l’organisation caritative américaine World Vision, quelque 10 000 enfants travaillent dans les mines de diamant en Sierra Leone.

La grosse part du gâteau pour une minorité

Le commerce illégal et légal des diamants est essentiellement contrôlé par l’importante communauté libanaise vivant en Sierra Leone. Pendant des décennies, elle a exercé un quasi-monopôle sur le commerce dans ce pays d’Afrique de l’ouest.

“De larges pans de l’industrie sont aux mains d’une minorité qui dicte les prix des diamants bruts, s’accapare la plupart des retombées économiques de ce commerce et exploite ceux qui sont sous leurs ordres”, note le rapport du Partenariat Afrique-Canada.

En 2004, une société appartenant à Hisham Mackie – un commerçant sierra léonais d’origine libanaise, a exporté près de la moitié des diamants contrôlés par la GDD, note le rapport.

“Les diamants de la Sierra Leone…c’est pour les libanais” a confié à IRIN un exportateur sierra léonais qui a choisi de s’installer en Guinée pour fuir la concurrence sauvage de la communauté libanaise très solidaire.

Toutefois, selon le rapport de l’ONG canadienne, les parts de marché combinées des exportateurs sierra léonais de diamants sont en hausse, grâce notamment à André Hope, un avocat et homme d’affaires sierra léonais dont l’entreprise a réalisé 19 pour cent des exportations l’année dernière et se plaçant au deuxième rang des exportateurs de diamants.

Des gisements de diamant souterrains très prometteurs

L’exploitation souterraine de diamants à haute teneur enfouis dans les cheminées de kimberlite des carrières rocheuses en est encore à ses débuts en Sierra Leone.

Seule une seule grande société minière dans le pays exploite actuellement ces carrières et les diamants provenant des kimberlites ne représentaient que 11 pour cent des exportations officielles en 2004.

Mais les perspectives d’une exploitation à plus grande échelle sont bonnes, d’autant plus que la Sierra Leone a des mines de diamants de très grande qualité qui, “avec 9 carats en moyenne, ont une qualité bien supérieure à celle qu’offrent la plupart des autres producteurs de diamants dans le monde”, note le rapport.

A en croire les autorités sierra léonaises, plusieurs sociétés minières internationales vont démarrer leurs opérations en Sierra Leone.

Des cheminées de kimberlite renfermant des diamants ont été découvertes à la fin des années 1940, mais n’ont pas été exploités parce que le pays dispose de nombreux gisements de diamant alluvionnaire plus facilement accessibles qui peuvent être exploités en surface dans les lits des rivières à l’aide d’un simple tamis.

Les exploitations souterraines nécessitent de lourds investissements et ont démarré en 2003 après le rétablissement de la paix en Sierra Leone.

Exploitation par la Koidu Holdings des diamants des kimberlites de Kono
La Koidu Holdings, une société détenue à 60% par le groupe suisse Steinmetz Diamond, a démarré ses activités et injecté près de 21 millions de dollars dans l’exploitation de deux mines de diamant provenant de cheminées de kimberlite en Sierra Leone.

La société est actuellement la plus importante entreprise d’exploitation de diamant du pays.

En Août 2004, la Koidu Holdings a exporté 46 000 carats pour une valeur totale de 9 millions de dollars.

Quarante pour cent des bénéfices de la Koidu Holdings sont reversés à l’Etat sous forme d’impôt sur les sociétés, de droits d’exploitation et de redevances.

Un bon début, mais beaucoup reste à faire

“La Sierra Leone a besoin d’investisseurs pour exploiter les gisements de diamant enfouis dans les cheminées de kimberlite”, indique le rapport de l’ONG Partenariat Afrique-Canada.

“Les difficultés que rencontre aujourd’hui l’industrie sierra léonaise du diamant sont davantage liées à la bonne gouvernance et aux procédures bureaucratiques qu’à la corruption systématique et la mauvaise gestion” note le rapport.

“L’Etat dispose de peu de moyens et les lenteurs administratives sont légendaires.

Dans pratiquement tous les secteurs, le contrôle de l’Etat est encore limité. Et tant qu’il n’y aura pas un changement radical dans ce domaine, l’industrie du diamant sera toujours confrontée à des difficultés”.

Mais les autorités sierra léonaises restent optimistes : “l’argument selon lequel l’exploitation du diamant est porteuse de tous les maux de la Sierra Leone ne tient plus. Les choses ont changé. Désormais, cette activité est une bénédiction,” a conclu le directeur de la GDD, Ndola Myers.


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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