Ce territoire, grand comme le Rwanda, habité par environ 600.000 habitants selon les estimations, est enclavé depuis plus de 10 ans. Entouré de forêts denses, les trois axes d’accès menant à Walikale, partant de Kisangani (à l’ouest de Walikale), de Goma (à l’est de Walikale) et de Bukavu (sud-est) sont en effet pour l’heure impraticables.
Des affrontements entre anciens mouvements rebelles avaient par ailleurs rendu toutes interventions humanitaires impossibles. Des éléments de l’armée nationale du Congo (ANC), la branche armée de l’ex-mouvement rebelle du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma), occupaient le centre ville alors que le reste du territoire était tenu par des miliciens Mayï-Mayï.
Amélioration de la sécurité
La mise en place du gouvernement d’unité nationale le 30 juin 2003, des institutions transitoires et le déploiement des commandants dans les régions militaires en RDC, avaient toutefois contribué à améliorer la situation sécuritaire.
Dans ces conditions OCHA avait conduit une mission inter-agences d’évaluation au cours du dernier semestre 2003. Les résultats de cette mission étaient sans appel: près de 8.000 habitants de Walikale sur les 10.000 estimés, nécessitaient une assistance humanitaire. Priorité devait être donnée à la sécurité alimentaire et à l’éducation, a affirmé Lucien Simba, officier de liaison à OCHA/Goma.
Une idée originale, pensée par Jahal Rabesahala de Meritens, chef du Bureau pour la coordination des affaires humanitaires en RDC et son adjoint Gilbert Gitelman, a alors consisté à implanter une antenne humanitaire pour une durée limitée de six mois dans cette zone autrefois enclavée pour des raisons géographiques et sécuritaires de manière à impulser des actions humanitaires immédiates et sur le plus long terme. La présence d’une antenne OCHA depuis le mois de janvier, a expliqué M. de Meritens, permet ainsi d’évaluer précisément les besoins de la population, de favoriser l’accueil de nouveaux partenaires et de créer une dynamique avec les acteurs humanitaires et les autorités locales de nature à améliorer le sort des populations ciblées.
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| L'antenne humanitaire de OCHA à Walikale |
Le problème de la sécurité alimentaire à Walikale s’expliquait par différentes causes. Toutes les familles avaient été déplacées au moins une fois en raison des combats et avaient, pour la plupart, perdu leurs instruments aratoires les empêchant de continuer leurs activités agricoles, a expliqué M. Simba. La présence massive de militaires, ensuite, qui vivent aux dépens de la population a incité cette dernière à opter pour l’autosuffisance alimentaire, a ajouté Marino Contiero, coordinateur de projet à Goma pour l’ONG AVSI (Associazione Volontari per il Servizio Internazionale). Le nombre d’éléments de l’ex-ANC présents à Walikale en plus de la population est en effet estimé à 2.000, auquel, s’ajoutent près de 4.000 miliciens Mayï-Mayï qui sortent des forêts pour se rendre en ville pendant une semaine, les jours de paye, a précisé M. Simba.
Un acte d'engagement pour assurer le respect des principes humanitaires
La cohabitation entre ces factions et les ex-ANC avait été pourtant difficile, sans pour autant déboucher sur des affrontements. La communauté internationale, par le biais de OCHA, avait alors réussi, le 10 décembre 2003, à faire signer aux leaders des groupes armés et aux autorités locales un acte d’engagement par lequel ils s’engageaient à respecter les principes humanitaires et à créer les conditions sécuritaires adéquates d’une intervention humanitaire.
Quatre mois après l’installation de l’antenne humanitaire OCHA à Walikale, une réunion de coordination élargie regroupant les acteurs humanitaires, des observateurs de la MONUC (la mission des Nations Unies en RDC), le gouverneur du Nord Kivu, Eugène Serufuli, l’administrateur du territoire, Eric Kisa Kalobera et le représentant de OCHA, M. Gitelman, a permis d’établir un état des lieux des actions humanitaires entreprises et des difficultés rencontrées.
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| L'accès à Walikale en RDC n'est possible que par avion |
A l’heure actuelle deux ONG sont présentes à Walikale, Médecins Sans Frontières/Hollande et AVSI. D’autres encore profitent de la dynamique créée par l’antenne et l’appui total des autorités locales aux démarches entreprises pour évaluer les besoins humanitaires et préparer des projets qu’elles soumettront aux bailleurs de fonds.
Les interventions des ONG
Médecins Sans Frontières/Hollande avait été la première ONG à s’installer dans cette zone dès la fin septembre 2003 après avoir effectué une mission exploratoire en août. L’état des lieux sanitaires était déplorable: l’accès aux soins n’existait plus depuis des années, les vaccinations de routine n’étaient plus assurées alors que le taux de mortalité maternelle atteignait des niveaux élevés. MSF a alors notamment entrepris la réhabilitation de l’hôpital général, créé à la mi décembre un centre nutritionnel thérapeutique qui accueille aujourd’hui près de 85 enfants; et avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance, a organisé une campagne de vaccination, contre la rougeole entre le 15 et le 22 mars 2004. Elle a profité à 10.000 enfants âgés entre 6 mois et 5 ans, a expliqué Jean-Christophe Dollé, chef de mission à MSF.
Aujourd’hui MSF, a-t-il poursuivi, continue d’oeuvrer dans le secteur nutritionnel avec le soutien de l’UNICEF et du Programme alimentaire mondial (PAM). L’ONG médicale appuie également un centre de santé primaire avec un volet portant sur les infections sexuellement transmissibles. Avant la fin du mois d’avril, a ajouté M. Dollé, MSF ouvrira des centres de santé à Bilolo, sur l’axe de Kisangani (à l’ouest de Walikale) et un autre au courant du mois de mai à Nyasy, sur l’axe de Bukavu (à l’est de Walikale).
AVSI, quant à elle, opère dans ce territoire depuis début mars dans le cadre d’un projet concernant la sécurité alimentaire. Son action s’inscrit dans le prolongement des initiatives mises en place à la suite de la mission d’évaluation inter agences par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture au mois de novembre. Tout comme MSF, l’ONG italienne est financé par ECHO, l’office d’aide humanitaire de la commission européenne.
Leur projet se décline en deux phases, a expliqué Marino Contiero, coordinateur de projet à Goma.
La première consiste en la distribution, avec la collaboration de MSF, de semences maraîchères et d’outils aratoires. Une première distribution avait eu lieu le 6 avril sur l’axe Goma/Kisangani et avait profité à 65 femmes.
La deuxième, toujours en partenariat avec MSF, concerne la création de huit champs communautaires de un hectare chacun dans lesquels entre 3000 et 4000 femmes veuves, vulnérables ou ayant des enfants mal-nourris pourront cultiver. Un champ est situé à Walikale, cinq autres se trouvent sur l’axe de Kisangani, à Boboro, Biobilo, Nji Mgala, Birwue et M’dofia, un autre à Ngora sur l’axe de Goma et le dernier à Gnasi, sur l’axe de Bukavu, a précisé M. Contiero.
AVSI prévoit encore, avec l’appui de l’UNICEF, une distribution de matériel pour les écoliers et les enseignants. Dans ce territoire qui manque de tout, Lia Opris, la chargée de l’information pour OCHA/Goma, rapportait la pratique des "bics communautaires" dans les écoles, où un stylo sert à 10 enfants alors que les cahiers sont divisés en trois pour permettre à trois élèves de s’en servir.
Un représentant de l’ONG Save the Children, André Charlebois, présent à la réunion de coordination élargie avait pour sa part annoncé le lancement de missions d’évaluation à partir de la semaine du 19 avril sur l’axe de Kisangani en vue de l’élaboration de projets d’accompagnement à la réhabilitation des routes. L’objectif étant d’analyser les impacts de tels travaux sur la population et d’examiner ce qui serait possible d’entreprendre en matière de démobilisation et de réintégration des enfants soldats.
Réhabilitation des voies d'accès
La principale difficulté dans ce territoire, ont souligné les ONG, est l’accès physique. Pour le représentant d’ECHO, Pierre-Yves Scotto, l’enclavement est la source de vulnérabilité.
EuropeAid, l’organisation gérant le Fonds européen de développement (FED), à d’ores et déjà financé la réhabilitation d’une route en territoire de Masisi, (au sud-ouest du territoire de Walikale). Elle relie Saké (au nord du lac Kivu), Masisi à Kashebere (50 km à l’ouest de Masisi) a indiqué Emmanuel de Merode, coordonnateur de programmes de développement pour la Commission européenne dans l’est de la RDC. Les travaux, réalisés par l’ONG allemande Agro Action Allemande, se sont élevés à 2 millions d’euros pour la route alors que 1,5 millions d’euros ont été affectés à des mesures d’accompagnement pour la population. Il s’agissait en autre de la réhabilitation d’infrastructures sociales, comme la rénovation de six écoles, de centres de santé et de la distribution de kits de relance agricole, a précisé M. de Merode. La route reliant à présent Saké à Kashebere peut être maintenant parcourue en trois heures.
Dans le prolongement de cette réalisation, des projets routiers pour le territoire de Walikale devant rallier Goma et/ou Bukavu à Kisangani sont actuellement en discussion entre les ONG spécialisées dans ce domaine et les bailleurs de fonds, notamment l’Union européenne. EuropeAid espère ainsi pouvoir signer des contrats dans les deux mois à venir, a indiqué M. de Merode.
Le dilemme en la matière est le suivant a expliqué Patrick Evrad, le chef des projets de AAA à Goma: six mois seraient nécessaires pour une ouverture de Kashebere à Walikale. Il s’agirait alors d’une route n’autorisant qu’un accès humanitaire aux véhicules tous terrains, en attendant sa stabilisation complète. Les travaux pour une route stabilisée dureraient en revanche deux ans, mais permettraient à des camions de 20 tonnes de circuler; les camions à doubles ponts et remorques devant rester interdit, a expliqué M. Evrad.
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| Un pont à réhabiliter sur l'axe Masisi/Walikale |
L’ouverture d’un axe routier Kisangani Goma permettrait néanmoins, comme l’a rappelé M. Evrad, de relier l’est à l’ouest de la RDC et de diviser les temps de transport routier par dix, alors que les répercussions socio-économiques seraient importantes, a-t-il encore affirmé. "La route est un vecteur de relance économique et favorise le retour des déplacés. A Nyabyondo, à 20 km au nord de Masisi, 12.000 personnes vaquent de nouveau à leur occupation et ont retrouvé une vie normale," a expliqué M. Evrad.
Abandonné du monde il y a encore peu de temps, Walikale est sous les feux de projecteurs humanitaires. L’antenne humanitaire montée par OCHA aura réussi à attirer et à faciliter le travail des humanitaires en associant les autorités locales. Le gouverneur Serufuli avait par ailleurs renouvelé son engagement à l’occasion de la réunion de concertation élargie d’apporter son aide afin de rendre plus aisées les actions entreprises. L’administrateur du territoire, aspiré par cette dynamique, a élaboré un plan global d‘action humanitaire qu’il tient à la disposition de partenaires désireux d’intervenir dans ce territoire. Les points essentiels touchent la santé, l’éducation et la sécurité alimentaire.
Le nouveau concept d’implanter une antenne humanitaire dans des zones nouvellement accessibles pourrait bien être la réponse efficace aux besoins des populations vulnérables visées, si la communauté des bailleurs de fonds appuie cette initiative, a estimé pour sa part Gilbert Gitelman.
Beaucoup reste encore à réaliser dans le territoire de Walikale. Les fondations creusées par OCHA autorisent cependant à envisager une action humanitaire plus large dans un proche avenir si les projets élaborés sont soutenus.
OCHA quittera Walikale en juin comme initialement prévu après avoir transmis le relais à une ONG travaillant sur place. Fort de ce succès, une nouvelle antenne humanitaire OCHA s’ouvrira dès le début du mois de juillet à Lubero, dans le nord Kivu.
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