Dans leur message, les évêques ont notamment dénoncé la pratique de certains membres du gouvernement et d'autres institutions de la transition "[à s'octroyer] des avantages sociaux et [à manifester] ouvertement leur désintérêt général pour le bien-être de la majorité de la population".
"Outre le fait qu'ils multiplient des missions aux avantages juteux, ils s'offrent un train de vie qui n'a rien à voir avec la précarité de nos finances nationales," ont lancé les évêques.
La conférence épiscopale a également constaté la lenteur du processus de transition.
"Il s'agit de la volonté délibérée des responsables politiques à tirer la transition en longueur pour retarder la tenue des élections [prévue par la constitution en 2005]," a indiqué le communiqué des évêques.
Les évêques relèvent aussi la fragilisation de la transition entretenue par des conflits au sommet de l'Etat.
Deux remaniements ont en effet récemment eu lieu au sein du gouvernement d'union nationale après que des personnalités de l'ancien gouvernement ont exigé le départ du gouvernement de membres de l'ex-mouvement rebelle, le Mouvement de libération du Congo (MLC).
Un contentieux oppose actuellement Jean-Pierre Bemba, un des quatre vice-présidents de la République, leader du MLC, au ministre des transports Joseph Olenghankoy, accusé d'avoir tenu des propos injurieux à l'endroit du premier.
Les évêques ont également expliqué la lenteur de la transition par le comportement de quelques personnalités de la transition continuant à oeuvrer comme si la réunification du pays n'était pas encore réalisée.
"Certains chefs militaires opposent une résistance indue en affichant un comportement belliqueux qui compromet gravement le processus de la réconciliation nationale. De même, de hauts fonctionnaires de la [l'administration] territoriale, brillant par leur désobéissance à la hiérarchie, confisquent les recettes du Trésor public au profit de leurs ex-composantes, paralysant anarchiquement le fonctionnement de l'Etat," ont dit les évêques.
Pour eux, les détournements des deniers publics se multiplient en toute impunité dans certains endroits pour renflouer les caisses de certaines ex-composantes belligérantes.
N'sii Luanda, coordonnateur du comité des observateurs des droits de l'homme (CODHO) partage les observations des évêques.
"La transition risque bien de perdurer car le gouvernement ne fait aucun geste de bonne volonté pour faire avancer les choses vers l'organisation des élections dans les délais," a-t-il dit.
Il estime par ailleurs que la réunification de l'administration territoriale est gangrénée par des responsables territoriaux qui dépendent plus de leurs anciennes composantes que du gouvernement central à Kinshasa.
"La province du Katanga, par exemple, a deux gouverneurs. Le premier issu de l'ancien gouvernement, est basé à Lubumbashi, chef-lieu de la province, le second, dépendant de l'ancien mouvement rebelle du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma) est à Kalemie et ne dépend que des autorités de ce mouvement. Il en est de même pour l'ancien territoire que contrôlait le RCD-K/ML [Rassemblement congolais pour la démocratie-Kisangani/Mouvement
de Libération] duquel dépendent les responsables territoriaux de Beni, au Nord-Kivu [dans l'est]," a-t-il expliqué.
La situation sécuritaire des ministres se trouve ainsi menacée.
"Les ministres en voyage ou en mission dans des territoires anciennement sous le contrôle d'une composante autre que la leur n'est pas en sécurité car les services de sécurité dépendent encore des anciennes composantes de l'ancien gouvernement ou d'anciens mouvements rebelles," a encore ajouté M. N'sii.
This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions