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Le 3e âge en compétition pour le fauteuil présidentiel

Il est rare en Afrique que le titulaire du siège présidentiel ne remporte pas les élections, et le Président Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya de Mauritanie est déterminé à prolonger ses 19 ans de règne absolu au scrutin du 7 novembre.

Cependant, des diplomates et politiciens locaux estiment que cette fois, le colonel de l'armée de 70 ans, qui a pris le pouvoir par un coup d'état en 1984, pourrait éprouver des difficultés à se maintenir à la tête de ce vaste Etat désertique de seulement 2,5 millions d'habitants.

En premier lieu, ils avancent que les nouvelles procédures de vote, plus rigoureuses, ne faciliteront pas le trucage du scrutin en faveur de M. Ould Taya, comme ce fut le cas pour les élections présidentielles de 1992 et 1997.

Depuis les élections parlementaires et municipales de 2001, le gouvernement a édité de nouvelles cartes d'électeurs, difficiles à falsifier. Mieux encore, le liste des 1,1 millions d'électeurs en Mauritanie a été publiée sur internet. Et des urnes transparentes qui sont plus difficiles à bourrer en secret, seront utilisées dans les 1,900 bureaux de vote.

En second lieu, le contrôle exercé par le Président sur l'armée, une force maîtresse dans la politique mauritanienne, est devenu plus souple depuis un sanglant soulèvement survenu en juin. La révolte a conduit à deux jours d'une intense bataille dans la capitale Nouakchott, avant la défaite des rebelles.

M. Ould Taya, qui durant 19 ans de pouvoir a graduellement été un grand ami du leader irakien déchu Sadaam Hussein, pour ensuite devenir un allié dévoué des Etats-Unis, bénéficie des avantages d'une opposition divisée.

La Cour Constitutionnelle a validé 5 candidats qui compétiront contre lui, pour un nouveau mandat de 6 ans. Ils vont de la première femme candidate aux présidentielles, à celui que M. Ould Taya a renversé pour s'emparer du pouvoir, pratiquement deux décades auparavant.

Si aucun candidat n'atteint plus de 50 pourcent des voix au premier tour, il y aura un tour final entre les deux candidats en tête de liste deux semaines plus tard.

Tous les prétendants de l'opposition battent campagne pour un changement au sommet, plus de démocratie et moins de corruption dans le gouvernement. Pourtant, les analystes locaux pensent que les choix des électeurs pourraient probablement balancer, entre, la sympathie qu'ils éprouvent pour les individus, et la subtilité des allégeances ethniques, plutôt que de porter sur le programme politique des candidats.

La campagne de deux semaines a démarré le 22 octobre, et se déroule dans une atmosphère de liberté politique strictement délimitée.

Le gouvernement, qui a toujours été sensible aux critiques des médias, a opéré une saisie sur quatre différents hebdomadaires en début de mois, parce qu'il contestait leurs écrits. Il a également interdit aux organisations de la société civile de former un observatoire indépendant pour contrôler le scrutin. Puis, il a carrément fermé la porte aux observateurs étrangers.

Ces actions ont suscité des appréhensions, car, malgré les réformes engagées pour les rendre plus transparentes, M. Ould Taya pourrait toujours essayer de truquer les élections en sa faveur, comme lui a reproché l'opposition dans le passé.

Les trois principaux candidats de l'opposition aux présidentielles ont exprimé de telles inquiétudes, dans un communiqué conjoint à la fin du mois de septembre. Tout comme M. Ould Taya, ils appartiennent tous au 3e âge, s'inscrivant dans la tranche d'âge de 70 ans.

Le premier prétendant au fauteuil présidentiel est Mohamed Khouna Ould Haidalla, un colonel à la retraite de 72 ans, qui a dirigé de 1980 à 1984 cet Etat musulman, passerelle entre l'Afrique subsaharienne et le monde Arabe. Il a été renversé par M. Ould Taya qui, à l’époque, était son Premier Ministre.

M. Ould Haidalla a rassemblé une large coalition de supporters allant des réformistes libéraux aux radicaux musulmans. Ces derniers sont considérés comme de potentiels éléments subversifs par le gouvernement actuel, qui a arrêté une douzaine d'Imams en début d'année. Plusieurs personnalités, fidèles notoires de M. Ould Taya, ont rejoint le camp de M. Ould Haidalla. Cependant sa campagne a démarré timidement et présente des signes d'une pauvre organisation.

Tout comme le Président actuel, M. Ould Haidalla appartient à la communauté blanche maure des "Bidanes", qui constitue l'élite dirigeante en Mauritanie, depuis l'indépendance obtenue de la France en 1960.

Le second principal adversaire du Chef d'Etat actuel est Messaoud Ould Boulkeir, âgé de 70 ans, issu de la communauté noire "Harratine" de Mauritanie.

Jusqu'à très récemment, les Harratines servaient d'esclaves aux Bidanes. Ils forment un grand et croissant pourcentage de la population du pays. Ils sont pour la plupart pauvres, et sont faiblement représentés dans les hautes instances du gouvernement.

M. Ould Boulkeir a été Ministre du Développement Rural sous M. Ould Taya au début des années 80. Mais par la suite, il a rompu avec le Président pour fonder son propre parti d'opposition, qui était interdit l'année dernière. Toutefois, il continue de siéger parmi les 11 membres de l'opposition, présents au parlement de Mauritanie qui compte 80 sièges.

M. Ould Boulkeir est l'unique candidat Harratine en lice. Les cinq autres candidats sont tous des maures Bidanes. Les tribus negro-africaines du Sud de la Mauritanie, qui compte pour près du tiers de la population, ne sont pas représentées à ce scrutin.

M. Ould Boulkeir a prouvé qu'il était de loin l'orateur le plus éloquent, et le plus vivant de tous les espoirs présidentiels, qui ont couvert les murs de Nouakchott de leurs affiches, et rempli les rues principales de leurs tribunes de campagne.

A la différence des autres qui délivrent leurs discours en arabe - la langue officielle du pays - M. Ould Boulkeir a choisi de s'exprimer dans les dialectes populaires locaux.

Jouant sur le rôle traditionnel des Harratines, opprimés de la société mauritanienne, il s'est présenté comme le candidat des pauvres et des déshérités. M. Ould Boulkeir a proclamé dans son discours d'inauguration de campagne, qu'il était " le candidat du peuple qui sent et comprend ceux qui ont faim, sent et comprend ceux qui ont besoin d'apprendre, de se soigner, d'avoir un logement, d'avoir une vie décente".

Le troisième principal candidat de l'opposition est Ahmed Ould Daddah, le jeune demi-frère du premier Président de la Mauritanie, Moktar Ould Daddah, décédé au début de ce mois dans un hôpital français.

M. Ould Daddah a dirigé la banque centrale jusqu'au renversement de son frère par un coup d'état en 1978. Il a travaillé ensuite comme économiste à la Banque Mondiale.

Ce vétéran de la politique, qui a environ 70 ans, a embrassé une philosophie socio-démocrate, et suscite le soutien de la petite classe moyenne de Mauritanie. Il a officiellement obtenu le tiers des votes, lors de sa dernière participation aux élections présidentielles de 1992 contre M. Ould Taya.

90 minutes d'antenne à la radio et à la télévision d'Etat ont été attribuées à chaque candidat, pendant les deux semaines de la campagne électorale, pour diffuser leur message dans les endroits reculés de du pays.

M. Ould Taya a, entre-temps, mobilisé la locomotive du gouvernement pour propager son programme de campagne, portant sur son solide parcours réalisé dans la gouvernance. Le président s'est vanté d'avoir : bâti de nouvelles routes, étendu les réseaux d'électricité et de téléphone, scolarisé plus d'enfants, tout en veillant à l'application de la loi, au respect de l'ordre et de l'unité nationale.

Parmi les deux candidats secondaires de l'opposition, celle qui retient l'attention est Aicha Mint Jiddana, la première femme à avoir jamais postulé au poste de président en Mauritanie. Cette femme d'affaires de 43 ans, transfuge du Parti Républicain Socio-Démocrate de M. Ould Taya, s'est prononcée contre le mariage forcé et l'excision.

Enfin il y a Moulaye Ould Jiyed, un ancien ingénieur qui a travaillé dans l'industrie de la pêche. La cinquantaine passée, il s'est révélé à la classe politique en devenant le maire de Zouerate, la ville de mines de fer située au Nord du pays.

La Mauritanie survit de la pêche et de l'exportation de minerais de fer, mais les espoirs du pays se tournent vers le gisement pétrolier. Le forage initié en 2001 a produit des résultats encourageant. Cependant, les conclusions n'ont pas encore été déclarées aptes au développement commercial.

La forte croissance économique des années 90 a procuré à ce pays dont la population est clairsemée, une moyenne de revenu per capita de $1,677 dollars américains, selon le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Bien que relativement élevé par rapport au revenu standard en Afrique, la majorité de la population vit toujours dans la misère.

Des officiels du Programme Alimentaire Mondial (PAM) ont indiqué qu'environ 300,000 agriculteurs de vivriers dans le Sud du pays, auraient toujours besoin de recevoir de la nourriture en urgence l'année prochaine, malgré une exceptionnelle bonne saison des pluies.



This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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