Il a affirmé dans un rapport adressé au Conseil de sécurité que la mission de l’ONU, appelée UNMIL, apporterait son appui au Gouvernement de Transition présidé par un homme d’affaires, Gyude Bryant, qui doit prendre service le 14 octobre, et l’aider à étendre l’autorité de l’Etat dans tout le Liberia.
Bryant avait été choisi par la conférence de paix libérienne le mois dernier, pour diriger un gouvernement de large ouverture qui ouvrira la voie à de nouvelles élections en 2005.
La mission de UNMIL est supposée travailler en étroite collaboration avec la principale mission de l’ONU en Sierra Léone voisine, qui compte encore plus de 10 000 troupes d’intervention, et la petite mission en Côte d’Ivoire, où les Nations Unies sont impliquées dans le processus de paix visant à mettre fin à une guerre civile. La force de la paix libérienne devrait venir en renfort à une grande équipe de technocrates civils.
“Avec les récents développements politiques et militaires à Monrovia, la sécurité va s’améliorant dans le pays, » a rapporté M. Annan dans son rapport. « Le Liberia demeure très instable cependant, avec les groupes armés, les milices et les éléments criminels opérant à travers le pays,» a-t-il ajouté.
Le rapport fait remarquer que le conflit libérien qui a éclaté en 1989, avait lâché des groupes armés et des gangs de criminels dans la nature, qui ont déstabilisé la sous-région entière. Le résultat a été amplifié avec le déplacement des populations civiles, la pauvreté, le fort taux de chômage et la prolifération des armes légères.
“Le conflit armé au Liberia a généré de sérieux abus des droits de l’Homme et des lois humanitaires, incluant des assassinats délibérés et arbitraires, des disparitions, la torture, le viol à grande échelle et les violences sexuelles, les arrestations arbitraires, l’enrôlement forcé des enfants soldats, les déplacements systématiques et forcés et les civils pris en chasse,» a déploré M. Annan.
Quelque 250 000 personnes seraient mortes des conséquences de la guerre au Liberia depuis 1989 – environ une personne sur douze dans ce pays comptant 3 millions d’habitants. Plus de la moitié des victimes étaient des civils non-combattants.
“Toutes les parties au conflit ont été responsables de violations et d’abus. La torture a été largement utilisée par tous. Les milices du gouvernement, la police et les unités paramilitaires sont réputées pour leurs chambres de torture,» a indiqué M. Annan.
Si ces recommandations sont acceptées par le Conseil de sécurité, la force de maintien de la paix onusienne pourrait se déployer à partir du mois d’octobre, pour contenir la violence persistante dans diverses parties du Liberia. Les officiels des Nations Unies reconnaissent que la force prendrait près de 6 mois pour constituer une force de frappe.
Human Wrights Watch a, dans l’intervalle, relaté que les forces gouvernementales et les combattants rebelles continuaient de commettre des abus au Liberia, parce que la force de la paix ouest-africaine (ECOMIL), actuellement déployée autour de la capitale libérienne, Monrovia, était en trop petit nombre pour couvrir tout le pays.
ECOMIL, qui a débarqué ses premiers soldats de la paix le 4 août à Monrovia, compte maintenant 3 500 soldats provenant du Bénin, de la Gambie, du Ghana, de la Guinée-Bissau, du Mali, du Nigeria, du Sénégal et du Togo, déployés dans la capitale et ses alentours.
Une flotte navale américaine transportant 2 300 soldats américains mouille au large de la côte libérienne, mais, Washington est opposé au déploiement d’un grand nombre de ces troupes sur le terrain. Ils devront pourtant se retirer le 1er octobre.
Human Rights Watch a affirmé que : “ les bandes armées de maraudeurs continuent de commettre des meurtres, des viols, des recrutements forcés et des vols. Les fameuses milices du gouvernement et les combattants des deux mouvements rebelles – Libériens Unis pour la Réconciliation et la Démocratie (LURD) et le Mouvement pour la Démocratie au Liberia (MODEL) - opèrent pratiquement en désordre, sans discipline et pillent parce qu’ils ont faim et ne sont pas rémunérés. »
Des centaines de milliers de civils ont été délogés de nombreuses fois de leurs domiciles tandis qu’ils fuyaient la terreur que semaient ces groupes armées, a ajouté l’organisation.
“Les soldats extorquent systématiquement de l’argent et autres biens à ceux qui cherchent refuge et les empêchent de fuir pour sauver leur vie. Des civils en fuite sont victimes de viols et d'enlèvements de la part des bandes armées. Des milliers de personnes restent cacher dans la brousse où les commodités telles que la nourriture, l’eau, les abris et les soins médicaux sont rares voire inexistantes,» a relevé l’organisation des droits de l’Homme basée à new York.
M. Annan a requis que UNMIL veille au respect de l’accord de cessez-le-feu signé par les parties belligérantes le 17 juin dans la capitale du Ghana, Accra, et de l’accord de paix consensuel signé deux mois plus tard.
Cela faciliterait la liberté de mouvement de la population et des agences de secours, la formation renforcée de nouveaux officiers de police, la réorganisation du système judiciaire, l’installation d’une station de radio de l’ONU et l’instauration d’une commission Vérité et Réconciliation.
“Le transfert de pouvoir du Président (Charles) Taylor au vice-Président (Moses) Blah, ainsi que la signature d’un accord de paix consensuel par les partis libériens, offre une opportunité unique de mettre fin à la souffrance infligée au peuple du Liberia, et de trouver une solution au conflit qui a été l’épicentre de l’instabilité dans la région,» a admis M. Annan.
Et d’ajouter : “ Améliorer la situation sécuritaire en général devrait largement faciliter la liberté de mouvement des personnes et des biens, et sécuriser les agences humanitaires en plus de leur donner accès à la population civile souffrant d’un besoin cruel d’assistance. »
M. Taylor a passé la main à M. Blah sous une forte pression internationale, et a été envoyé en exil au Nigeria le 11 août. L’ancien chef de guerre a été accusé de crimes de guerre par le Tribunal Spécial pour la Sierra Léone, au motif d’avoir soutenu une brutale rébellion en Sierra Leone de 1991 à 2001.
Des diplomates ont accusé M. Taylor de continuer à orchestrer les affrontements entre milices gouvernementales et forces rebelles à l’intérieur du Liberia par téléphone, depuis sa nouvelle demeure à Calabar, au Sud-Est du Nigeria.
Faisant une apparente allusion à cette mainmise, M. Annan a déclaré : « j’appelle Taylor à respecter les termes de l’accord passé avec le Nigeria concernant son exil et qu’il se désengage complètement de la vie politique libérienne. »
Le Secrétaire-général de l’ONU a indiqué que les violations brutales des droits de l’Homme au Liberia requerront que le problème de la démobilisation des combattants et la protection des civils, surtout celle des femmes et des enfants, reçoivent une attention accrue.
“Eliminer la culture de la violence au Liberia est une condition essentielle pour s’assurer que la paix prend racine,» a-t-il affirmé.
“Si nous ne prenons pas à cœur très tôt le problème de la réintégration effective, des milliers de jeunes désarmés, vivant dans des conditions économiques désastreuses, vont probablement retourner en brousse et devenir des tueurs à gages, non seulement dans le pays, mais également dans une sous-région déjà envahie par les armes légères et les mercenaires. »
Le conflit libérien a déplacé un million de Libériens de leurs maisons et a envoyé 300 000 réfugiés dans les pays voisins. Il a aussi perturbé la vie de 50 000 réfugiés venant de Côte d’Ivoire et de Guinée qui vivaient au Liberia.
“ L’impact cumulatif du conflit a immensément réduit le standard de vie des Libériens déjà en baisse. C’est l’un des pays le plus pauvre au monde, avec un taux d’analphabétisme et de chômage de 85 %. La dette nationale s’élève à 2,8 milliards de dollars US et plus de 75 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, » a commenté M. Annan.
La Commission Européenne a offert 8 millions d’euros, mardi, pour appuyer les efforts de la force de maintien de la paix de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) au Liberia.
M. Poul Nielson, Chargé du Développement et de l’Aide Humanitaire, a expliqué : « nous avons été témoins ces dernières années de l’intérêt grandissant et de l’implication heureuse des leaders africains dans la résolution des conflits sur leur continent. Le rôle de la CEDEAO dans la recherche et la gestion de la paix au Liberia est un bon exemple. »
Une partie de l’argent servira à payer les allocations journalières, les rations de nourriture et d’eau de l’ECOMIL. Le reste de la somme sera affectée à l’installation du bureau du Représentant Spécial de la CEDEAO au Liberia, a révélé la Commission dans un communiqué.
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