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Les soldats de la paix acclamés à leur arrivée à Monrovia

Les soldats nigérians de maintien de la paix sont arrivés jeudi, dans la capitale libérienne Monrovia, sous les acclamations de dizaines de milliers de personnes alignées dans les rues, chantant "On veut la paix ! Finie la guerre!"

Le convoi de véhicules blindés et de camions peints en blanc a fait le tour des faubourgs orientaux de la ville, tenus par le gouvernement, ainsi que du centre-ville, tandis que les habitants agitaient des feuilles de palmiers et des drapeaux blancs. Les militaires nigérians ont néanmoins fait savoir qu'ils n'étaient pas encore prêts à se rendre dans la zone portuaire de l'Ile de Bushrod, contrôlée par le mouvement rebelle Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD).

Un peu plus tard, les Nigérians ont transféré environ 300 soldats cantonnés à l'Aéroport international Robertsfield, à 50 km à l'Est de Monrovia, vers une base d'accueil à Sinkor, un faubourg oriental de la ville. Ils ont établi leur quartier général dans l'enceinte du Club social libanais. Le lieutenant colonel Amos Madamoya a déclaré à la presse: "On se déploiera à travers Monrovia au moment voulu ".

Les agences humanitaires attendent avec impatience que les soldats de maintien de la paix prennent le contrôle du port afin d'accéder aux stocks alimentaires qui y sont bloqués, pour les distribuer aux populations affamées des quartiers de Monrovia sous contrôle gouvernemental, et pour acheminer d'autres ravitaillements par la mer. Les Nations unies estiment que dans cette ville d'un million d'âmes, environ 450 000 nécessiteraient une assistance alimentaire d'urgence.

L'organisation Action contre la faim a indiqué mercredi que selon ses estimations, 30 pour cent des 200 000 déplacés à Monrovia souffraient de malnutrition. La ville a subi des assauts répétés des forces rebelles au cours des deux derniers mois et de nombreux habitants n'ont pas eu un repas normal depuis plusieurs jours.

Frederic Bardou, chef de la mission d'Action contre la faim au Liberia, a déclaré dans un communiqué : "La population est désespérée....Le monde est au courant de ce qui se passe, mais les Libériens voient que rien n'est fait pour leur venir en aide".

De son côté, le président Charles Taylor a confirmé au parlement libérien qu'il démissionnerait lundi prochain et qu'il remettrait le pouvoir au vice-président Moses Blah. Il s'est dit victime d'une " conspiration internationale contre son gouvernement ".

M. Taylor ne s'est pas présenté en personne mais a transmis une lettre lue lors d'une session extraordinaire conjointe du Sénat et de la Chambre des Représentants.

"J'ai décidé de sacrifier ma présidence et de remettre l'autorité à mon vice-président le lundi 11 août 2003 à 11H59 ", a annoncé M. Taylor dans sa lettre. " J'espère que cette démission permettra alors le rétablissement de la paix, de la sécurité et de la prospérité pour tous les Libériens ".

Les députés et sénateurs libériens ont approuvé la motion relative à la démission de Charles Taylor par 46 voix contre 1, de même que sa décision de désigner comme successeur son vice-président, Moses Blah.
M. Taylor a affirmé jeudi à la chaîne de télévision CNN qu'il allait définitivement remettre le pouvoir à M. Blah lundi. Mais l'ancien chef de guerre élu président en 1997 n'a pas voulu confirmer la date exacte de son départ du Liberia pour un asile offert au Nigeria.

"Mes déplacements et ce que je fais sont une question de sécurité ", a répondu M.Taylor. " Je peux assurer au monde que je tiendrai la parole que j'ai donnée, attendez et vous verrez ".

Le président sud-africain Thabo Mbéki a fait part de son intention mercredi d'aller à Monrovia pour assister à la remise du pouvoir de Taylor lundi. Et d'ajouter que M. Taylor quittera le pays le même jour ou mardi au plus tard.

Le Liberia est dans un état de guerre civile quasi-constant depuis que M. Taylor a pris les armes contre le gouvernement de Samuel Doe en 1989. Les interventions répétées des forces ouest-africaines de maintien de la paix n'ont cependant pas permis d'aboutir à un règlement politique durable.

La dernière force ouest-africaine a commencé à arriver lundi pour veiller au respect du cessez-le- feu entre les troupes de M. Taylor et les deux mouvements rebelles, qui contrôlent désormais près des trois quarts du pays.

Plusieurs centaines de soldats nigérians ont été transportés à l'Aéroport Robertsfield par des hélicoptères onusiens depuis le pays voisin, la Sierra Leone. Ainsi, 1 500 hommes au total sont attendus d'ici le début de la semaine prochaine. Ils constituent l'avant-garde d'une force ouest-africaine de 3 250 hommes qui sera également composée de contingents militaires du Ghana, du Mali, du Sénégal, du Togo, du Bénin et de la Gambie.

Les Nigérians s'astreignent toutefois à la prudence. Il leur a fallu quatre jours pour établir leur première base à l'intérieur de Monrovia, où une trêve non officielle entre le gouvernement et les rebelles continuait de tenir jeudi pour la troisième journée consécutive.

Des combats acharnés se poursuivaient dans la ville portuaire de Buchanan, à 100 km plus à l'Est, capturée le 28 juillet par le deuxième groupe rebelle, le Mouvement pour la démocratie au Liberia (MODEL).

Le président du MODEL, Yaya Nimely, a déclaré à la BBC que les forces de M.Taylor, qui ont tenté de reprendre Buchanan en début de semaine, s'étaient retirées de la ville jeudi matin.

Des travailleurs humanitaires ont souligné qu'il faudra probablement plusieurs jours avant que les Nigérians disposent d'assez de soldats sur place pour prendre le port de Monrovia, à moins que la force de la marine de guerre américaine, qui mouille au large, intervienne pour les aider.

Washington a envoyé une flottille de trois navires de combat avec 2 300 Marines à bord en attente au large de la côte libérienne, mais le président George Bush n'est pas encore tout à fait disposé à faire débarquer des soldats américains en grand nombre. Une mission militaire de liaison, composée de sept membres, a quitté les navires par hélicoptère, lundi, pour l'Aéroport Robertsfield, pour discuter des moyens de fournir un appui logistique aux soldats ouest-africains de maintien de la paix.


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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