"Les forces patriotiques ont déjoué ce complot qui visait à mettre fin au processus de développement et d'émancipation", a-t-il déclaré dans une intervention à la radio nationale, à l'issue de deux jours de combats acharnés dans la capitale Nouakchott.
Moins de 24 heures plus tôt, tout portait à croire que Ould Taya avait été renversé par les forces rebelles qui ont pris le palais présidentiel après avoir lancé le putsch dimanche à l'aube. La France et les Etats-Unis ont fermement démenti que les mutins se soient réfugiés dans leurs ambassades.
Le gouvernement de cette nation musulmane d'un peu moins de trois millions d'habitants, sise dans le désert, semblait avoir été totalement pris par surprise par le complot.
Les soldats insurgés ont envahi les rues dans les premières heures de la matinée de dimanche avec pour cibles, le palais présidentiel et les casernes militaires. Des habitants contactés par téléphone depuis Abidjan, en Côte d'ivoire, ont fait état de tirs d'artillerie lourde et de canons dans le centre de la capitale. Des informations ont également signalé des affrontements autour de l'aéroport et dans les quartiers du sud de la ville.
Après avoir brièvement annoncé dimanche matin que le gouvernement avait le contrôle de la situation, la radio nationale est restée muette pendant plus de vingt-quatre heures.
Cependant, aucun porte-parole des rebelles n'a émergé pour identifier les comploteurs, leur programme ou pour donner des informations sur les insurgés. Les spéculations tournaient autour de plusieurs officiers dissidents, notamment un colonel de l'armée, Salah Ould Henena.
De fortes rumeurs portent à penser que le putsch a été provoqué par une campagne d'arrestations des radicaux islamistes à la suite de l'invasion de l'Iraq dirigée par les Etats-Unis et de la destitution de Saddam Hussein. De nombreuses personnalités de l'opposition ont été appréhendées le mois dernier et les autorités ont interdit l'hebdomadaire arabophone Al-Raya, l'accusant de subversion.
Un habitant de Nouakchott, contacté par IRIN dimanche après-midi, s'est déclaré convaincu que le putsch avait réussi. Mais cette affirmation s'est avérée fausse. Les troupes loyalistes, apparemment appuyées par des renforts lourdement armés venus de garnisons situées au nord de la capitale, ont renversé la situation sur le terrain.
Après une nuit relativement calme, les combats ont repris lundi matin, mais se sont rapidement estompés. Vers midi, les habitants conduisaient dans la ville, klaxonnant et brandissant des portraits de Ould Taya. Un diplomate occidental qui suit la situation de près a déclaré à IRIN: "le gouvernement a eu le dessus cette fois-ci".
Une source gouvernementale a annoncé que le chef de l'état-major de l'armée, Mohamed Lemine ould N'Diayane, avait été tué dans les affrontements.
Ould Taya a pris le pouvoir à l'issue d'un coup d'Etat sanglant en décembre 1984 et a fondé par la suite le Parti républicain démocratique social (PRDS), au pouvoir depuis lors.
Le président a légalisé les partis d'opposition en 1991, mais l'opposition n'a pas cessé de se plaindre d'exactions et de manipulation. Elle a boycotté la dernière élection présidentielle en 1997. De nouvelles élections sont prévues en novembre de cette année.
L'image de la Mauritanie en Afrique sub-saharienne et à l'étranger a été ternie par les allégations que la pratique de l'esclavage était encore admise dans le pays, accusations fortement démenties par le gouvernement. Des pogroms ethniques à Nouakchott et à Dakar (Sénégal) en 1989 avaient conduit à la rupture des relations diplomatiques avec son voisin, le Sénégal.
La Mauritanie était considérée comme l'un des principaux alliés de l'Iraq en Afrique jusqu'à l'occupation irakienne du Kuweit en 1991. Ould Taya avait interrompu les relations avec Bagdad et établi en revanche des liens plus étroits avec les Etats-Unis. Ces nouveaux liens avec Washington ont poussé la Mauritanie à devenir le troisième Etat de la Ligue arabe à établir des relations diplomatiques avec Israël en 1999, une décision fortement critiquée par les partis de l'opposition.
L'économie de cette ancienne colonie française repose sur le fer, les minerais et la pêche, mais le pays espère pouvoir extraire du pétrole en mer après la découverte, il y a deux ans, de gisements de pétrole prometteurs. En dépit de cette manne potentielle, le Programme alimentaire mondial a mis en garde contre de graves pénuries alimentaires dans l'est du pays après six années de sécheresse consécutive..
"Des choses positives sont en train de se passer en termes de démocratie et d'économie", a commenté à IRIN un diplomate occidental en poste à Nouakchott. "La situation ici aurait été beaucoup plus difficile si le putsch avait réussi".
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