Dans une conversation téléphonique avec IRIN, des habitants de la ville ont indiqué que les rebelles qui se battent pour destituer le président Charles Taylor ont repris leurs tirs contre les troupes libériennes vers quatres heures du matin, en dépit du cessez-le-feu annoncé par leurs chefs en fin de semaine.
Dimanche, le mouvement rebelle Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) a annoncé une trève de trois jours pour éviter un "bain de sang" à Monrovia, et permettre à Taylor de quitter le pouvoir. Mais le président qui, la semaine dernière, s'était dit prêt à renoncer au pouvoir dans l'intérêt de la réconciliation nationale, a réfusé de démissionner. Au lieu de cela, il a appelé au calme et a encouragé ses troupes à se battre.
Des sources diplomatiques à Abidjan ont indiqué qu'entre 500 et 1 000 évacués ont été transportés hors de Monrovia à bord d'hélicoptères jusqu'au navire de guerre français au large de la côte du Liberia. Il s'agit d'Européens et d'Ivoiriens, du personnel international de l'ONU resté à Monrovia et de l'équipe nationale éthiopienne de football, piégée par les affrontements après un match contre l'équipe nationale du Liberia.
Le navire devait arriver mardi à Abidjan, en Côte d'Ivoire voisine.
Un chaos régnait à Monrovia alors qu'un nouveau vent de panique s'est emparé des dizaines de milliers de déplacés qui entendaient des tirs de mortiers et assistaient au départ des étrangers dans la matinée de lundi.
"Les gens courent dans tous les sens. Les écoles, les bâtiments vides et les espaces ouverts sont bondés de gens. Beaucoup dorment à la belle étoile sans abris, nourriture ou médicaments. Une catastrophe humanitaire risque de se produire si cela continue", a déclaré lundi à IRIN par téléphone depuis Monrovia Blidi Elliot, directeur général du Liberia Broadcasting System (LBS).
Beaucoup de déplacés vivaient dans huit camps de la périphérie de Monrovia abritant des Libériens déplacés à l'intérieur. Quelque cent mille personnes vivaient dans ces camps. Des travailleurs humanitaires ont informé que tous les déplacés ont tous fui il y a une semaine, lorsque les camps ont été envahis par les rebelles du LURD.
Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (BCAH/OCHA) a informé dimanche que les rues de Monrovia étaient "pleines de personnes déplacées qui cherchaient des lieux sûrs, portant toutes les possessions qu'elles avaient pu prendre avec elles". Des milliers ont occupé des écoles et d'autres bâtiments publics, tandis que d'autres ont trouvé refuge chez des proches ou chez des amis dans des quartiers plus sûrs de la ville.
Le gouvernement a exhorté les personnes déplacées à se regrouper dans le complexe sportif Samuel Doe, dans l'est de Monrovia. Mais des habitants de la capitale ont signalé à IRIN que les déplacés allaient en direction du sud-est, vers l'aéroport Robersfield, et du nord, vers la localité de Kakata, par crainte d'un assaut imminent des rebelles contre le centre de Monrovia.
Des habitants bien informés à Monrovia ont affirmé que le gouvernement avait déployé des armes de plus grande portée pour tenter de déloger les combattants du LURD de la banlieue occidentale. Or, malgré les bombardements intensifs, les rebelles semblent garder leurs positions, ont-ils poursuivi.
Les combats ont fait de nombreuses victimes. Dimanche, un correspondant d'IRIN qui a visité un faubourg récemment repris par les forces gouvernementales a dénombré 113 corps qui jonchaient la principale avenue.
Lundi, plusieurs centaines de personnes se dirigeaient vers le port de Monrovia, où un navire commercial non identifié proposait un aller simple au Ghana pour 150 dollars par personne. Environ 50 000 Libériens vivent déjà dans des camps de réfugiés au Ghana.
L'aéroport Robertsfield est resté ouvert et un vol charter devait évacuer les familles de plusieurs hommes d'affaires libanais qui contrôlaient la majeure partie des activités commerciales à Monrovia. Cependant, aucun vol n'était prévu après l'interruption du service de la Ghana Airways.
Les studios de la radio LBS ont été assiégés par des personnes recherchant des enfants et des époux disparus. "Il y a trop d'enfants disparus, de femmes abandonnées ou d'époux dont on ignore le sort", a indiqué Elliot. Il a ajouté que la première dame du Liberia, Jewel Howard Taylor, avait offert de distribuer du riz et des médicaments à certains déplacés.
Au Ghana, où les pourparlers de paix entre le gouvernement libérien et les rebelles ont été suspendus depuis leur ouverture formelle mercredi dernier, la presse a cité Mohammed Ibn Chambas, le secrétaire exécutif de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), selon lequel les négociations ne reprendraient pas avant mercredi. La CEDEAO et le Groupe de contact international sur le Liberia parrainent les pourparlers, qui doivent se dérouler à Akosombo, à 100 km au nord de la capitale, Accra.
Initialement, seuls le LURD et les représentants du gouvernement de Taylor ont fait le déplacement. Mais une délégation du deuxième groupe rebelle, le Mouvement pour la démocratie au Liberia (MODEL), composée de six membres et dirigée par Boi Bleahu Boi, le chef de ses opérations militaries, est arrivée dimanche au Ghana.
Les représentants de MODEL se sont rendus par avion en Côte d'Ivoire qui, selon des diplomates, apporte un solide appui à ce mouvement formé récemment et qui contrôle à présent la majeure partie du sud-est du Liberia. Le LURD, qui a capturé une bonne partie du nord du Liberia depuis qu'il a pris les armes contre Taylor en 1999, serait fortement appuyé par la Guinée.
Le Conseil de sécurité de l'ONU devait avoir un débat lundi à New York sur la détérioration de la situation dans ce pays d'Afrique de l'Ouest.
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