L’ONG internationale Medair a déclaré mercredi que l’insécurité causée par ces combats empêchait ses équipes et celles des autres organisations humanitaires de venir en aide aux victimes, obligeant même les ONG à trouver refuge dans des maisons adjacentes. Selon l’organisme, des groupes d’hommes et d’enfants, armés et drogués, errent dans les rues, en pillant et tuant des gens.
Un habitant de Bunia, qui a requis l’anonymat, décrit la situation actuelle comme une lutte pour le contrôle de la ville entre, d’une part, la Commission de pacification de l’Ituri (CPI), qui cherche à rétablir l’ordre dans la région, et, d’autre part, les milices ethniques Lendu et Hema, qui se combattent l’une l’autre en s’efforçant toutes les deux de perturber autant que possible l’ordre public.
"La population, peu importe sa communauté [ethnique], vit dans la peur constante des pillages et du harcèlement de la part des combattants Lendu", de commenter ce même résident, ajoutant que ces craintes forçaient des milliers de civils, surtout ceux de l’ethnie Hema, à fuir.
"La situation générale demeure totalement confuse. On ne peut s’attendre à ce qu’un quelconque élément de l’intérieur ou de l’extérieur du processus de la CPI parvienne, dans un avenir prévisible, à contrôler l’ensemble de l’Ituri. Les affrontements ethniques vont s’intensifier, alors que les agissements des éléments Lendu dirigés contre la communauté Hema et Gegere semblent avoir fourni aux éléments Hema et Gegere, dont le chef Kawa, le commandant Jérôme et d’autres encore, des motifs suffisants pour relancer le cycle de la violence", dit-il.
En outre, cet habitant met en garde contre un exode possible de l’ethnie Hema et Gegere de Bunia, ce qui produirait une aggravation de la situation humanitaire à leurs points d’arrivée. À son avis, une prolongation des restrictions de mouvement de la communauté humanitaire, en raison de l’insécurité, causerait une détérioration accrue de la situation humanitaire des populations dans les zones inaccessibles.
Malgré l’absence d’informations précises sur le nombre des déplacés, blessés ou tués, on sait qu’au moins un millier de personnes ont cherché refuge mercredi dans l’enceinte de la MONUC à Bunia.
Le service de nouvelles de l’Église catholique, MISNA, rapportait jeudi qu’un prêtre congolais, le père Raphaël Ngoma, a été tué d’une balle dans la tête dans sa chambre à l'Institut des sciences religieuses, où il avait cherché refuge. Son corps a été découvert mardi avec ceux de trois autres personnes. M. Ngoma était prêtre dans la paroisse de Drodro, à 80 km de Bunia, soit à l’endroit même où des affrontements survenus en avril ont fait des centaines de victimes.
Dans un effort pour évaluer la situation actuelle et pour discuter avec la CPI des possibilités de démilitariser Bunia et de cantonner les groupes armés à l’extérieur de la ville, le général Mountaga Diallo, commandant de la force de la Mission de l’ONU en RDC (MONUC), est arrivé à Bunia, mercredi.
Le porte-parole de la MONUC, Hamadoun Touré, a pour sa part salué, mercredi, le courage des membres des organes intérimaires de la Commission de pacification de l’Ituri "dont la volonté de résoudre la crise n’a pas été ébranlée par les récents affrontements". "Nous pensions que les organes allaient se disloquer après les combats, mais ce n’est pas le cas", de souligner M. Touré.
La MONUC a annoncé mercredi que ses forces contrôlaient l’aéroport et effectuaient des patrouilles à Bunia. Elle a précisé que sa priorité était de rassurer la population après le départ des troupes ougandaises, tout en cherchant des moyens pour contenir les violences, à défaut de les prévenir. Mercredi, la MONUC disposait de 411 soldats à Bunia. La Mission souhaite faire passer ce nombre à 600 d’ici la fin de la semaine, l’objectif étant d’y déployer 850 militaires dans les semaines à venir.
Des sources locales ont déploré que les forces onusiennes ne se soient déployées que pour protéger, en réalité, le seul personnel civil de l’ONU, et le fait qu’elles n’aient pas été autorisées à intervenir militairement. "Le contingent de la MONUC s’est retrouvé complètement dépassé et se limite à défendre l’aéroport et sa propre sécurité", a affirmé une ONG.
La MONUC a confirmé que ses forces n’avaient pas reçu du Conseil de sécurité de l’ONU l’autorisation d’intervenir militairement.
Dans un effort pour s’attaquer à ce dilemme, les ONG internationales et agences onusiennes présentes à Bunia ont adopté une résolution invitant la MONUC à protéger leurs personnels et leurs biens, afin d’assurer la poursuite de l’aide humanitaire à la population de l’Ituri. Elles se sont plaintes, en outre, de ce que la MONUC n’ait pas, jusqu’alors, reconnu le rôle et la fonction des ONG internationales et agences humanitaires de l’ONU dans l’Ituri, ni accepté les ONG internationales en tant que partenaires viables de la MONUC durant le processus de pacification.
"La présence et le travail de la communauté humanitaire dans l’Ituri constituent un facteur important de promotion de l’ensemble du processus de pacification dans l’Ituri. De plus, la présence et le travail de la communauté humanitaire dans l’Ituri constituent un facteur de stabilisation pour la population, dans un environnement et un contexte politiques qui privent la population de toutes sortes de services gouvernementaux pour assurer leur bien-être et leur protection", indique la résolution.
La déclaration a été copiée aux gouvernements donateurs, dont l’Union européenne et les États-Unis, en les exhortant à user de leur influence pour faire pression sur le Conseil de sécurité de l’ONU afin de modifier le mandat de la MONUC, en le faisant passer du maintien de la paix à l’imposition de la paix.
La situation actuelle a placé les ONG internationales et agences onusiennes devant le dilemme moral suivant: doivent-elles, oui ou non, évacuer leur personnel? "La décision d’évacuer a toujours été considérée comme un dernier recours", explique un haut responsable humanitaire de l’ONU, "parce qu’en résulterait, de façon presqu’instantanée, un pillage à grande échelle, ainsi que des choix tragiques en matière de décisions sur les personnes à évacuer, en tenant compte de nos capacités logistiques limitées et du ressentiment au sein de la population locale" laissée sur place.
Par ailleurs, dans l’Ouganda voisin, une cinquantaine d’individus armés auraient attaqué le village de Kamuga, dans le district de Bundibugyo, à l’ouest du pays, tuant et kidnappant un nombre indéterminé de personnes, selon le journal The New Vision, propriété du gouvernement ougandais. Il s’agissait de la seconde incursion en moins d’un mois. Selon le même journal, des habitants ont dit croire que les attaquants étaient des Lendu de l’Ituri. Une battue a été organisée pour retrouver les cadavres manquants, soupçonnés d’avoir été jetés dans le lac. L’armée ougandaise a été déployée dans cette zone après cette attaque surprise.
À la fin avril, un incident semblable a été signalé dans le village de Lukwanze, également situé près du lac Albert. Environ 80 personnes, des Hema congolais pour la plupart, avaient alors été enlevés. Les attaquants auraient aussi pillé une quarantaine de bateaux de pêche et tué certains de leurs prisonniers.
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