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Des groupes armés attaquent des camps de déplacés à l'intérieur

Des groupes armés ont attaqué mercredi deux camps hébergeant des déplacés à l'intérieur, juste à l'extérieur de Monrovia la capitale libérienne, selon une information émanant jeudi du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (BCAH/OCHA).

Une des attaques ciblait le camp Jartondoh, à Brewersville, juste au nord de Monrovia. OCHA-Liberia a cité des informations selon lesquelles les assaillants auraient ouvert le feu à 15H00 GMT (heure locale), tuant trois personnes et blessant de nombreuses autres, y compris un travailleur humanitaire de Child Assistance Programme (CAP), une organisation non gouvernementale.

L'attaque s'est produite alors que l'Association of Evangelicals of Liberia (AEL) distribuait des vivres aux occupants du camp, et qu'OXFAM distribuait des articles non alimentaires et tenait un atelier dans le camp, a indiqué OCHA. Il a expliqué que les hommes armés sont partis du camp dans un pick-up appartenant à OXFAM après l'avoir rempli de vivres et d'autres produits volés.

Deux employés d'OXFAM et plusieurs déplacés ont été enlevés et utilisés pour porter les produits pillés, a précisé OCHA, notant néanmoins qu'un des employés d'OXFAM - une femme -a été relâchée plus tard. Un véhicule de l'AEL a également été endommagé. La plupart des déplacés qui vivaient à Jartondoh et dont le nombre serait estimé à 18 000, ont fui en direction de Monrovia.

Un témoin oculaire a déclaré à IRIN que des hommes armés portant des T-shirts noirs et des jeans avaient surgi de la brousse autour du camp et se sont mis à tirer dans toutes les directions. " J'ai aussi vu des roquettes volant dans tous les sens, et beaucoup de déplacés ont souffert des blessures par balles ", a raconté le témoin oculaire.

Un obus aurait été tiré sur le camp Wilson, se trouvant à proximité, où il a détruit plusieurs abris, a rapporté OCHA, ajoutant que Toma Sando, une vieille femme déplacée, a été brûlée vive dans l'une des huttes, tandis que plusieurs autres personnes ont subi des blessures. Presque tous les déplacés à l'intérieur ont fui vers d'autres camps.

Les agences visitent les camps

Une délégation composée d'OCHA, de la Liberia Refugee, Repatriation, and Resettlement Commission (LRRRC) et du Conseil norvégien pour les réfugiés [Norwegian Refugee Council (NRC)], a visité les camps jeudi pour évaluer la situation.

Les déplacés du camp Wilson interrogés par l'équipe ont expliqué que les milices gouvernementales sont arrivées au camp immédiatement après l'attaque et ont commencé à piller les abris. Un pick-up appartenant au CAP aurait été volé, a indiqué OCHA. Les assaillants ont également pris des moniteurs de la LRRRC dans les deux camps, Wilson et Jartondoh. Des informations signalent également que beaucoup d'enfants ont disparu ou ont été séparés de leurs familles, et que plusieurs personnes nécessiteraient une aide médicale dans les deux camps.

Plusieurs déplacés à l'intérieur qui tentaient de se rendre à Monrovia ont été arrêtés à un barrage dans un faubourg de Monrovia. Cependant, certains ont réussi à passer dans la nuit de mercredi et campent dans un lycée. Environ 500 femmes et enfants étaient réfugiés dans l'établissement scolaire, a encore indiqué OCHA.

Dans tous les camps visités par l'équipe, les déplacés se sont plaints du manque de protection, selon OCHA, qui a aussi fait savoir que des viols et des pillages ont été signalés dans trois camps et dans les communautés avoisinantes.

A l'occasion d'une réunion des acteurs humanitaires, convoquée jeudi par le Coordinateur humanitaire de l'ONU, Marc Destanne de Bernis, pour discuter et préparer une réponse appropriée face à la situation dans les camps, les agences humanitaires ont condamné les attaques et l'enlèvement des travailleurs humanitaires, et ont invité le gouvernement à protéger les déplacés à l'intérieur et les autres civils, a déclaré OCHA vendredi.

Les donateurs expriment leur préoccupation

Le Bureau des Nations Unies au Liberia (UNOL), l'ambassade des Etats-Unis et le bureau de la Commission européenne au liberia ont publié un communiqué conjoint exprimant leur profonde préoccupation concernant les conséquences humanitaires de l'insécurité au Liberia. L'assistance humanitaire ne pouvait être fournie à presque tous les quinze comtés du Liberia, ont-ils noté.

Les comtés coupés de l'assistance humanitaire, si l'on en croit le communiqué, sont Lofa dans le nord, Gbarpolu et Bomi à l'ouest, Grand Kru, Maryland, Nimba, Grand Gedeh et Sinoe à l'Est, et Bong, un comté du centre du pays. Il a ajouté que des parties de Montserrado et de Margibi, voisin, avaient également été affectées au cours des dernières semaines.

"Les hostilités actuelles entre le gouvernement du Liberia et des factions dissidentes ont mis la population du Liberia au milieu d'une crise humanitaire ", obligeant des dizaines de milliers d'habitants à fuir leurs foyers et à chercher un lieu sûr, où que ce soit, constate le communiqué conjoint.

L'UNOL, l'ambassade des Etats-Unis et le bureau de la CEE ont demandé à toutes les factions de participer dans le processus de paix. Ils ont également sollicité l'accès à des couloirs sûrs afin qu'eux et les ONG puissent fournir " l'assistance humanitaire d'urgence tant nécessaire aux Libériens et aux ressortissants ivoiriens qui sont actuellement coupés de l'aide humanitaire ".

Affrontements à Ganta

Par ailleurs, les affrontements se seraient poursuivis à Ganta, une localité à la frontière avec la Guinée, entre les Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) et les forces gouvernementales, d'après OCHA. Le HCR a rapporté qu'environ 16 000 réfugiés avaient fui en direction de la Guinée. Des informations soulignent également que 90 enfants libériens et ivoiriens, sous la protection d'un prêtre, étaient bloqués à Sanniquellie, au nord-est de Ganta, et attendaient de passer en Guinée.

L'insécurité dans l'Est du Liberia a poussé certaines personnes qui s'y étaient rendues pour échapper aux combats dans l'ouest de la Côte d'Ivoire à retourner dans ce pays, a rapporté le HCR jeudi.

Dans un petit poste frontalier à Nero, un village situé près de Tabou, une localité du sud-ouest ivoirien, il est estimé qu'une moyenne de 50 à 60 civils par jour retournaient en Côte d'Ivoire. Il s'agit d'un mélange d'Ivoiriens, de Libériens, de Maliens et de Burkinabès, a indiqué le HCR.

Des responsables libériens à la frontière ont confirmé à l'agence onusienne que plusieurs centaines de civils avaient passé les barrages frontaliers au cours des derniers jours. Ils ont ajouté qu'un nombre semblable aurait franchi d'autres postes frontaliers dans le sud de la Côte d'Ivoire. Le HCR a également tenté de vérifier des informations signalant qu'un groupe de 2 000 personnes environ dans l'Est du Liberia se dirigerait vers la frontière, près de Tabou.

Les nouveaux arrivants ont dit qu'ils avaient décidé de retourner en Côte d'Ivoire à cause de l'absence de loi et d'ordre et des pénuries alimentaires répandues au Liberia.

La situation n'est guère meilleure dans l'ouest de la Côte d'Ivoire

Pourtant, la situation n'est guère meilleure dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, où le HCR négociait le transfert de 35 000 réfugiés libériens vers des sites alternatifs à l'intérieur de la Côte d'Ivoire ou dans la région. Ces réfugiés ont été pris dans le conflit ivoirien et sont en butte à l'hostilité de la population locale. Certains d'entre eux, notamment des enfants, ont été exposés au recrutement en tant que combattants tant par les rebelles que par les forces gouvernementales, a déclaré le HCR.

Les régions frontalières instables entre le Liberia et la Côte d'Ivoire demeurent inaccessibles pour les agences de secours, a remarqué le HCR. Au Liberia, où 95 000 personnes sont arrivées de la Côte d'Ivoire depuis novembre dernier, l'accès aux zones frontalières reste dangereux en raison des combats incessants.



This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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