« Pour la première fois, nous pensons pouvoir accéder à la population et lui
fournir une aide humanitaire après sept années d'interruption due à la
violence perpétrée par les milices ethniques qui combattent dans la
région, » a déclaré lundi à IRIN Michel Kassa, chef du Bureau de l'ONU pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) en RDC.
D'après M. Kassa, le calme est revenu dans la ville ce week-end, et les
habitants ont pu reprendre leurs activités quotidiennes. « Les commerces et entreprises ont rouvert ce matin. L'axe routier reliant Beni au sud du pays est rouvert. C'est la première fois que les soldats de l'UPDF sont un facteur de stabilisation, car ils ne sont pas de connivence avec la milice ethnique locale qui a pris l'avantage sur la ville, » a-t-il ajouté.
D'autres sources ont rapporté que l'UPDF avait renforcé sa présence dans la ville.
M. Kassa a indiqué que des pillages à grande échelle ont eu lieu à Bunia,
faisant un grand nombre de victimes au sein des ethnies Hema et Gegere,
avant l'arrivée des soldats de la coalition formée par les ethnies
Lendu-Ngiti. Il a néanmoins précisé qu'un grand nombre de Lendu et de Hema - les deux principaux groupes ethniques se battant pour le contrôle de la région - se déplacent librement dans la ville.
Aucun bilan précis des victimes n'a, pour l'heure, été établi mais des
groupes humanitaires estiment à environ 50 le nombre de blessés graves et font état « d'un nombre pas très élevé de morts ».
« Ce sont parmi les soldats de l'UPC que l'on compte le plus grand nombre de pertes humaines, » selon M. Kassa.
Le chef de l'UPC, Thomas Lubanga, a indiqué vendredi à IRIN qu'après le
retrait de ses troupes de Bunia, les soldats ougandais, dans les rangs
desquels il y aurait des membres des Forces armées congolaises (l'armée de
Kinshasa), « ont continué de massacrer la population et de piller la ville » face aux tanks ougandais mobilisés pour l'attaque qui n'ont pas bougé.
Le porte-parole de l'armée ougandaise, le major Shaban Bantariza, a qualifié ces accusations de « fausses », tandis que Kinshasa a affirmé qu'il n'avait pas de troupes en Ituri.
Aucun besoin urgent, de nature humanitaire, médicale ou autre, n'a jusqu'à présent été signalé et seule une ONG a dépêché une équipe pour évaluer l'état de l'aéroport local, bombardé jeudi par l'UPC et déterminer si des avions ou seuls des hélicoptères pouvaient encore atterrir sur la piste.
Parallèlement samedi, les ambassadeurs en RDC des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (Chine, France, Russie, Royaume-Uni et Etats-Unis) ainsi que ceux de la Belgique et de l'Afrique du Sud ont demandé au Rwanda - allié de l'UPC - de ne pas intervenir à Bunia, et ont exigé que l'Ouganda retire ses forces. « Nous prions instamment les forces rwandaises de ne pas intervenir dans ce conflit, » a déclaré l'ambassadeur américain en
RDC, Audrey Hooks, sur les ondes de Radio Okapi à l'issue d'une rencontre
entre les diplomates.
Les tensions entre l'UPC et l'Ouganda - son ancien allié - ont commencé fin 2002 lorsque la milice rebelle a exigé le retrait immédiat du restant des troupes ougandaises de la RDC. La situation s'est très vite détériorée lorsque, le 6 janvier, l'UPC a formé une alliance avec le Rassemblement congolais pour la démocratie-Goma, mouvement rebelle soutenu par le Rwanda, engageant les deux parties à « coopérer et à se soutenir mutuellement dans le domaine de la politique, de l'armée et de l'économie ».
« Nous estimons que le retrait des forces ougandaises de l'Ituri est
impératif pour le retour au calme en Ituri. Le Rwanda et l'Ouganda sont
responsables de la guerre au Congo, au detriment du peuple congolais, »
selon M. Hooks. « L'Ouganda aurait déjà dû retirer ses troupes du Congo,
mais le maintien de leur présence entretient les tensions. Ils doivent
retirer leurs forces le plus rapidement possible, » a-t-il souligné.
Bien que l'Ouganda ait retiré la grande majorité de ses troupes de la RDC au lendemain de l'accord du 6 septembre 2002 signé à Luanda en Angola par le président de la RDC Joseph Kabila et le président ougandais Yoweri Museveni, il a laissé deux bataillons aux environs de Bunia afin de réduire les tensions entre milices ethniques et de permettre à la commission de
pacification de l'Ituri, mandatée par l'accord de Luanda, de commencer ses
travaux.
Les deux présidents se sont de nouveau rencontrés les 10 et 11 février à Dar es Salaam en Tanzanie, pour amender l'accord de Luanda, fixant au 17 mars la nouvelle date-butoir pour le retrait des forces ougandaises de la RDC.
Le représentant spécial du secrétaire général Kofi Annan en RDC, Amos
Namanga Ngongi, qui a participé à la rencontre qui s'est tenue ce week-end
entre les ambassadeurs, a confié à IRIN que les diplomates ont résolu de
prendre toutes les actions nécessaires pour désamorcer les tensions entre l'Ouganda et M. Lubanga en vue de restaurer la paix dans la région.
Au lendemain de leur expulsion de Bunia après plusieurs heures d'intenses affrontements, M. Lubanga a déclaré à IRIN par téléphone-satellite que ses troupes « continueraient de combattre l'occupation étrangère », faisant
référence à l'Ouganda.
M. Lubanga a également reconnu avoir été blessé au cours des combats, et
soigné dans un centre médical à quelque huit kilomètres à l'extérieur de Bunia.
En vue de trouver une solution globale à cette région secouée par les
conflits, les sept ambassadeurs ont également déclaré qu'ils vont tenter d'améliorer les relations entre l'Ouganda et le Rwanda voisin afin d'atténuer toute animosité entre les anciens alliés. « Ils vont faire tout ce qui est en leur pouvoir pour encourager l'Ouganda et le Rwanda à entamer un dialogue et à résoudre leurs différends par la médiation du Royaume-Uni, » a expliqué M. Ngongi.
Ces affrontements ont eu lieu à Bunia après que toutes les parties au
dialogue intercongolais furent parvenues jeudi à un accord, à Pretoria en Afrique du Sud, sur la plupart des questions en suspens liées au projet de constitution transitoire et à la formation d'une armée nationale unifiée.
L'UPC, cependant, n'était pas partie aux négociations.
Kofi Annan a salué ce vendredi « les parties congolaises pour leur esprit de coopération et les compromis qu'elles ont acceptés dans l'intérêt de la paix et de la stabilité dans leurs pays, » a déclaré son porte-parole, Fred Eckhard, lors d'une conférence de presse, mais a ajouté que M. Annan était « profondément préoccupé » par les combats acharnés qui continuent de se dérouler pour la prise de Bunia et le danger que cette situation pose aux populations civiles, qui ont déjà payé un prix trop élevé durant ces nombreuses années de conflit.
« Il y a de fortes raisons de craindre que ces affrontements n'entraînent une nouvelle vague de violence et de massacres interethniques, » a lâché M. Eckhard.
M. Annan a fermement exhorté toutes les parties à cesser les hostilités
immédiatement et à mettre un terme à tout acte de violence contre les civils et le personnel humanitaire, selon M. Eckhard. « On doit rappeler aux belligérants qu'il est inacceptable de poursuivre l'option militaire et de continuer à commettre des violations des droits humains, quel qu'en soit le degré. »
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