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Des milliers de civils pris entre les forces qui se retirent et celles qui arrivent

Des organisations humanitaires de la
République centrafricaine se sont déclarées préoccupées ce vendredi par la sécurité de milliers de civils pris entre les forces rebelles en retraite,celles de l'ancien chef d'état-major de la RCA, le général François Bozizé et les rebelles congolais lancés à leur poursuite en direction de la frontière nord avec le Tchad.

Bien qu'un calme relatif soit revenu vendredi sur la capitale, Bangui, la
situation près de la ville de Damara, située à environ 80 km au nord de
Bangui, est jugée « très préoccupante », a confié un travailleur humanitaire, expliquant qu'il est, à ce jour, impossible d'avoir accès à des milliers de civils fuyant un éventuel affrontement entre les forces de
Bozizé et celles du Mouvement de libération du Congo (MLC), un mouvement rebelle de la République démocratique du Congo, Etat voisin qui a porté secours au président assailli de la RCA, Ange-Félix Patassé.

La RCA n'aurait pas envoyé de troupes dans cette poursuite, soit par crainte
qu'elles refusent de se battre ou encore qu'elles passent du côté de M.
Bozizé, qui reste une figure très populaire parmi un grand nombre de
Centrafricains, ont expliqué à IRIN des sources locales, ajoutant que de
nombreux soldats de l'armée centrafricaine n'ont pas été rémunérés depuis 18 mois.

Les ressortissants centrafricains déplacés des quartiers nord de Bangui ont déclaré à IRIN qu'ils ne craignent pas les forces de Bozizé, qui ont été civiles à l'égard des habitants, pendant leurs six jours de siège dans la capitale. En revanche, ces mêmes ressortissants ont dit avoir peur des forces congolaises qui auraient pillé « tout ce qu'elles voyaient » et violé un grand nombre de femmes.

Face à cette situation, les forces du gouvernement ont érigé des barrages
routiers autour des quartiers nord de Bangui pour empêcher les combattants
congolais de s'enfuir avec des biens pillés.

« Nous les avons invités à entrer mais nous ne les laisserons pas repartir avec des biens volés, » a lâché un soldat africain à IRIN.

« Les troupes gouvernementales devraient faire tout ce qui est en leur pouvoir pour reprendre les biens volés et les rendre à leurs
propriétaires, » a déclaré à IRIN une femme âgée.

Une réunion de coordination générale a eu lieu vendredi entre les
organisations humanitaires, sous l'égide du ministère des affaires sociales.

Néanmoins, cette rencontre n'a pas permis d'établir clairement le bilan
humain de cette nouvelle tentative de coup d'Etat, grand nombre de blessés
ne voulant pas solliciter une assistance médicale par crainte d'être accusés d'appartenir à la rébellion, a expliqué un travailleur humanitaire à IRIN.

Des habitants du quartier de Gobongo de Bangui ont confié à IRIN avoir vu
dans la rue, vendredi aux environs de midi heure locale, un soldat
centrafricain abattre un homme soupçonné d'appartenir aux forces de Bozizé.

Raquel Ayora, directrice des opérations pour l'organisation humanitaire internationale, Médecins sans frontières (MSF-Espagne), a indiqué à IRIN que sa principale priorité aujourd'hui était de passer les différents quartiers au peigne fin en vue de trouver des blessés qui avaient peur de solliciter
une assistance médicale.

Elle a ajouté que la communauté humanitaire appelait à la fin des pillages par les troupes étrangères, et à l'accès aux personnes déplacées de l'axe routier nord vers Damara et de la route en direction de Mbaiki au sud-ouest.

Mme Ayora a souligné que la situation à Mbaiki n'est pas, pour l'heure,
aussi préoccupante que celle de Damara car la plupart des personnes
déplacées ont reçu des vivres en trouvant asile auprès de membres de leur famille ou d'amis et le champ de bataille reste encore éloigné de cette
localité.

Elle a ajouté qu'en plus des réserves existantes, MSF a commandé une grande
quantité de médicaments et de matériel médical qui permettront de secourir les civils. Ces secours médicaux sont déjà arrivés à Yaounde, au Cameroun,et seront acheminés à Bangui la semaine prochaine.

Bien que la situation soit redevenue normale dans la capitale - l'
électricité et les lignes téléphoniques étant dans l'ensemble rétablies, et deux-tiers des commerçants sont revenus sur le plus grand marché de la ville, situé à la section Cinq Kilomètres de Bangui - il y a de fortes raisons de craindre une reprise des hostilités.

Interrogé vendredi au micro de Radio France Internationale, un homme se
présentant comme un porte-parole de Bozizé a déclaré que « nous sommes aux
portes de Bangui et nous reviendrons ».

« Nous contrôlons de nombreux sites dans le nord du pays, » a-t-il ajouté.

Les forces du général Bozizé se sont retirées le long de la même route qu'
elles avaient empruntée pour gagner Bangui le 25 octobre, avançant vers le
nord en direction du Tchad. Selon des sources militaires, elles ont gardé le
contrôle de cette route pendant le siège de six jours à Bangui.

Entre-temps, deux avions prêtés par la Libye - qui maintient un contingent
de 200 soldats à Bangui depuis la tentative de coup d'Etat survenue en mai 2001 - ont continué de survoler la ville à basse altitude.

Jeudi, la station Africa No 1 a rapporté qu'une centaine de troupes
gabonaises suivaient un entraînement dans une base militaire française à
Libreville, et devaient arriver à Bangui d'ici une semaine. Elle a ajouté que la France fournirait un appui logistique et matériel.

Quant au président Patassé, il n'a fait aucune apparition publique et n'a
pas été entendu à la radio depuis l'insurrection mais les responsables du gouvernement affirment qu'il se trouve actuellement dans sa résidence avec sa famille et qu'ils sont tous sains et saufs.

En revanche, aucune nouvelle information n'a filtré sur le porte-parole de M. Patassé, Prosper Ndouba, toujours retenu comme otage par les rebelles qui l'ont capturé à bord de son véhicule, vendredi dernier, dès le début de la tentative de putsch.

En novembre 2001, M. Bozizé s'est réfugié au Tchad avec un certain nombre de ses militants, après avoir mené une résistance armée contre le mandat d'arrêt de M. Bozizé dans le cadre de l'enquête sur la tentative de coup d'Etat de mai 2001.

Quant à M. Bozizé, qui a revendiqué l'opération militaire lancée vendredi,
des sources tchadiennes et françaises ont confirmé mardi qu'il quittait ce
même jour la capitale tchadienne, N'djamena, à destination de Paris,
capitale française.

Depuis l'élection de M. Patassé en 1993, la RCA a essuyé plusieurs crises
armées internes. En outre, les multiples affrontements attribués aux
partisans de Bozizé basés au Tchad et au présumé chef rebelle tchadien,
Abdoulaye Miskine, basé en RCA, ont eu lieu le long de la frontière commune des deux Etats depuis que M. Bozizé et ses partisans ont pris la fuite vers le Tchad.



This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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