La Mission de l'ONU (connue sous le sigle MONUC) a reçu lundi un exemplaire d'une lettre du major général James Kabarebe, chef d'état-major par intérim de l'armée du Rwanda. Cette missive, adressée aux commandants militaires rwandais en RDC, leur ordonnait de se retirer de leurs positions actuelles.
La lettre commandait aussi à l'Armée patriotique rwandaise (APR) d'accorder à la MONUC, à la Commission militaire conjointe et aux agents de surveillance du Mécanisme de vérification de la Tierce Partie, la liberté de mouvement et la protection nécessaires pour assurer un contrôle efficace du retrait des troupes.
Prenant la parole lundi sur Radio Rwanda, Joseph Mutaboba, secrétaire
général du ministère rwandais des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, a déclaré que l'APR amorcerait le mouvement en retirant deux bataillons - composés d'environ 1 800 soldats - de la ville de Kindu, capitale de la province orientale de Maniema, située à quelque 400 kilomètres à l'ouest de la frontière rwandaise.
Pour ce qui est des autres villes touchées par le retrait, M. Mutaboba a ajouté, sur les ondes de Radio France Internationale (RFI), que "cela dépendrait de la rapidité avec laquelle nous acquerrons la logistique nécessaire pour exécuter le retrait".
Quant au nombre de soldats retirés de la RDC, M. Mutaboba a déclaré à RFI
qu'il n'était "pas en mesure" de le préciser.
Des analystes de la région ont pour leur part estimé le nombre des troupes rwandaises cantonnées en RDC entre 30 000 et 40 000.
L'ordre de retrait fait suite à la signature d'un accord par le président rwandais, Paul Kagame, et le président de la RDC, Joseph Kabila, à Pretoria en Afrique du Sud le 30 juillet. En vertu de cet accord, le Rwanda s'engage à retirer ses troupes de la RDC en échange de mesures prises par Kinshasa pour régler certains problèmes de sécurité en RDC, notamment en assurant le
démantèlement de l'ancienne armée rwandaise (ex-FAR) et des milices Hutu Interahamwe. Celles-ci s'étaient enfuies en RDC après leur participation au massacre de 800 000 membres de l'ethnie Tutsie et Hutus modérés, au Rwanda en 1994.
L'ONU évalue que le nombre des ex-FAR et des Interahamwe en RDC se situe
entre 10 000 et 20 000.
Lundi, sur RFI, l'Émissaire spécial du secrétaire général de l'ONU, Kofi
Annan, pour le processus de paix en RDC, Moustapha Niasse, a qualifié
l'annonce faite par le Rwanda d'"excellente nouvelle" et de "marque de bonne volonté". Il a recommandé avec insistance à la communauté internationale de soutenir cette volonté rwandaise de retirer ses troupes en contribuant aux efforts pour démobiliser et désarmer les ex-FAR et les milices Interahamwe.
Sur les ondes de Radio Okapi, la station de l'ONU en RDC, le Représentant spécial de M. Annan pour la RDC, Amos Namanga Ngongi, a fait écho lundi à l'appel lancé par M. Niasse, en insistant sur l'importance d'intégrer des troupes additionnelles à la MONUC, pour soutenir la mission dans le rôle critique qu'elle aura à jouer en assurant la liaison avec les groupes armés représentant une menace à la sécurité du Rwanda.
Pour sa part, Azarias Ruberwa, le secrétaire général du Rassemblement
congolais pour la démocratie (RCD-Goma), un mouvement d'opposition armé
soutenu par le Rwanda, a déclaré à la radio de la Voix de l'Amérique que le
RCD allait occuper et contrôler tout le territoire qui sera évacué par
l'armée rwandaise. En plus, il a invité le Zimbabwe et l'Angola (qui
appuient M. Kabila) à retirer toutes leurs troupes encore en territoire
congolais. Il a précisé que le RCD deviendrait un mouvement purement
politique dès qu'un accord de partage du pouvoir incluant toutes les parties aura été conclu et l'armée du pays, unifiée.
Pendant ce temps, le ministre des Affaires étrangères de la RDC, Léonard She Okitundu, a indiqué lundi sur la Voix de l'Amérique que le retrait rwandais faciliterait les efforts de Kinshasa pour identifier et désarmer les ex-FAR et les milices Interahamwe. Ces dernières "profitaient de la confusion générée par l'occupation [rwandaise] pour être opérationnelles", dit-il. Il
s'est même déclaré prêt à parier "sur le retrait de toutes les forces
étrangères du territoire de la RDC" avant la fin de l'année.
M. Niasse a aussi exprimé son optimisme face à la probabilité qu'un accord de partage du pouvoir entre les Congolais soit bientôt conclu.
"Nous pensons qu'au cours des six à huit prochaines semaines, nous devrions achever l'élaboration d'un accord global incluant toutes les parties, accord dont nous avons déjà 90 pour cent des composantes", dit-il. "Les 10 pour cent restants comportent quelques ajustements pour parvenir à un texte qui satisfera tous nos interlocuteurs".
Le premier ministre belge, Guy Verhofstadt, qui a rencontré lundi à
Bruxelles le président de la RDC, Joseph Kabila, s'est également montré
optimiste de voir les Congolais parvenir à un accord de partage du pouvoir incluant toutes les parties et ce, d'ici la fin de cette année.
"Nous sommes dans la dernière ligne droite en vue d'un accord entre les
différentes parties, armées ou non. Différents scénarios existent [pour un gouvernement de partage du pouvoir], mais les points de vue [des diverses parties] sont très rapprochés", a-t-il déclaré, selon ce qu'a rapporté le quotidien La Dernière Heure. M. Verhofstadt a précisé qu'une fois un tel accord conclu, la Belgique serait prête à accroître son aide financière à la
RDC, d'ajouter le journal.
De Bruxelles, M. Kabila s'est envolé vers la Jordanie pour une visite
officielle visant à renforcer les relations bilatérales entre les deux pays. L'agence de presse jordanienne Petra signalait qu'il s'agit de la première visite de M. Kabila dans un pays du Moyen-Orient depuis qu'il a pris le pouvoir, au début de 2001.
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