1. Accueil
  2. West Africa
  3. Cameroon

Dossier d’IRIN sur les événements après les élections

Les partis d’opposition au Cameroun ont continué à subir les répercussions des élections municipales et législatives du 30 juin à l’issue desquelles ils ont perdu une bonne partie des acquis de 1997.

La crise était surtout palpable au sein du Front démocratique social, en butte à des démissions multiples. Au début de cette semaine, près de 40 de ses dirigeants et militants dans la Province Centrale, qui comprend la capitale Yaoundé, se sont retirés du parti. Sani Alhadji, l’ancien président du FDS dans la province, a déclaré que sa démarche était le résultat de griefs tels que « le non respect des principes énoncés dans le manifeste et dans les statuts du FDS » et de la « non résolution des conflits à l’intérieur du parti ».

La crise au sein du FDS a été exacerbée par le sentiment que son chef de file, John Fru Ndi, avait violé les résolutions adoptées le 6 juillet par le comité exécutif national du parti.

Alors que l’exécutif avait appelé au boycott des conseils municipaux remportés par le FDS, M. Fru Ndi avait quant à lui publié un communiqué le 12 juillet invitant les conseillers à occuper leurs sièges « dans l’intérêt du public et du corps électoral ».

Il avait également autorisé plusieurs cadres du FDS à signer un pacte de non violence avec le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), au pouvoir, alors que le comité voulait que ses partisans descendent dans les rues pour « dénoncer les irrégularités observées lors des élections du 30 juin ».

L’ancien parlementaire, Evariste Fopoussi, qui était secrétaire du parti à la Communication avant sa démission le 29 juillet, a souligné que leur espoir de sanctions contre le dirigeant du FDS a été brisé.

L’ex-premier vice-président du FDS, Maidadi Saidou Yaya, s’est plaint qu’à l’occasion d’une réunion le 27 juillet du comité exécutif national à Bamenda, dans l’ouest du pays, tout a été mis en œuvre pour que ceux qui avaient des doléances ne puissent pas les présenter.

De nombreux observateurs considèrent que la démission d’un aussi haut responsable est symptomatique du malaise au sein du parti, d’autant qu’une dizaine d’autres cadres et membres du conseil exécutif en ont fait de même. Dans un communiqué daté du 29 juillet, ils ont indiqué qu’ils avait rejoint le FDS par conviction, afin de contribuer « au bien-être de tous les Camerounais sans distinction de tribu, de région, de sexe ou de religion ».

Ils ont accusé le FDS de collusion avec le gouvernement du président Paul Biya, ajoutant que « de compromis en compromis », le parti avait été réduit à "un semblant d’opposition qui, en conséquence, sanctionne simplement le régime ».

Il ont aussi accusé le FDS de « continuer à accepter les résultats d’une fraude [électorale] » qui le limite au Nord-ouest anglophone, la province dont est originaire M. Fru Ndi. Sur les 21 parlementaires du parti, 19 sont du Nord-Ouest, et un de chacune des provinces Côtière et Occidentale.

Durant une émission télévisée le 3 août, M. Fru Ndi a déclaré qu’en dépit des déclarations dénigrantes faites par ses ex-collègues, le FDS est en fait un parti national, qui a présenté des candidats aux élections législatives dans 175 des 180 circonscriptions.

Durant la même réunion et d’autres sur la radio officielle, il a qualifié ses détracteurs « d’incapables » et de « non représentatifs » du FDS puisqu’ils « n’ont pas été capables de remporter les élections dans leur région d’origine ».

Alioum Alhadji, le législateur du RDPC pour Maroua, dans la Province de l’extrême nord, a souhaité que la crise au sein du FDS soit désamorcée au plus vite pour le bien de la démocratie. « Il n’est pas de mon ressort d’interférer dans les affaires internes d’un parti, mais en tant que citoyen et qu’observateur, je pense que ce qui se passe devrait être pris au sérieux par la hiérarchie du FDS dont nous ne mettons pas en doute la sagesse ».

Or, il est peut être déjà trop tard. M. Maidadi Daidou Yaya et ses sympathisants ont fait savoir qu’ils « établiront dans les prochains jours un nouveau cadre de combat, plus en harmonie avec [nos]idéaux originaux et mieux adapté aux enjeux actuels ».

"Nous nous employons à rassembler toutes les forces du changement et du progrès en vue d’une réflexion conjointe et d’une consultation permanente destinées à trouver les voies et les moyens requis pour poursuivre les combats futurs en vue d’un développement réel et durable au Cameroun », ont-ils souligné dans leur communiqué du 29 juillet.

Ils ont ajouté qu’il fallait que l’opposition soit réformée, ce qui est une « condition incontournable pour l’avénement d’une ère de liberté et démocratie, de justice et de progrès dans notre pays ». Des contacts sont en cours avec plusieurs groupes de manière à impliquer autant de de citoyens que possible dans leur projet », ont-ils encore annoncé.

Des idées similaires ont été exprimées par d’autres groupes d’opposition, notamment plusieurs représentés au sein du parlement. Dans une conférence de presse le 1er août dans la capitale Yaoundé, Adamou Adam Njoya, leader de l’Union démocratique du Cameroun (UDC),a indiqué que son parti "militait pour une opposition responsable et battante".

Tirant des enseignements des élections, il a invité les forces politiques et sociales à réfléchir à des alternatives. « Le moment est venu de mettre sur pied une union des démocrates pour une action démocratique » qui mettrait les intérêts communs des Camerounais au premier plan, a-t-il suggéré.

Cinq anciens ministres de la Province de l’extrême Nord se sont également joints au débat post-électoral généralisé. « Il est temps que tous les dirigeants politiques transcendent toutes les divergences, tout égoïsme et toute ambition personnelle afin de créer une dynamique qui puisse sauver le Cameroun du marasme actuel », ont-ils préconisé dans un communiqué publié le 13 juillet.

Hameni Bieleu, président de l’Union des Forces démocratiques du Cameroun fait également partie de ce mouvement, qui rappelle le début des années 1990 lorsqu’une union pour le changement a été mise en place afin de faire front contre le président Paul Biya lors des présidentielles de 1992. M. Bieleu désirerait une « restructuration de l’opposition en profondeur et efficace" qui préparerait un seul candidat pour les présentielles de 2004.

Les observateur pensent que le RDPC, au pouvoir, et certains partis d’opposition, pourraient conclure des alliances en vue de la formation d’un nouveau gouvernement ce qui, selon M. Bieleu, serait au détriment de(s) partenaire(s) de la future coalition.

"Il faut être prudent car lorsqu’on entre dans un système, on perd sa personalité », a prévenu M. Bieleu, dont le parti n’a pas réussi à obtenir un seul siège au parlement depuis 1997 et a perdu aux élections locales de 2002 tous les sièges qu’il avait occupés dans les conseils municipaux depuis 1996.

L’exemple de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) est souvent cité. Le parti, sous la houlette de Bello Bouba Maigari, avait remporté 68 sièges au parlement en 1992, mais a dégringolé à 13 en 1997. Il a scellé en 1997 une alliance avec le RDPC, au pouvoir, et n’a plus qu’un seul législateur cette année.

L’UNDP est demeurée dans l’alliance au pouvoir en dépit des appels de certains de ses militants l’invitant à rompre avec le RDPC, qui dispose de 133 sièges. Les autres partis représentés au parlement sont l’UDC (cinq sièges) et l’Union des populations du Cameroun (UPC, trois). Les élections dans neuf circonscriptions électorales ayant 17 sièges au parlement ont été annulées par la Cour suprême et doivent se tenir à nouveau le 15 septembre.

M. Fru Ndi a annoncé qu’il ne rejoindra pas le gouvernement même si plusieurs sources proclament qu’il y a eu des négociations entre le FDS et le RDPC à cet égard. Certains analystes ont le sentiment que pourraient se répéter ici les récents événements survenus en Côte d’Ivoire, où le Rassemblement des républicains, le seul grand parti à être demeuré dans l’opposition, a rejoint récemment le gouvernement.

Le FDS a assuré qu’il restera ferme et qu’il jouera un rôle de leader dans l’opposition au sein de l’Assemblée nationale.

"Beaucoup de choses ne marchent pas bien dans ce pays, surtout dans les domaines de la bonne gouvernance, de la gestion économique et sociale, de la politique, des élections etc, », a constaté un parlementaire du FDS Jua Paulinus Toh, devant le parlement, qui s’est ouvert le 31 juillet. « Le FDS estime qu’il peut faire quelque chose au niveau parlementaire pour amener un changement ».

"Même si nous sommes dans la minorité, nous pouvons nous battre pour amener la majorité écrasante à accepter la vérité », a-t-il insisté, en rappelant que le FDS jouissait de cinq ans d’expérience parlementaire. Pendant la législature précédente, il avait 43 législateurs, contre 116 du parti au pouvoir.

A l’instar du FDS, d’autres partis de l’opposition représentés au parlement soutiennent que la voix de la minorité est utile et qu’elle peut même être décisive.

L’ancien ministre des Postes et des Télécommunications Diakolé Daissala, chef de file et ex-député du Mouvement démocratique pour la défense de la République est d’un tout autre avis. "Tout ceci est du bluff », s’est-il exclamé. "Tout le monde sait qu’ils ne peuvent rien faire contre une majorité écrasante et robotisée ».

L’opposition, a-t-il poursuivi, aurait dû boycotter le parlement pour ne pas « sanctionner la fraude orchestrée par le régime du RDPC ». « En acceptant d’occuper leurs sièges, ils font le jeu du gouvernement », a-t-il conclu.


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

Partager cet article

Our ability to deliver compelling, field-based reporting on humanitarian crises rests on a few key principles: deep expertise, an unwavering commitment to amplifying affected voices, and a belief in the power of independent journalism to drive real change.

We need your help to sustain and expand our work. Your donation will support our unique approach to journalism, helping fund everything from field-based investigations to the innovative storytelling that ensures marginalised voices are heard.

Please consider joining our membership programme. Together, we can continue to make a meaningful impact on how the world responds to crises.

Become a member of The New Humanitarian

Support our journalism and become more involved in our community. Help us deliver informative, accessible, independent journalism that you can trust and provides accountability to the millions of people affected by crises worldwide.

Join