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Retour au calme après les affrontements sanglants de Bunia, mais les tensions persistent

Le calme semble être revenu lundi dans la ville de Bunia, située au nord-est
de la République démocratique du Congo (RDC) mais les tensions persistent
après les combats acharnés qui ont opposé groupes ethniques, milices
rebelles et les Forces de défense du peuple ougandais (UPDF) pendant
plusieurs jours.

« Bien que le centre-ville soit un peu plus calme que la semaine dernière,
la population continue d'avoir peur et les marchés restent fermés," a
indiqué lundi matin à IRIN un habitant de Bunia. " Malgré les promesses
faites par les UPDF de contrôler les milices [ethniques] Hema et les pousser
en dehors de la ville, ils continuent de harceler la population dans
certains quartiers de Bunia. »

La ville de Bunia qui compte une population d'environ 300 000 personnes, est située à moins de 50 km de la frontière ougandaise.

Au moins une centaine de personnes, dont un grand nombre de civils, auraient trouvé la mort au cours des affrontements survenus le 6 août lorsque des milices Hema soutenues par l'UPDF et une faction dissidente du mouvement rebelle du Rassemblement congolais pour la démocratie-Kisangani-Mouvement de libération (RCD-K-ML), l'Union des patriotes congolais, se sont emparés d'une grande partie de la ville, prenant le contrôle du gouvernement local, selon les organes d'information.

Le RCD-K-ML de Mbusa Nyamwisi, qui soutiendrait la communauté ethnique
Lendu, a fui la ville, comme l'a fait le gouverneur de la région,
Jean-Pierre Molondo. Initialement loyal au RCD-K-ML de Nyamwisi, l'Ouganda soutiendrait, depuis la semaine dernière, les combattants Hema.

Le bilan des victimes fait état jusqu'à présent d'un charnier de 38 corps mutilés dont des femmes et des enfants, découvert le 9 août par des membres de l'ONU; un autre de 37 corps découvert le 8 août dont tous, à l'exception de trois, étaient des femmes et des enfants dont quasiment tous avaient été mutilés à la machette, selon le quotidien indépendant ougandais, le Monitor;
15 cadavres découverts dimanche dans la résidence provinciale du gouverneur
de l'Ituri dont on ne sait pas encore s'il s'agit de militaires ou de civils
et 11 soldats de l'UPDF. De nombreuses entreprises et habitations ont été
pillées et/ou détruites.

Une source humanitaire régionale a déclaré lundi à IRIN que les récents
déplacements effectués par les habitants de Bunia « risquaient d'aggraver une situation humanitaire déjà sérieuse », qui compte environ 4 000 familles déplacées « nécessitant une aide humanitaire d'urgence depuis les attaques perpétrées le mois dernier ». Cette source a ajouté que la communauté humanitaire commence à être confrontée à des pénuries de secours qui entravent son aide auprès de ces personnes déplacées.

Bien que les associations humanitaires dans la région aient temporairement
interrompu leurs activités, la plupart pensent que la situation ne s'est pas
détériorée au point de justifier leur évacuation.

L'ambassadeur Amos Ngongi, représentant spécial du Secrétaire Général de l'ONU, Kofi Annan, en RDC, se trouve actuellement à Kampala pour tenir des discussions avec les autorités ougandaises sur le processus de paix, a fait savoir lundi à IRIN le porte-parole de Ngongi, Hamadoun Toure. « Il devrait évoquer, entre autres, la question de Bunia et rappeler aux Ougandais leurs
responsabilités internationales dans la ville, » a indiqué M. Touré. « En
tant que force occupante, ils doivent garantir la sécurité à la population
civile. Il ne s'agit pas d'une exigence de la MONUC [la mission de maintien de la paix de l'ONU en RDC], mais d'une règle du droit international. »

Jean-Baptiste Dhetchuvi, porte-parole de la communauté Hema, a déclaré
dimanche à l'agence Associated Press que l'offensive sur Bunia avait été
effectuée pour protéger les civils Hema en butte aux attaques des rebelles
rwandais et ougandais soutenus par la RDC.

[A lire, un dossier produit par l'association Human Rights Watch sur le
conflit dans l'Ituri, disponible sur :
http://www.hrw.org/backgrounder/africa/hemabckg.htm]

Le ministre ougandais de la défense, Amama Mbabazi, a confirmé dimanche au
Monitor que Bunia était sous contrôle de l'UPDF, ajoutant néanmoins que la
responsabilité des charniers n'avait pas encore été définie.

Cependant, Jean-Louis Kyaviro, secrétaire général du RCD-K-ML, cité par le Monitor, a déclaré que « les charniers sont l'entière responsabilité du commandant local de l'UPDF ». Kyaviro a ajouté que le RCD-K-ML avait déplacé ses troupes à 20 km de Bunia.

Les autorités ont tenté de rassurer les habitants de Bunia lundi matin par
le biais de la station locale Radio Candip. « Nous avons entrepris de
restaurer le calme et nous demandons à chacun de reprendre ses activités
normales. Les marchés et les commerces devraient rouvrir à partir d'aujourd'
hui. Tous les employés de la fonction publique devraient reprendre le
travail. Les écoliers et les étudiants devraient reprendre les cours ce
lundi 12 août, » a confirmé la station.

Les autorités ont également indiqué qu'une note officielle d'avertissement
sera envoyée à quiconque commettra un acte de violence, qu'il s'agisse de
pillage, de vol, d'acte de vandalisme ou de massacres violents ».

« Tous les couteaux et armes légères doivent être remis aux autorités les
plus proches. Quiconque désobéira à ces ordres court le risque d'être
sévèrement puni, » ont-elles ajouté. « Les Congolais qui résident dans [la
province de ] l'Ituri sont en sécurité, libres et chez eux. Le départ du gouverneur militaire [de la province de l'Ituri], Jean-Pierre Mulondo, ne doit créer aucune inquiétude, puisque sa sécurité est garantie... »

Parallèlement, le journal du gouvernement ougandais, New Vision, a rapporté lundi que le président Yoweri Museveni avait ordonné le retrait immédiat et total des soldats de l'UPDF toujours stationnés en RDC. Seuls deux bataillons - le 19ème, à Béni, dirigé par le major Muhoozi, et le 53ème, à Bunia, conduit par le lieutenant colonel Segamwenge - sont encore en RDC, selon le journal. Deux unités du 35ème bataillon, qui contrôlent Buta et l' aéroport de Gbadolite se trouvent encore en RDC.

Le journal a également signalé que l'ordre de retrait a fait suite aux
pourparlers, tenus le 8 août, dans la ville de Gulu au nord de l'Ouganda
auxquels ont participé MM. Museveni et Mbabazi et les chefs de sécurité. Des
sources ont indiqué à New Vision que le 53ème battaillon ne revenait pas en
Ouganda, mais quitterait Bunia pour protéger la frontière entre la RDC et l'Ouganda afin de garantir que les combats ethniques en Ituri ne gagnent pas l'Ouganda. D'autres sources ont indiqué au journal que les troupes en
retraite seraient redéployées pour combattre les rebelles de l'Armée de
résistance du Seigneur.

Par ailleurs, une autre faction rebelle, le RCD-Nationale (RCD-N) a accusé, la semaine dernière, le RCD-K-ML de Nyamwisi d'attaquer ses positions
situées à environ 250 km au nord-ouest de Bunia. Les forces du RCD-K-ML s'
étaient retirées à 30 km, laissant derrière elles une quarantaine de morts, a précisé le RCD-N à la BBC, ajoutant qu'il les poursuivrait jusqu'à la prise de leur bastion à Béni.

D'autre part, le RCD-K-ML accuse le RCD-N et l'UPDF d'avoir orchestré les
conflits interethniques dans la région.

Le RCD-K-ML et le RCD-N sont signataires de l'accord de Sun City conclu en avril dernier à l'issue du dialogue intercongolais en Afrique du Sud. Cet accord prévoit le maintien du président actuel de la RDC, Joseph Kabila, dans ses fonctions tandis que Jean-Pierre Bemba, leader du groupe rebelle soutenu par l'Ouganda, le Mouvement de libération du Congo (MLC), remplirait les fonctions de premier ministre.

Les forces du RCD-N seraient soutenues par les soldats du MLC de M. Bemba.

D'après l'agence Associated Press, les troupes du RCD-K-ML entendent
reprendre la ville d'Isiro et ses mines d'or, située à environ 200 km à l'ouest de Bunia, aux mains du RCD-N depuis environ sept mois.

Le chef du RCD-N, Roger Lumbala, a confié lundi à IRIN que les forces de
Nyamwisi sont « soutenues par les forces de Kinshasa, qui comptent des
hommes de l'Interahamwe ». « Kinshasa envoit des armes, des munitions et de
l'argent pour soutenir les ambitions militaires de Mbusa [Nyamwisi] en vue
de nous attaquer ... Kinshasa ne souhaite pas que l'accord de Sun City que nous avons signé soit mis en application, » a-t-il ajouté.

« Le RCD-N demande l'application immédiate et sans conditions de l'accord de Sun City le retrait des forces de Kinshasa, de l'Interahamwe, et de Mbusa [Nyamwisi]... A cause de sa politique d'exclusion, Mbusa a perdu Bunia, et il perdra Béni et Butembo, » a prévenu M. Lumbala.


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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