M. Obasanjo a pris ses fonctions le 29 mai 1999, mettant fin en même temps à plus d'une décennie et demi d'un régime militaire brutal. Mais l'optimiste et l'enthousiasme qui l'ont hissé au pouvoir se sont vite évanouis depuis que ce pays le plus peuplé d'Afrique a été en proie au cycle de violence ethnique et religieuse le plus grave depuis la guerre civile de la fin des années 1960.
Dans un discours centré sur la violence politique et sur les précédentes violations des droits de l'homme, M. Obasanjo a fait porter la responsabilité de la situation actuelle au Nigéria à l'élite politique du pays. "C'est un triste commentaire sur notre conduite de dire que les Nigérians vivent plus dans la crainte de la violence que dans l'excitation devant l'occasion de choisir qui va les gouverner", a déclaré le président, qui aspire à un deuxième mandat aux prochaines élections.
"Des groupes primordiaux, déguisés en associations régionales ou culturelles, ont fait irruption dans l'arène politique, et sont entrain d'influencer en ce moment précis l'orientation politique de notre nation sans assumer aucune responsabilité pour leurs actions", a-t-il ajouté.
Dans un pays de plus de 120 millions d'habitants, qui comprend plus de 250 ethnies et est pratiquement divisé en deux, avec le sud majoritairement chrétien, et le nord à prédominance musulmane, M. Obasanjo a hérité la tâche particulièrement ardue de bâtir la cohésion nationale. Plus de trente années de mauvaise administration militaire sous des dirigeants du nord, essentiellement de langue Haoussa, ont fait couver la rancune chez d'autres nationalités ethniques qui se sont senties délestés de la richesse commune.
Son accession au pouvoir a coïncidé avec l'émergence d'une pléthore d'organisations ethniques et régionales, certaines très militantes, affirmant les droits et la fierté du groupe rival. Les groupes luttant en faveur des trois grandes ethnies sont l'Arewa Consultative Forum, qui représente les intérêts des personnes parlant la langue Haoussa au nord: l'Afenifere, dont l'influence couvre la région Yorouba, terre d'origine de M. Obasanjo dans le sud-ouest; et le Oha na Eze pour le sud-est Igbo.
Certaines de leurs aspirations sont souvent associées à des groupes de milices, comme le Congrès du peuple Arewa dans le nord, le Congrès du peuple Oodoua dans le sud-ouest et les Bakassi Boys dans le sud- est. Ces groupes ont été impliqués dans les cas les plus graves de violence ethnique et religieuses qui ont secoué le Nigéria au cours des trois années écoulées.
"La manière dont nous résolvons les disparités inhérentes", a souligné M. Obasanjo, "va déterminer le futur de notre politique".
Le président a aussi saisi l'occasion pour annoncer que son gouvernement acceptait les recommandations de la commission spéciale qui a enquêté, durant les trois dernières années, sur trois décennies de violations des droits de l'homme. Le rapport de la commission, a-t-il indiqué, jettera les bases de la réconciliation nationale et consolidera les piliers de la démocracie au Nigéria".
"A cet égard, le 29 mai sera chaque année la Journée de la démocratie et des Droits de l'homme", a annoncé M. Obasanjo.
Il a aussi déclaré trois jours de prières nationales et de jeûne, à partir du 31 mai. "Marquons l'expérience de ces trois jours comme le début de la régénération spirituelle, de la droiture, de la réconciliation, de l'amour et de la fraternité au Nigéria", a-t-il conclu.
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