"Ce n'est certainement pas le rôle du Conseil de sécurité [de l'ONU] de remplacer les parties congolaises," a déclaré à RFI M. Levitte lors d'une halte à Pretoria, en Afrique du Sud. "Ce n'est pas non plus le rôle du Conseil de sécurité de servir de médiateur dans le dialogue intercongolais. Notre rôle est d'encourager toutes les parties congolaises à être suffisamment flexibles pour s'assurer que les acquis de Sun City ne sont pas perdus."
Rappelant que 37 rapports relatifs à tous les aspects de la vie congolaise avaient été adoptés par consensus lors des négociations de paix à Sun City, en Afrique du Sud, M. Levitte a déclaré qu'il était nécessaire de conclure un accord politique entre toutes les parties congolaises. "Cela n'a pas été fait à Sun City, mais ce n'est pas la fin du processus," a-t-il souligné. "La porte reste ouverte."
Il a également soutenu l'appel du facilitateur du dialogue intercongolais, Ketumile Masire, en faveur d'une poursuite des négociations en format réduit. Les pourparlers ont été brusquement interrompus lorsqu'une importante faction rebelle soutenue par le Rwanda, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma), et plusieurs groupes de l'opposition politiques ont refusé de signer un accord accueilli dans l'ensemble favorablement mais n'incluant pas tout le monde. Quelques jours plus tard, les groupes exclus de l'accord ont annoncé la formation d'une Alliance pour la sauvegarde du dialogue intercongolais (ASD), dirigée par le vétéran Etienne Tshisekedi, chef de file de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UPDS) - dont l'objectif principal est de poursuivre le dialogue intercongolais.
"Ce n'est pas l'heure des grandes réunions solennelles," a déclaré lundi M. Levitte. "Je pense que c'est plutôt l'heure des concertations discrètes en vue de restaurer le dialogue et de permettre à chaque partie de comprendre les problèmes de chacun, permettant ainsi de finaliser ce qui n'a pu être terminé à Sun City."
La mission de l'ONU est composée d'ambassadeurs et de hauts diplomates des pays suivants: Bulgarie, Cameroun, Chine, Colombie, Guinée, Irlande, île Maurice, Mexique, Norvège, Russie, Singapour, Syrie, Royaume-Uni et Etats-Unis. Elle doit se rendre mercredi à Kisangani, au nord-est de la RDC, où elle rencontrera la mission de maintien de la paix de l'ONU en RDC, la MONUC. Jeudi, la délégation visitera l'Angola, où elle rencontrera le président Jose Eduardo dos Santos et le Comité politique pour l'accord de cessez-le-feu de Lusaka. Vendredi, l'équipe onusienne se rendra en Ouganda pour s'entretenir avec le président Yoweri Museveni et le chef de file de l'ancienne rébellion du Mouvement de libération du Congo (MLC), Jean-Pierre Bemba, qui sera premier ministre dans le nouveau gouvernement congolais. Samedi, la mission continuera son voyage en Tanzanie où elle sera reçue par le président Benjamin Mkapa. Dimanche, elle fera une halte au Burundi pour y rencontrer le président Pierre Buyoya, le vice-président Domitien Ndayizeye et les présidents du sénat et l'assemblé nationale. Lundi, les délégués poursuivront leur tournée au Rwanda afin de rencontrer le président Paul Kagamé et les autorités rwandaises. Une réunion est également prévue avec une délégation d'anciens groupes armés rwandais. Mardi, la délégation rentrera au siège des Nations Unies, à New York.
Parallèlement:
Le Rwanda et l'Ouganda ont appelé samedi à une poursuite des négociations en vue de parvenir à un consensus sur un partage du pouvoir au sein de toutes les institutions étatiques. Selon Radio Ouganda, les deux pays ont également salué les résultats obtenus jusqu'à présent dans les domaines de la défense, de l'économie, des affaires humanitaires et sociales et de la réconciliation nationale.
Dès leur arrivée dimanche après-midi à Pretoria, les membres de la mission de l'ONU ont tenu des consultations à huis-clos avec les membres du Groupe d'experts de l'ONU sur l'exploitation illégale des ressources naturelles et autres formes de richesse en RDC. La réunion a été suivie par un dîner de travail avec des représentants de la nouvelle ASD.
La délégation de l'ONU s'est entretenue lundi avec des groupes rebelles burundais. M. Levitte a déclaré que le Conseil soutenait fermement les efforts déployés pour résoudre la crise au Burundi, et il a exhorté les groupes rebelles à renoncer immédiatement aux hostilités. L'équipe onusienne a également rencontré le président sud-africain Thabo Mbeki et le vice-président Jacob Zuma.
Le président zimbabwéen Robert Mugabe a exhorté la délégation de l'ONU à soutenir et à consolider le processus de paix en accélérant le déploiement de casques bleus afin d'assurer la transition vers la paix dans le pays ravagé par les conflits. M. Mugabe a déclaré que le Zimbabwe était favorable au retrait des troupes étrangères de la RDC, indiquant toutefois que cette manoeuvre ne devait pas renverser le processus de paix. "Notre espoir est qu'au lieu d'avoir des forces onusiennes dont le rôle consiste uniquement à surveiller les troupes, à observer le processus de paix et à rester vigilantes, nous aurons des forces chargées de maintenir et de renforcer la paix," a déclaré mardi M. Mugabe sur ZBC Radio. "C'est ce que nous attendons et c'est ce que nous avons décidé de recommander à l'ONU de faire lors de notre dernière réunion à Lusaka."
Une délégation du MLC composée de 84 membres doit rencontrer le gouvernement à Kinshasa afin de peaufiner les termes de l'accord de Sun City, et notamment de rédiger une nouvelle constitution menant à des élections. "La délégation du MLC et toutes les autres composantes présentes actuellement à Kinshasa vont se pencher sur la rédaction d'un projet de constitution pour la période de transition," a indiqué lundi à RFI le secrétaire-général du MLC, Olivier Kamitatu. "Cela signifie que nous allons aujourd'hui inclure toutes les clauses de l'accord politique de Sun City dans un document qui sera adopté par la future assemblée nationale. Nous veillerons à ce que toutes ces clauses forment la nouvelle constitution sur laquelle seront basées les institutions démocratiques du Congo." Quant aux personnes susceptibles de participer aux discussions sur la nouvelle constitution, M. Kamitatu a indiqué: "Eh bien, ce sont toutes les composantes et les entités présentes au dialogue intercongolais à Sun City, c'est-à-dire le gouvernement, le MLC, la société civile, l'opposition politique, le Rassemblement congolais pour la démocratie-Mouvement pour la libération [RCD-ML], le RCD-Nationale, les Mayi-Mayi, et ne l'oublions pas, le RCD-Goma, s'il revient sur sa position initiale."
Le ministre belge des affaires étrangères, Louis Michel, s'est entretenu lundi à Kinshasa avec le président congolais Joseph Kabila et des représentants du MLC. Il les a encouragés "à créer des conditions qui inciteront d'autres parties à rejoindre l'accord", a rapporté mardi l'AFP.
Les Etats-Unis ont salué les "progrès considérables" accomplis durant le dialogue intercongolais, constituant "un pas important vers la réunification du Congo et le début d'une transition qui conduira à des élections libres et justes," a déclaré vendredi le porte-parole du département d'Etat américain, Richard Boucher. M. Boucher a cependant prévenu que le dialogue intercongolais "ne s'était pas terminé par un accord commun de paix" et il a appelé "tous les Congolais à continuer les négociations en vue d'amener tous les regroupements politiques représentatifs à un accord inclusif."
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