lave ont ravagé Goma à l'est de la République démocratique du Congo,
l'avenir de cette ville de 400 000 habitants reste bien incertain.
Sa position idyllique sur les rives du Lac Kivu, bordée de collines
verdoyantes due à la fréquence des pluies et son climat tempéré laissent
oublier que ce Jardin d'Eden est situé sur un champ de mine volcanique le
long de la Vallée du Grand Rift - une importante ligne de faille géologique
qui finira par séparer une grande partie de l'Afrique de l'est du reste du continent.
Pour l'équipe des vulcanologues nationaux et internationaux qui surveillent le Nyiragongo, cette dernière activité volcanique a rappelé que la ville de Goma a elle-même été édifiée sur des coulées de lave solidifiée au fil des siècles précédents - tout récemment sur le plan géologique - et que ses
habitants devraient envisager de se réinstaller dans d'autres endroits, à
l'ouest de Sake par exemple, à quelque 30 km à l'ouest de Goma, située à une
distance suffisante de l'immense plaine volcanique du Nyiragongo.
Les autorités locales, les agences onusiennes, et les organisations non
gouvernementales locales et internationales (ONG), s'efforcent d'anticiper ce qui va se passer. Tandis que la crise humanitaire semble être, pour l'heure, maîtrisée, il est devenu clair qu'il n'existe pas de solutions à court terme pour une ville déjà ravagée par des années de guerre.
Les organisations humanitaires avaient prévu de lancer un appel de fonds
consolidé fin janvier mais ont unanimement décidé de le reporter face à la nécessité d'apporter une réponse à plus long terme.
Cependant, un dilemme se pose quant à la forme que prendra cette initiative
: investir dans la reconstruction d'une ville susceptible d'être victime
d'une nouvelle activité volcanique, en espérant qu'une plus stricte
surveillance permettra une évacuation des habitants plus organisée et plus
efficace ou bien déclarer le site inhabitable et demander à la population de partir vers des camps de réinstallation avant d'être transférée vers des " zones sûres ".
La deuxième solution proposée semble la plus logique mais les organisations
humanitaires craignent qu'elle ne soit pas bien accueillie par les habitants
de Goma, qui comme une grande partie des populations sédentaires de la race
humaine, préfèreraient courir le risque- quel qu'en soit le degré - de vivre dans un endroit où ils se sentent chez eux.
Le sentiment de la communauté humanitaire est non seulement corroboré par la vitesse à laquelle des centaines de milliers d'habitants qui avaient fui le volcan sont revenus dans leur ville - la majeure partie de la population en quelques jours - mais aussi par une récente enquête menée par
l'International Rescue Committee auprès des personnes sans-abri de Goma qui ont dans l'ensemble exprimé une grande réticence à se réinstaller ailleurs.
A cette fin, une coalition formée par les autorités congolaise et rwandaise,
les agences de l'ONU et les ONG internationales ont réuni leurs ressources pour développer et mettre en ouvre un plan d'action dans le cas d'une autre activité volcanique ou sismique, un plan qui, selon certains, aurait dû être mis en place depuis longtemps.
Il a été convenu qu'un dispositif d'intervention doté de deux plans
d'opération serait mis sur pied - un plan pour la RDC, l'autre pour le
Rwanda. Ce dispositif sera axé sur deux scénarios possibles : une situation d'urgence à moyenne échelle dans le cas de coulées de lave et d'une activité sismique mineure et dans la deuxième hypothèse, une catastrophe à grande échelle après une importante éruption volcanique et le cas échéant une importante activité sismique. Une réunion entre tous les partenaires pour approuver un dispositif final d'intervention, doit se tenir dans la capitale rwandaise, Kigali, avant la fin février.
On peut déjà noter les premiers signes de la mise en place d'un plan
d'action en cas de catastrophe sous la forme d'abris de base construits le
long des routes de sortie par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance
(UNICEF) et Point d'Ecoute (une ONG locale) au Rwanda pour les enfants qui
pourraient être séparés de leurs familles durant un exode massif de
population.
Les camps de réfugiés et de transit créés pour les précédents mouvements de
population - principalement ceux créés au lendemain du génocide rwandais de
1994 - ont déjà été réaménagés en RDC et au Rwanda pour aider les personnes
déplacées par l'éruption du Mont Nyiragongo. Il est par ailleurs envisagé de remettre en état de nouveaux sites.
Entre-temps, cependant, la vie a repris son cours pour les habitants de
Goma, une population frappée par des années de conflit et dont beaucoup ont
perdu tout ou le peu qu'ils avaient mais qui font montre d'une résistance et d'une détermination remarquables. Quelques jours seulement après que le
magma se fut répandu sur leur ville, les habitants s'aventuraient au travers
de la coulée de lave encore chaude, marchant rapidement pour éviter que
leurs semelles en caoutchouc ne fondent et n'adhèrent à la roche.
Un certain nombre de routes tracées dans la lave solidifiée ont permis aux
véhicules de traverser la ville et d'apporter des secours, de la nourriture et des marchandises commerciales. Les commerces qui avaient échappé à la coulée de lave mais aussi aux nombreux pillages ont rouvert et les petits entrepreneurs ont refait surface dans la ville - certains vont même jusqu'à utiliser des murs de lave pour exposer leurs produits.
UNICEF, en collaboration avec les autorités locales et un certain nombre
d'ONG partenaires, espèrent que les écoles pourront rouvrir vers le 25
février mais celles-ci fonctionneront dans des conditions rudimentaires en
attendant que les bâtiments en ruine, les meubles et les fournitures soient
remplacés.
De l'autre côté de la frontière au Rwanda, les enfants ont déjà repris les
cours dans le camp de transit de Nkamira dans une salle de classe construite à partir de troncs d'arbres, de branches et de bâches en plastique.
Grâce à un effort associé d'UNICEF, de Point d'Ecoute et de Save The
Children (SCF), les enfants congolais d'une large tranche d'âge semblent
réconfortés par une camaraderie et une normalité retrouvées.
Ils s'empressent de montrer aux visiteurs leurs notes prises sur leur cahier
d'écoliers, pendant les cours dispensés en swahili et en français par les enseignants de SCF. Ils ont hâte de savoir ce qui les attend. " Quand allons-nous rentrer ? " demandent-ils. " Est-ce que le volcan va exploser de nouveau ? " Des questions auxquelles les adultes sont bien en peine de
répondre.
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