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Yémen – vivre avec un traumatisme

A boy in Mazrak IDP camp in north-west Yemen eats Plumpy’nut, a peanut-based food used in famine relief
A boy in Mazrak IDP camp in north-west Yemen eats Plumpy’nut, a peanut-based food used in famine relief (Hugh Macleod/IRIN)

« Je suis handicapé de l’intérieur », dit Ahmad, un jeune homme qui, en octobre 2011, alors qu’il était âgé de 15 ans, a été blessé par balle lors d’une manifestation contre le gouvernement à Sana’a, la capitale du Yémen.

La blessure lui a laissé une claudication et de profondes séquelles psychologiques. Après avoir enduré pendant un an le traumatisme mental de cet évènement, Ahmad s’est finalement rendu à l’hôpital al-Amal, spécialisé dans le traitement des maladies psychologiques.
 
« C’est comme un cauchemar et je suis vraiment bouleversé quand je passe [dans] la rue où j’ai été touché », a dit Ahmad à IRIN. « Je me sens vraiment mal. »
 
Les violentes manifestations qui ont finalement conduit à la chute du régime du président Ali Abdullah Saleh, après 33 ans au pouvoir, ont laissé d’importantes séquelles psychologiques dans ce pays où les services de santé mentale sont très limités.
 
Les derniers chiffres fournis par le gouvernement indiquent qu’il y a « 44 psychiatres sur 8 534 médecins spécialisés dans l’ensemble du pays », mais ces estimations datent de 2006. Avec environ un psychiatre pour 500 000 habitants, cette statistique place le Yémen parmi les pays du monde arabe ayant le plus petit ratio psychiatre/patient. Outre al-Amal, il n’existe qu’un seul grand centre de traitement des troubles mentaux : l’hôpital psychiatrique al-Salam, à Aden. 

« Le ministère de la Santé [et de la Population] se préoccupe avant tout des maladies physiologiques au détriment des troubles mentaux », a dit à IRIN un coordinateur médical d’une organisation humanitaire internationale à Sana’a, sous réserve d’anonymat. « Le ministère ne comptabilise pas le nombre de professionnels de la santé mentale dans le pays, car il n’en a aucune idée. »
 
Ayed Talha est psychiatre à l’hôpital al-Amal, où il suit Ahmad et un certain nombre d’autres patients.
 

« Ces dernières années, nous avons commencé à traiter beaucoup d’enfants souffrant des conséquences d’un traumatisme, principalement à cause de la guerre », a-t-il dit à IRIN.
 
« Il est désormais bien établi que les enfants exposés à un traumatisme ont plus de risques de devenir agressifs plus tard dans leur vie, une fois devenus adultes [...] Nous allons donc finir par avoir une société handicapée si nous ne prenons pas soin d’eux de manière adaptée. »

Difficultés quotidiennes

Le ralentissement de l’économie et la hausse des prix des denrées alimentaires ont ajouté aux difficultés rencontrées quotidiennement par de nombreuses familles yéménites, même lorsqu’elles n’ont pas été directement touchées par les violences récentes. Près de la moitié de la population du pays se trouve d’ailleurs en situation d’insécurité alimentaire.
 
« Il y a un sentiment d’impuissance face à la pauvreté au Yémen », a dit à IRIN un administrateur et médecin d’un hôpital de neurochirurgie de Sana’a.
 
Selon le médecin, le nombre d’établissements de santé mentale étant insuffisant, les Yéménites dépendent du soutien de leur famille et d’autres réseaux traditionnels de solidarité.

« C’est comme pour les traitements psychologiques. Le médecin vous demande de trouver un groupe de soutien vers lequel vous tourner. Les familles yéménites ne vous laissent pas vous sentir seul et ne vous donnent pas l’impression que vous devez supporter seul votre douleur. »

« J’ai changé. Avant, j’étais heureuse. Plus maintenant », Amira, 12 ans

 

Les services de santé mentale des organisations non gouvernementales se focalisent quant à eux sur les réfugiés, les migrants et les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP).

L’Organisation internationale pour les migrations offre des services de conseil psychosocial à Haradh, dans le gouvernorat d’Hajjah, au nord du pays. Dans le Sud, INTERSOS apporte un soutien psychosocial aux PDIP les plus vulnérables qui reviennent à Abyan. Handicap International offre des services de réadaptation et d’accompagnement psychosocial aux victimes de mines antipersonnel et de munitions non explosées à Aden et Abyan. Quant à l’ONG Médecins sans frontières, elle a mis en place depuis quatre mois des programmes de santé mentale pour les migrants détenus à Sana’a dans l’attente d’être expulsés. Actuellement, environ 10 pour cent des 500 à 600 migrants sont suivis psychologiquement.

 

Thérapie de groupe avec du khat

Certains se réconfortent en mâchant du khat, une drogue similaire à l’amphétamine consommée rituellement à la fin de chaque journée par la plupart des hommes et 30 à 50 pour cent des femmes.
 
À Sana’a, un cheik influent dont la famille s’est opposée aux forces du gouvernement en 2011, compare ce rituel à une « thérapie de groupe » dans le cadre de laquelle les révolutionnaires peuvent réfléchir aux traumatismes qu’ils ont partagés. De nombreux Yéménites n’auront pas d’autre « thérapie » que celle-ci.

La dépendance à ce stimulant a cependant un coût économique, surtout lorsque le budget des foyers est serré.

Pour ceux qui y ont accès, les soins psychiatriques professionnels de l’hôpital al-Amal semblent en tout cas être bénéfiques.
 
Amira, 12 ans, se trouvait chez elle lorsqu’un obus a explosé sur la maison de ses voisins, tuant sa petite sœur de trois ans. « J’ai changé. Avant, j’étais heureuse. Plus maintenant. » Grâce à la thérapie, elle a cependant pu reprendre sa scolarité.
 
cc/jj/cb-ld/amz

 

 


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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