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Vers des solutions internes à la crise en RDC

Former rebels and Mayi Mayi militiamen integrated in the national army of Democratic Republic of Congo on parade following an agreement signed in the eastern city of Goma by several armed groups to dissolve themselves on 18 April Eddy Isango/IRIN
Former rebels and Mayi Mayi militiamen integrated in the national army of Democratic Republic of Congo on parade
Le déploiement imminent d’une brigade d’intervention des Nations Unies dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) vise à neutraliser les milices opérant dans cette région en proie aux troubles.

La force militaire, composée de plus de 3 000 hommes, travaillera en collaboration avec la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) lors du lancement d’offensives ciblées contre les milices responsables de la mort de nombreux civils et de déplacements massifs de population.

Si certains analystes plaident en faveur de cette intervention militaire, nombreux sont ceux qui prônent des initiatives du gouvernement, notamment la réforme des institutions clés, et pensent qu’elles constituent des solutions alternatives, voire indispensables.

IRIN présente ici les problématiques principales que le gouvernement de la RDC doit examiner afin de sécuriser la région agitée à l’est du pays.

Comment le secteur de la sécurité peut-il être réformé ?

Selon les analystes, un secteur de la sécurité efficace est essentiel pour résoudre la plupart des problématiques de la RDC.

« L’incapacité du gouvernement congolais à protéger sa population ou à contrôler son territoire entrave les progrès qui pourraient être réalisés dans tous les autres domaines », d’après un rapport rédigé en 2012 par un groupe d’organisations internationales et congolaises de la société civile intitulé « La République démocratique du Congo : Prendre position sur la réforme du secteur de la sécurité ».

Le rapport affirme qu’« un secteur de la sécurité efficace – organisé, doté de ressources adéquates, formé et soumis à des contrôles – est essentiel pour résoudre des problématiques telles que le déplacement de populations, le recrutement d’enfants soldats, le viol, mais aussi la croissance économique ou le commerce de minerais lié au conflit ».

Cependant, il constate que très peu de fonds sont engagés directement dans la réforme du secteur de la sécurité (RSS). Bien que le montant de l’assistance au développement officielle en faveur de la RDC depuis les élections de 2006 atteigne un minimum de 14 milliards de dollars, à peine plus d’un pour cent a été attribué à la RSS, soit près de 87,79 millions de dollars.

Le rapport a critiqué la communauté internationale pour son « incohérence politique et son manque de coordination » concernant la RSS. Il a également reproché au gouvernement de la RDC son manque de volonté politique d’assumer son rôle en matière de RRS, en raison de la corruption endémique qui y règne.

« Le problème de la RDC, c’est son gouvernement faible, voire illégitime selon certains, incapable d’assumer totalement le contrôle de son vaste territoire »
Selon Naomi Kok, consultante en recherche à l’Institut d’études de sécurité (Institute of Security Studies, ISS), « la RSS est un projet à long terme pour la RDC, et c’est surtout à Kinshasa que revient la responsabilité de le mener à bien ».

Mais le gouvernement de la RDC doit d’abord prendre ses responsabilités. « Le problème de la RDC, c’est son gouvernement faible, voire illégitime selon certains, incapable d’assumer totalement le contrôle de son vaste territoire », a déclaré à IRIN Nicholas Opiyo, un avocat de Kampala pour le cabinet-conseil Akijul.

« La faiblesse, ou les divisions au sein de l’armée congolaise ne sont qu’[…]une manifestation d’un affaiblissement plus large dans l’infrastructure gouvernementale du pays. Par conséquent, tout le monde a recours à des solutions bancales, en prenant le contrôle des instruments de violence ».

Comment l’armée peut-elle être maîtrisée ?

Dans l’est de la RDC, les actes de violence contre les civils perpétrés par les Forces armées de la RDC (FARDC) et des dizaines de milices sont monnaie courante.

D’après un rapport du Bureau conjoint des Nations Unies aux Droits de l’homme datant du mois de mai, les troupes des FARDC sont accusées d’avoir violé les droits de l’homme dans la région autour de Minova, une ville de la province du Sud-Kivu, lors de leur retrait de la province du Nord-Kivu après la chute de la ville de Goma entre les mains des miliciens du M23 l’an dernier.

« Dans ce contexte, près de 102 femmes et 33 filles ont été victimes de viols ou autres violences sexuelles commis par les soldats des FARDC », indique le rapport, dans lequel il est également précisé que les soldats ont eu recours au travail forcé, pillé des villages et exécuté arbitrairement au moins deux personnes.

Les FARDC sont souvent considérées comme une institution inefficace, dont les troupes sont mal organisées et démotivées. En 2012, la mutinerie du M23 dans l’est de la RDC des officiers tutsis des FARDC, par exemple, a été en partie provoquée par des revendications sur la rémunération et les conditions de vie.

Les experts affirment qu’à elle seule, la formation ne parviendra pas à faire face aux problèmes des FARDC, qui sont structurels.

Dans un courrier électronique adressé à IRIN, Thierry Vircoulon, analyste à International Crisis Group (ICG), a écrit que « les bienfaits de la formation [étaient] surestimés. Les partenaires étrangers (Belgique, États-Unis, France, Angola, Afrique du Sud et Chine) forment l’armée congolaise depuis 2006, et les résultats sont très médiocres ».

« La formation n’est efficace que lorsqu’elle peut être mise en pratique, mais compte tenu de la nature de l’armée congolaise, les soldats formés sont renvoyés dans une organisation dysfonctionnelle au sein de laquelle ils ne bénéficient pas de salaire et de conditions de travail décents. La formation ne résoudra pas les problèmes structurels de l’armée congolaise. »

Les FARDC ont été durement touchées par les divisions ethniques et certaines troupes restent loyales à des milices.

« La soi-disant armée congolaise est un ensemble disparate de combattants venant de différents milieux : des anciens militaires au service de Mobutu, des miliciens du Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, des Maï-Maï, des membres armés de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), etc. Il n’y a pas eu de processus d’unification de ces groupes et certains ont réussi à rester sur leur territoire d’origine, notamment le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et le M23 dans le Nord-Kivu », a expliqué M. Vircoulon.


« Ainsi, les affiliations ethniques ou passées subsistent et sont plus fortes que le commandement et la discipline militaires. L’armée congolaise n’est pas une institution, mais un ensemble disparate de groupes de militaires qui ne sont ni entrainés, ni disciplinés. »

Qu’en est-il de la démobilisation ?

Le processus d’intégration d’anciens soldats dans l’armée congolaise, intégré au programme de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) du gouvernement, s’enlise également.

« L’état actuel de l’armée nationale est désastreux, et les différents groupes armés ne sont pas au même niveau du programme de DDR. La situation est aggravée par les manipulations politiques régionales et nationales », a déclaré à IRIN Mme Kok de l’ISS.

L’incapacité de lutter contre les causes de la rébellion armée constitue un autre défi, souvent responsable de l’échec du processus de désarmement. En 2009 par exemple, le gouvernement de la RDC a signé un accord avec les membres du CNDP, mais l’incapacité de mettre pleinement en œuvre cet accord a entraîné la mutinerie de 2012 qui a donné naissance au M23.

« [Lorsque] le M23 a été intégré aux FARDC en 2009 […] ses structures de commandement et de contrôle [étaient] plus ou moins intactes. Ainsi, lorsque le temps de fuir et de former une nouvelle rébellion est venu, ils étaient préparés », a expliqué Mme Kok.

L’absence d’un processus de filtrage des soldats démobilisés est aussi un problème.

« La stratégie de réintégration de chefs de guerre abusifs et de leurs soldats dans l’armée congolaise (souvent dans le cadre d’accords de courte durée, avec un filtrage et une formation limités ou inexistants avant le redéploiement d’anciens militaires en tant que soldats de l’armée congolaise) a attisé des violences et provoqué d’horribles violations des droits de l’homme dans l’est du Congo », a déclaré à IRIN Ida Sawyer, chercheuse et militante de Human Rights Watch (HRW).

Réformer le système judiciaire

Une justice et des mécanismes de responsabilité inadéquats facilitent davantage l’impunité face aux abus.

Dans le rapport du Bureau conjoint des Nations Unies aux Droits de l’homme, il est précisé qu’entre le 15 novembre et le 2 décembre 2012, au moins 58 cas de viols ont été rapportés durant l’occupation de Goma par le M23, dont les membres ont aussi exécuté 11 civils, recruté et utilisé des enfants soldats, et eu recours au travail forcé et aux pillages.

Seuls quelques rares chefs de milices de la RDC ont été arrêtés et condamnés. Parmi eux, Thomas Libanga a été reconnu coupable par la Cour pénale internationale (CPI) d’avoir enrôlé des enfants soldats dans la région d’Ituri dans le nord-ouest du pays en 2002. En mars, Bosco Ntaganda, ancien commandant du M23, a été remis à la CPI.

Les experts demandent l’établissement de tribunaux spéciaux en RDC pour que les violations de droits de l’homme soient jugées hors de la juridiction de la CIP.

« Avec les organisations de la société civile congolaise, nous avons aussi demandé l’établissement de chambres mixtes spéciales ou d’un tribunal mixte spécial au sein du système judiciaire congolais, avec l’implication de procureurs, juges et autres membres du personnel judiciaire internationaux, afin de pouvoir engager des poursuites contre les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis au Congo depuis 1990 », a rappelé Mme Sawyer de HRW.

M. Opiyo, analyste, a ajouté que « la nécessité de traduire en justice les responsables présumés de crimes graves (les troupes gouvernementales, les rebelles et les miliciens) ne doit pas être flouée aux dépens d’avancées à court terme ».

Pour M. Vircoulon, du groupe ICG, « le blocage de la réforme du système judiciaire est la cause de l’impunité qui règne en RDC ».

Où en sont les négociations pour des solutions locales ?

Des négociations de paix entre le M23 et le gouvernement de la RDC sont en cours à Kampala sous l’égide de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). Les analystes généralement sceptiques à l’égard d’une force d’intervention militaire sont favorables à cette approche.

« Une paix durable en RDC ne peut pas se construire avec le déploiement de forces étrangères agressives »
« Tout dépend de l’efficacité de la brigade d’intervention des Nations Unies, mais du point de vue de l’organisation (CIRGL), nous ne pensons pas que la brigade d’intervention soit la solution définitive au conflit », a déclaré à IRIN Stephen Mwachofi Singo, chargé des programmes à la CIRGL.

« Avec le processus de la CIRGL, un processus politique est déjà en cours à Kampala. Un tel processus devrait être mené à terme », a-t-il ajouté.

La lutte contre les tensions ethniques est indispensable à la pacification des zones de conflit.

« La RDC est un pays vaste et multiethnique. Certains groupes ethniques s’étendent sur les frontières de pays voisins comme l’Angola et le Rwanda. Malheureusement, le gouvernement actuel et l’ancien gouvernement de la RDC ont utilisé cette multiplicité des groupes ethniques pour les dresser les uns contre les autres et à des fins de connivence politique. Cela a créé un sentiment de faveur et de défaveur », a déclaré M. Opiyo, analyste.

« Afin d’apaiser les tensions ethniques, une armée nationaliste est indispensable, mais aussi un gouvernement représentatif. Une administration centralisée, plutôt qu’un système fondé sur la dévolution, offrirait une perspective nationale, et non plus ethnique, au peuple congolais. »

Selon Frederick Golooba-Mutebi, scientifique politique à l’Université de Makerere, « une paix durable en RDC ne peut pas se construire avec le déploiement de forces étrangères agressives ».

« Les causes de la violence dans ce pays [RDC] sont internes. La solution réside donc dans la résolution des problèmes internes plutôt que dans la prolongation du conflit. Seuls [les] Congolais peuvent résoudre leurs problèmes de manière durable. Les étrangers ne peuvent pas le faire à leur place ».

so/aw/rz-fc/amz

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