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Les subventions contribuent-elles à améliorer l'alimentation des bénéficiaires ?

A woman tends to her goods while at a morning market in Kathmandu. Agriculture accounts for about 75 percent of the nation's workforce
A woman tends to her goods while at a morning market in Kathmandu, Nepal (David Longstreath/IRIN)

On assume généralement que les subventions alimentaires permettent d'améliorer l'accès à la nourriture et la qualité de l'alimentation des personnes pauvres. Selon les experts toutefois, l'impact de ces subventions sur la qualité de l'alimentation des bénéficiaires n'est pas concluant.

Financées par les bailleurs de fonds ou par les gouvernements, les subventions alimentaires prennent la forme de transferts monétaires conditionnels, qui permettent aux bénéficiaires d'acheter de la nourriture, ou de bons ayant une valeur monétaire et pouvant être échangés contre des aliments chez les commerçants sélectionnés. Les deux pratiques sont fondées sur une approche de marché similaire qui vise à améliorer la capacité d'une personne à acheter de la nourriture.

« La volatilité des prix des denrées alimentaires place les aliments nutritifs hors de portée des personnes les plus pauvres et menace d'exacerber la crise alimentaire mondiale », a dit Liam Crosby, conseiller en matière de politiques et de recherches sur la faim auprès du bureau de l'organisation non gouvernementale (ONG) Save the Children au Royaume-Uni.

D'ici la fin 2012, le Programme alimentaire mondial (PAM) versera près d'un tiers de son aide sous forme de transferts monétaires et de bons d'alimentation.

Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), presque tous les citadins et la plupart des habitants des régions rurales achètent de la nourriture sur les marchés, même s'ils cultivent leurs propres aliments.

« Les personnes pauvres consacrent déjà 70 pour cent de leurs revenus à l'achat de nourriture, mais leurs revenus sont si faibles qu'elles n'arrivent pas à en acheter suffisamment pour satisfaire leurs besoins alimentaires », a dit Sumiter Singh Broca, chargé des politiques auprès du bureau de la FAO à Bangkok.

En février 2012, la Banque asiatique de développement (BAD) a indiqué qu'une augmentation de 10 pour cent des prix des denrées alimentaires pourrait faire sombrer 30 millions d'Indiens et 4 millions de Bangladais supplémentaires dans la pauvreté extrême. Au Pakistan, 3,5 millions de personnes supplémentaires pourraient passer sous le seuil de 1,25 dollar par jour.

« Dans ce contexte, les subventions alimentaires sont particulièrement utiles pour les familles pauvres, car il est presque certain qu'elles s'en serviront pour acheter davantage de nourriture », a dit M. Broca.

Mais est-ce que le fait d'avoir plus d'argent à consacrer à l'achat de nourriture suppose une meilleure alimentation ?

Des aliments nutritifs

Pas nécessairement, selon M. Crosby, de l'ONG Save the Children. « Les causes de la malnutrition sont nombreuses et complexes. Non seulement faut-il pouvoir se procurer suffisamment de nourriture, mais il faut aussi pouvoir choisir les bons aliments. Les gouvernements doivent investir dans la mise en ouvre d'interventions nutritionnelles directes, notamment dans des programmes d'éducation et de soutien en matière d'allaitement. »

Loin d'être une « solution miracle » pour résoudre le problème de la faim, les subventions aux consommateurs peuvent, en réalité, nuire aux producteurs ruraux qui ne font pas partie des fournisseurs sélectionnés et perdent dès lors une part de leurs revenus, a ajouté M. Crosby.

Les auteurs d'une étude économique publiée en 2011 et portant sur 1 300 ménages chinois ayant reçu des subventions alimentaires pendant cinq mois ont rapporté que les bénéficiaires avaient mangé davantage, mais que leur apport nutritionnel était resté semblable ou s'était détérioré.

Dans la province du Hunan, la plupart des ménages qui recevaient des subventions ont choisi d'acheter plus de poisson - un aliment particulièrement onéreux - et moins de riz, de légumineuses et d'épinards, entraînant du même coup une diminution importante de leur apport en calories et en vitamines.

D'après les chercheurs, « les décideurs devront peut-être se satisfaire de savoir que les transferts monétaires permettent d'améliorer le bien-être des personnes pauvres », mais pas leur alimentation, car la plupart des ménages inclus dans l'étude ont acheté « les aliments moins nutritifs que consomment généralement les ménages plus riches ». 

D'après une étude de la FAO publiée en 2010, les ménages urbains d'Asie dépensent jusqu'à 50 pour cent de leur budget alimentaire pour acheter des aliments bon marché et peu nutritifs. Les ménages inclus dans l'étude consommaient moins de la moitié de l'apport recommandé en fruits et légumes riches en nutriments.

Selon des spécialistes de la santé, les carences en micronutriments comme la vitamine A, le fer, le zinc et l'iode sont une cause importante de handicaps mentaux évitables. Elles accroissent par ailleurs le risque de décès prématuré et entraînent des problèmes de malnutrition chronique.

En Asie, plus d'un tiers des enfants de moins de cinq ans présentent un retard de croissance - c'est-à-dire qu'ils sont trop petits pour leur âge - et 27 pour cent sont trop légers pour leur âge. Ces deux problèmes sont des signes de malnutrition chronique.

« Le manque de ressources et de connaissances et les comportements sous-optimaux [en matière de santé] contribuent dans une certaine mesure à la malnutrition », a dit Dorothy Foote, spécialiste du programme de nutrition et de sécurité auprès du bureau du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) en Asie. « Près de la moitié des femmes enceintes et des enfants d'âge préscolaire en Asie souffrent d'anémie. Les progrès dans ce domaine sont très lents, même si nous savons que les adultes anémiques sont moins productifs et que les enfants anémiques sont plus léthargiques, plus vulnérables aux maladies et qu'ils présentent davantage de difficultés d'apprentissage. »

L'anémie est généralement causée par une carence en fer.

En Asie du Sud et du Sud-Est, quelque 13 millions d'enfants naissent chaque année avec des handicaps mentaux causés par une carence en iode - qu'on retrouve dans le sel de table iodé, mais aussi dans les coquillages et les poissons de mer - et près d'un demi-million d'enfants de moins de cinq ans décèdent chaque année des suites d'une carence en vitamine A, selon l'Initiative pour les micronutriments, une ONG dont le siège se trouve au Canada.

« Quand la nourriture devient meilleur marché à cause des subventions, les gens augmentent leur consommation », a dit M. Broca, de la FAO. « Est-ce que cela veut dire qu'ils achètent des aliments plus nutritifs ? Parfois oui, parfois non ; ça dépend toujours du contexte », a-t-il dit, ajoutant qu'une bonne alimentation dépend de nombreux facteurs, et notamment des soins de santé reçus.

« Il peut arriver qu'une personne consomme suffisamment de nourriture, mais qu'elle soit incapable d'utiliser les nutriments contenus dans les aliments parce qu'elle est trop souvent malade. C'est particulièrement vrai chez les enfants. Les gouvernements sont responsables de fournir de l'eau potable, des systèmes d'assainissement et de traitement des eaux usées et des vaccins pour les enfants. S'ils ne le font pas, l'augmentation de la capacité d'achat n'entraînera pas nécessairement une amélioration du régime alimentaire. »

Une révolution alimentaire

Selon l'estimation la plus récente de la FAO, 870 millions de personnes souffrent de malnutrition dans le monde, soit une personne sur huit. L'organisation lance un appel en faveur d'une croissance économique et agricole axée sur l'amélioration de l'alimentation afin de permettre aux populations de diversifier leur alimentation, de recevoir, si nécessaire, des suppléments de micronutriments et d'en savoir plus sur les bonnes pratiques en matière d'alimentation et de soins aux enfants.

La diversification des régimes alimentaires - et des cultures - exige cependant une véritable « révolution », a dit à IRIN Caterina Batello, spécialiste des cultures et du changement climatique auprès de la FAO, en 2010.

« La société tout entière doit s'adapter, des décideurs aux consommateurs, en passant par les producteurs et les fabricants. »

Les prix records des denrées alimentaires enregistrés en 2008 ont poussé le gouvernement de l'Indonésie - l'un des principaux importateurs de riz d'Asie - à lancer, en 2009, une campagne nationale pour réduire la consommation de cette céréale. Les autorités ont encouragé les citoyens à se passer de riz une journée par semaine et appelé les agriculteurs des 33 provinces à accroître la production des cultures autres que le riz.

Le riz blanc, ou riz poli, qui est largement consommé, contient peu de nutriments. Mais, comme le dit un proverbe local : « Si vous n'avez pas mangé de riz, alors vous n'avez pas mangé ». La campagne visant à réduire la consommation de riz ayant obtenu peu de succès, le gouvernement a décidé d'en changer le message en 2010 : il a appelé la population à faire « un repas sans riz » chaque jour plutôt que d'avoir « un jour sans riz » chaque semaine.

Les habitants de cette partie du monde qui produit et consomme 90 pour cent de la production mondiale de riz sont cependant nombreux à résister au changement.

fm/pt/cb -gd/amz
 

 


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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