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Love, gardien de village

Love, a community hired security guard, with his young child in Bevilany, in south east Madagascar
A community hired security guard, with his young child in Bevilany, in south east Madagascar (Sep 2012) (Guy Oliver/IRIN)

En 2010, des dizaines de bandits ont attaqué Bevilany, un village producteur de charbon de la région de l’Anosy, dans le sud de Madagascar. L’affrontement s’est soldé par la mort de 11 hors la loi et un « zamasi » — un gardien engagé par le village pour y assurer la sécurité.

Les « dahalo », terme malgache désignant les bandits, prospèrent dans les régions rurales du sud du pays, où les forces de sécurité n’arrivent pas à les arrêter. L’activité principale des dahalo est le vol de zébus, des bovidés à bosse typiques de la région et très convoités que l’on compte par millions dans le pays. Les zébus représentent pour l’essentiel les seuls biens de valeur de la population rurale — même si les dahalo volent également de l’argent et d’autres biens lorsqu’ils en ont l’occasion — et les communautés doivent se débrouiller pour se défendre toutes seules.

Love, un homme de 40 ans qui ne répond qu’à ce seul nom, est l’un des trois zamasi qui ont été engagés pour protéger le village de Bevilany. La communauté vend entre deux et trois camions de charbon par jour, ce qui constitue une cible intéressante pour les dahalo.

Love porte un poignard au manche d’acier à la taille et une épée en bandoulière, mais il n’a pas d’arme à feu. « Ce qui m’attriste, c’est que nous ne sommes pas armés », a-t-il dit à IRIN. « Nous n’avons que des machettes et de gros couteaux. Si nous avions des armes à feu, j’aurais pu tuer de nombreux dahalo ».

Les gendarmes, une force policière paramilitaire comptant un effectif national d’environ 11 000 hommes, ont pour fonction d’assurer la protection des habitants des zones rurales. « Mais ils ne viennent jamais ici », a dit à IRIN René Rakotmanga, un villageois.

« Avant, nous essayions de nous protéger nous-mêmes, mais ce n’est plus possible, car les dahalo ont des armes à feu, alors nous ne pouvons pas riposter [...] Nous avons donc engagé des zamasi, » a dit M. Rakotmanga.

Les villageois se cotisent pour verser un salaire d’environ 400 dollars par an aux zamasi et, selon leur contrat, ces derniers reçoivent également du café chaque matin ainsi que du savon.

Les habitants du village qualifient Love de « combattant exceptionnel ». Pourtant, ses armes sont rudimentaires, comparées à celles de ses adversaires.

« Nous voulons que le gouvernement nous fournisse des armes à feu pour que nous puissions combattre les dahalo. C’est ça que nous voulons », a dit un villageois.

Pas d’argent, pas de sécurité

Le lieutenant-colonel Mbina Mamelison, commandant de gendarmerie de la région de l’Anosy, a dit à IRIN que les gendarmes ne coopéraient pas avec les zamasi. « Mais nous envisageons maintenant de le faire », a-t-il cependant ajouté. Le problème, c’est la loyauté partagée de certains zamasi.

Insécurité dans le sud de Madagascar

Madagascar security slideshow teaser

Policeman in the Madagascan south east port town of Taolagnaro (Sep 2012)
Guy Oliver/IRIN
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http://www.irinnews.org/photo/
Dimanche, septembre 23, 2012
À la recherche de Remenabila
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« Les [zamasi] de la première catégorie sont payés pour protéger la population du village et ceux de la deuxième catégorie ne sont autres que des dahalo. Ils disent juste à leurs amis de ne pas attaquer le village, car ils sont payés par les villageois pour que ceux-ci ne soient pas attaqués », a-t-il dit.

Pour les zamasi, la règle est simple : pas de salaire, pas de protection.

« Il y a un village non loin d’ici qui n’avait pas payé ses zamasi et il a été attaqué par les dahalo. Il y a généralement une personne dans le village qui connaît les dahalo et leur dit s’il y a de l’argent », a dit Allain Ratahafehy, un villageois, à IRIN.

« Les dahalo sont de pire en pire. Il y a eu plusieurs attaques récemment, mais nous sommes submergés », a dit M. Mamelison.

Unités d’autodéfense locales

À Ambinanibe, un village situé au bord d’un lac, à quelques kilomètres de Taolagnaro, deux unités d’autodéfense ont été constituées après le vol de huit zébus appartenant au chef du village, en août. « Mon petit-fils voulait faire pipi, alors ma femme lui a ouvert la porte et elle a aperçu quelqu’un dans la pénombre. Elle a tiré mon petit-fils à l’intérieur quand un coup de feu a retenti. On a ensuite entendu deux autres coups de feu. Si j’étais sorti, je me serais fait tuer », a dit à IRIN le chef du village, Julien Tsarandro.

Selon M. Tsarandro, le vol a été commis par des dahalo, « car ce sont les seuls à être armés ».

Les voleurs de bétail ont été poursuivis et les communautés situées le long de la côte ont été alertées du vol par téléphone portable. Les poursuivants ont récupéré cinq zébus, mais les voleurs ont pris la fuite.

« Je suis toujours en colère à cause de ce vol. Un zébu vaut un million d’ariarys [500 dollars]. J’en ai donné un aux poursuivants et ils en ont rattrapé cinq, il m’en reste donc quatre », a-t-il dit.

Maintenant, l’une des unités d’autodéfense locales garde la concession du chef et l’autre veille sur le reste du village. Les patrouilles n’offrent qu’une protection limitée, a dit M. Tsarandro, car elles ne possèdent que des armes rudimentaires : des haches, des pierres, des barres de fer, des couteaux et un seul fusil de calibre 12. Les seuls prérequis pour s’enrôler sont qu’il faut être un homme et avoir plus de 18 ans.

« Si les patrouilles voient des dahalo, elles ne peuvent pas les combattre, car [elles] n’ont pas d’armes, contrairement aux dahalo. Elles nous avertissent donc et nous prenons nos biens les plus précieux et courrons nous cacher dans la brousse. »

Le sergent Jules Tsitonizara, 34 ans, a combattu contre les dahalo dans la région de l’Anosy et est maintenant basé à Taolagnaro. Lorsqu’il n’est pas en service, il apporte des conseils aux unités d’autodéfense bénévoles.

Joséphine, la mère de M. Tsitonizara, âgée de 56 ans, a été victime de la récente vague de criminalité qui a touché Ambinanibe. La totalité des produits de sa boutique, d’une valeur de 200 dollars, a été pillée. « Nous [la communauté] avons demandé de l’aide de l’armée et des gendarmes, mais ils nous ont dit qu’ils ne pouvaient pas nous aider », a-t-elle dit à IRIN.

go/rz –ld/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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