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À Duékoué, l’incendie du marché creuse le fossé ethnique

Woman preparing sauce at the Catholic mission site in the western Côte d’Ivoire town of Duékoué, where some 27,500 displaced people lived as of May 2011
Many women lost market stalls that helped them feed their families (Nancy Palus/IRIN)

À Duékoué, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, les femmes déplacées commencent progressivement à retourner au marché, qui a récemment été détruit par un incendie criminel. L’incident a cependant ranimé la crainte et le désespoir des habitants, qui tentent d’améliorer les relations interethniques à la suite des violences postélectorales des derniers mois.



Juste en face de la mission catholique où sont hébergées plus de 27 000 personnes, le marché improvisé illustre bien le fossé ethnique creusé par les violences politiques. Des femmes appartenant principalement à l’ethnie Guéré l’ont mis sur pied à la suite des récents affrontements parce qu’elles n’osaient pas s’aventurer trop loin de la mission.



Les femmes Guéré travaillaient auparavant au marché central de Duékoué aux côtés des Malinké, des Burkinabé et d’autres groupes ethniques, mais elles ne l’ont pas fait depuis les affrontements qui ont eu lieu récemment, selon des résidents de Duékoué.



« Comme nous sommes considérés comme des partisans de Laurent Gbagbo, nous sommes régulièrement victimes de harcèlement », a dit Abo Yaha Agnès, qui, avant l’incendie, venait au marché pour y vendre un plat traditionnel à base de manioc appelé « plakali ».



La plupart des Malinké et des Burkinabé soutiennent Alassane Ouattara, dont la victoire aux élections de novembre, reconnue par la communauté internationale, a été contestée par M. Gbagbo et ses supporters. « Depuis les affrontements, nous ne pouvons plus aller au marché central. Si vous êtes Guéré, vous ne pouvez pas vous éloigner de la mission catholique sans risquer qu’on vous attaque ou même qu’on vous tue ».



Abo et d’autres commerçantes ont dit que les gens commençaient progressivement à réparer leur stand et à vendre leurs produits. « Mais nous sommes nombreuses à avoir tout perdu et à devoir recommencer à zéro ». Le préfet du département de Duékoué Benjamin Effoli a dit à IRIN que les autorités et les groupes locaux prêteraient main forte aux femmes, mais les commerçantes ont dit n’avoir reçu aucune aide jusqu’à présent.



Compter sur les soldats des Nations Unies









« Si ce n’était pas du Morbatt [le bataillon marocain basé à Duékoué], nous, les Guéré, serions tous morts »

Les milliers de personnes qui ont fui les villages situés aux alentours de Duékoué – des Guéré, pour la plupart – craignent d’être la cible d’attaques menées par des partisans de M. Ouattara et se méfient des nouvelles forces de sécurité.



De nombreux Guéré déplacés dans l’ouest ont dit à IRIN qu’ils faisaient uniquement confiance aux soldats des Nations Unies pour assurer leur sécurité. « Si ce n’était pas du Morbatt [le bataillon marocain basé à Duékoué], nous, les Guéré, serions tous morts », a dit Abo à IRIN. 



Selon Salima Mokrani, du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), assurer la sécurité des Ivoiriens ne doit être qu’un rôle temporaire pour les Casques bleus des Nations Unies. « Les forces de paix ne peuvent en effet qu’assurer la transition vers un travail beaucoup plus profond et plus vaste de sécurisations de toutes les populations, tache qui relève du rôle du gouvernement. Il est d’ores et déjà nécessaire de mettre en place des programmes de cohésion sociale, en commençant par les lieux de retour des populations, et c’est le plaidoyer que nous menons ».



Selon une source des Nations Unies qui ne peut être citée dans les médias, les policiers des Nations Unies enquêtent actuellement sur les causes de l’incendie. Plusieurs personnes déplacées présentes sur le site ont dit à IRIN qu’elles avaient vu, peu avant 1 heure du matin, le 25 mai, des hommes armés habillés en militaires – qui appartiennent, à leur avis, à l’armée nationale (les Forces républicaines de Côte d’Ivoire, FRCI) – charger des produits dans des camions avant de mettre le feu au marché.



Le commandant du détachement des FRCI de Duékoué, Koné Daouda, a dit à IRIN que l’incendie n’avait pas été allumé par les FRCI.



Revers de fortune



Quelle que soit la cause de l’incendie, celui-ci a eu un impact psychologique sur les familles déplacées, a dit Fréderic de Woelmont, agent de protection du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Depuis plusieurs semaines, le HCR se prépare à déplacer une partie des réfugiés de la mission catholique, où quelque 27 500 personnes vivent actuellement entassés sur quatre hectares, sur un autre site situé à Duékoué jusqu’à ce qu’ils puissent retourner dans leurs villages.



« Un incident comme celui qui s’est produit ici est troublant ; les déplacés hésitent maintenant à quitter la mission », a dit M. de Woelmont à IRIN. « Ils se demandent : ‘Si cela peut arriver juste à côté de la mission, comment pouvons-nous être certains que nous serons en sécurité sur un nouveau site ?’ » M. de Woelmont a ajouté que le HCR redoublait d’efforts pour rassurer les déplacés quant à leur sécurité et leur faire savoir que des soldats des Nations Unies seront présents sur le nouveau site. « Nous surmonterons cet obstacle ».





















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En avril, lors des premières réunions destinées à organiser le déplacement sur le nouveau site, des déplacés qui ont trouvé refuge à la mission catholique ont fait part de leur inquiétude à propos de leur sécurité.



Selon des travailleurs humanitaires, la mission pourrait devenir le foyer de maladies infectieuses pendant la période des pluies, qui a déjà commencé.



D’après Douoyé Tahou Honoré, qui fait partie d’une association de familles déplacées à Duékoué, « Les gens se préparaient à rentrer chez eux ou à se rendre sur le nouveau site, mais [après l’incendie] nombre d’entre eux ont de nouveau peur ».



Oula Henri, qui appartient à une association de leaders traditionnels à Duékoué, a ajouté : « Nous commencions à avoir de l’espoir [quant à l’amélioration de la situation], mais ça nous a vraiment découragé ».



Les femmes déplacées évaluent ce qu’elles ont perdu dans l’incendie, comme le leur ont demandé les autorités locales. « Il ne me reste plus rien », a dit une mère de cinq enfants qui vendait auparavant de la nourriture au marché. « Aujourd’hui, je n’ai même pas cinq francs et j’ignore comment je vais réussir à nourrir mes enfants ».



np/cb –gd/amz

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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