Mattalla Ould M’Boirk, « Je préfèrerais qu’on me tue plutôt que de retourner chez mes maîtres »

Former slave Mattallah Ould M'Boirk with his family, Mauritania capital Nouakchott. December 2010
(Contributor/IRIN)

En août 2007, l’Assemblée nationale de Mauritanie a adopté à l’unanimité une loi criminalisant l’esclavage. Mais selon l’organisation non gouvernementale SOS Esclaves, 18 pour cent des 3,1 millions de Mauritaniens étaient encore esclaves en 2009. A ce jour, personne n’a été poursuivi et cette pratique ancienne continue.



Mattalla Ould M’Boirk travaille pour SOS Esclaves dans la capitale mauritanienne Nouakchott. Ayant passé le plus clair de sa vie comme esclave, il sait ce que l’esclavage et la liberté représentent. Il a raconté sa vie à IRIN :



« Quand je voyais ma mère et ma sœur battues par nos maîtres, ça m’était insupportable. Je voulais m’enfuir. Mais ils me battaient, moi aussi.



Mon travail était de m’occuper des animaux et de faire du charbon de bois. Je partais avec les chameaux le matin, faisais du charbon et allais chercher de l’eau potable. Je ne rentrais au campement que vers minuit.



Notre « maison » n’était qu’un coin du campement entouré d’un drap. On ne nous donnait rien à manger, sauf quand nos maîtres avaient des restes. Nous avions l’habitude d’aller dans le désert pour chasser des petits animaux comme des lézards, pour les faire cuire et les manger.



C’était tout simplement impossible de s’en aller. Ici, c’est le Sahara. Si nous nous étions enfuis, nous serions morts de faim ou de soif. Et de toute façon, nos maîtres seraient venus nous chercher avec leurs véhicules. Les esclaves qui avaient tenté de fuir étaient souvent tués. Nous avons connu des cas comme ça.



Nous étions battus si nous perdions un chameau, si nous nous asseyions sur la même natte que nos maîtres ou si nous leur désobéissions. Une fois, j’ai perdu un chameau à cause du vent, et le fils de mon maître m’a donné des coups de matraque dans les yeux.



Un jour, j’étais près d’une route et des soldats m’ont ramassé, en me demandant de leur montrer où ils pourraient acheter un mouton et du lait… J’ai fini par dire aux soldats de ne pas me ramener chez mes maîtres.



Puis mes maîtres sont arrivés, demandant où j’étais. J’ai dit aux soldats que je préfèrerais qu’on me tue plutôt que de retourner chez mes maîtres ; les soldats ont dit aux hommes de partir.



Finalement, SOS Esclaves a entendu parler de moi et m’a aidé à m’échapper pour de bon. Ma famille veut toujours s’enfuir, mais elle n’en a pas trouvé le moyen. »



af/np/cb – og/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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