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La mort lente de la violence familiale

Women with their children at a shelter for abused women in an undisclosed location in Timor-Leste's capital, Dili
(Phuong Tran/IRIN)

Le gouvernement du Timor-Leste rencontre des difficultés pour mettre en application, dans un climat de scepticisme, une nouvelle loi qui criminalise la violence familiale. De nombreuses personnes pensent que cette loi va trop loin et qu’il est trop tôt pour l’appliquer.



« Nous sommes un pays adolescent », a dit à IRIN Maria Filomena Babo Martins, responsable du département de formation et d’éducation du secrétariat d’État pour la promotion de l’égalité (SEPI), qui coordonne la mise en application de la loi.



Colonisé par le Portugal pendant près de trois siècles puis occupé par l’Indonésie pendant 24 ans, le Timor-Leste a acquis son indépendance en 2002, après avoir passé deux ans sous l’administration des Nations Unies à la suite d’un soulèvement violent en faveur de l’indépendance qui avait fait des dizaines de milliers de déplacés.



Selon une étude réalisée en 2009 et financée par le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM), les nombreux viols et agressions sexuelles de femmes et d’enfants sont restés en grande partie impunis pendant l’occupation militaire et ont renforcé une culture dans laquelle les hommes détiennent le pouvoir.



Le bon moment ?



La nouvelle loi, rédigée avec l’aide du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), est restée dans un tiroir pendant 10 ans, car cela n’avait « aucun sens d’adopter une loi alors que le pays n’avait pas de code pénal. Celui-ci n’a été promulgué qu’en 2009 », a indiqué Mme Martins.



La résistance initiale à la loi vient de personnes qui craignent qu’elle ne brise des familles, a dit Maria Barreto, coordonnatrice des campagnes de sensibilisation de l’organisation non gouvernementale locale FOKUPERS (Forum de communication des femmes du Timor-Oriental).



Mais selon Mme Martins, les premières lignes de la loi indiquent clairement que l’objectif est de consolider les liens familiaux. « Cela [n’accélère pas] les divorces. Les couples devront toujours passer par [le processus de] médiation exigé actuellement pour divorcer et collaborer avec les responsables locaux et les chefs religieux ».



« Les gens disent qu’il est trop tôt, que cette loi ne reflète pas la volonté du peuple timorais et qu’elle a été imposée par des étrangers, mais ceux qui disent cela ne connaissent pas les statistiques de la violence familiale ici », a dit Mme Martins.












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Crimes dénoncés



Sur les 10 crimes signalés en 2009 à l’unité des personnes vulnérables (VPU en anglais), un service d’enquête créé en 2001 par les Nations Unies et la police nationale pour s’occuper des crimes contre les femmes et les enfants, huit concernaient des actes de violence familiale. En 2008, il s’agissait également du crime le plus dénoncé – 406 affaires sur 628. Même s’il semble qu’en 2010 le nombre de crimes signalés dans certains districts soit en baisse – dans le district méridional de Covalima, à la frontière avec l’Indonésie, cinq cas seulement ont été signalés cette année, contre 22 en 2009 et 24 en 2008 – seule une fraction de ces crimes est dénoncée, selon Amelia Amaral, directrice de la VPU de Covalima.



« Nous portons devant les tribunaux toutes les affaires qui nous sont signalées, mais de nombreuses victimes sont trop effrayées pour donner des informations », a-t-elle dit.



Le remboursement des frais de transport a encouragé certains habitants des zones rurales à emprunter les routes pleines de nids-de-poule pour se rendre à la VPU de la capitale du district, Suai, mais un « nombre indéterminé [de personnes] souffre en silence », a ajouté Mme Amaral.



Selon le directeur de la plus grande prison du pays, Agapito Kanto, personne n’a encore été incarcéré pour violence familiale – un terme défini par la nouvelle loi comme toute violence sexuelle, physique, psychologique ou économique à l’égard d’un membre de la famille.



La loi n'a pas changé grand-chose pour Graciela*, qui vit depuis six mois dans un refuge pour femmes battues à Dili, la capitale.



« Je suis en sécurité ici, mais j'ai perdu ma liberté. Si je restais à la maison, je ne serais pas en sécurité, alors j'attends ici que mon affaire soit jugée », a-t-elle dit à IRIN. « Je voulais partir plus tôt, mais qui [nous] aurait soutenu les enfants et moi ? »



Elle a raconté que le jour où elle s'est enfuie, son mari l'avait battue alors qu'elle sortait de la douche.



Prochaines étapes



Le gouvernement doit maintenant traduire la loi du portugais, la langue de travail du gouvernement, au tetum, la langue locale.



Un comité du gouvernement a été récemment formé pour expliquer aux employés ministériels, à la société civile et aux fonctionnaires – notamment au personnel de santé, aux policiers, aux juges et aux employés des refuges – comment veiller à l'application de la loi. Mme Martins a signalé que l'organisation allait lancer, en 2011, une campagne visant à sensibiliser l'ensemble de la population.



Si l'UNFPA finance les activités d'éducation et de formation du SEPI sur la violence sexuelle et liée au genre, c’est le gouvernement qui devra payer pour tous les refuges supplémentaires, l'aide juridique et les prisons nécessaires. Selon Mme Martins, on ignore encore combien tout cela coûtera.



* Nom d'emprunt



pt/mw/gd/ail

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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