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La vengeance de la rougeole

A baby, held by his mother, cries as he receives a vaccine injection at a mobile outreach point in Zimbabwe's Masvingo District during the country's 2009 measles immunization drive
(UNICEF/Kun Li)

« Loin des yeux, loin du cœur » résume bien les raisons pour lesquelles l’Afrique australe se trouve depuis 2009 aux prises avec l’une de ses épidémies de rougeole – une maladie virale extrêmement contagieuse - les plus virulentes.



A ce jour, l’épidémie a fait 758 morts, principalement au Zimbabwe, en Zambie, au Malawi, en Namibie, au Lesotho et en Afrique du Sud. Selon Ahmadu Yakubu, conseiller régional en immunisation au Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), le programme d’immunisation contre la rougeole a connu des défaillances car « les pays ne voient plus de cas ».



Ainsi, d’après Oladapo Walker, Coordinateur de soutien inter-Etats de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Afrique orientale et l’Afrique australe, au moins 95 pour cent des enfants répondant aux critères de vaccination n’ont pas été vaccinés contre la maladie.



M. Walker a expliqué que les épidémies étaient « selon toute probabilité la conséquence de l’augmentation du nombre d’enfants et d’adolescents prédisposés qui n’ont pas été immunisés et ont échappé à une infection naturelle pendant les années où la transmission ?du virus? était réduite ».



Dans les pays en développement, les programmes de vaccination sont financés conjointement par les bailleurs, mais selon M. Yakubu, les pays de la région n’ont pas réussi à obtenir des engagements financiers suffisants car « au fil des années, il n’y avait pas de cas à signaler » ; ils ne sont donc pas parvenus à mobiliser les fonds.



La Measles Initiative ?Initiative de lutte contre la rougeole?, fondée en 2001 pour endiguer une recrudescence de la rougeole, a rapporté qu’un manque de 59 millions de dollars devait être comblé pour 2010, afin d’éviter une reprise des décès causés par la maladie dans le monde.



L’UNICEF a noté pour sa part, dans un communiqué publié en 2009, que plus de 2,4 millions d’enfants en Afrique orientale et australe – environ 20 pour cent des enfants de moins d’un an - ne bénéficiaient pas de l’immunisation systématique.



L’OMS recommande deux doses de vaccin pour assurer l’immunité, la première étant administrée avant le premier anniversaire de l’enfant ; toutefois, environ 15 pour cent des enfants vaccinés ne sont pas immunisés après la première dose.



Une crise mondiale



L’Afrique australe n’est pas la seule région aux prises avec les répercussions de la crise des vaccins contre la rougeole. M. Yakubu a ainsi cité un article paru récemment dans Eurosurveillance, un magazine scientifique publié par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, selon lequel la rougeole se propageait en Europe car le taux d’immunisation était désormais bien inférieur au niveau recommandé.


A propos de la rougeole

Les enfants atteints de malnutrition et ceux qui souffrent d’une carence en vitamine A, ou dont le système immunitaire est affaibli par le VIH/SIDA, sont les plus vulnérables à la rougeole.

La plupart des décès liés à la rougeole sont causés par les complications de la maladie, en particulier chez les enfants de moins de cinq ans et les adultes de plus de 20 ans. Parmi les complications les plus graves, on compte la cécité, l’encéphalite, la diarrhée sévère et la déshydratation qu’elle entraîne, les infections auriculaires ou les infections respiratoires sévères telles que la pneumonie.

La rougeole se transmet par la toux et les éternuements, par contact direct avec une personne infectée ou avec des sécrétions naso-pharyngées infectées. Généralement, la maladie se manifeste d’abord par une forte fièvre. Pendant la phase initiale, elle peut se caractériser par des écoulements nasaux, une toux, des yeux rouges et larmoyants, et l’apparition de petits points blancs sur la muqueuse des joues. Après plusieurs jours, une éruption cutanée apparaît, généralement au visage et sur la partie supérieure du cou.

Source : Organisation mondiale de la santé

Pour assurer une protection contre les épidémies, l’OMS recommande qu’au moins 90 pour cent des enfants soient vaccinés dans le cadre de l’immunisation systématique, dans chaque district et à l’échelle nationale.



Or, le taux de vaccination mondial a chuté à 72 pour cent en 2000, avant d’augmenter de nouveau pour atteindre environ 83 pour cent en 2008. Selon l’OMS, en 2008, 164 000 décès liés à la rougeole ont été recensés dans le monde – près de 450 décès par jour, soit 18 décès par heure.



La réapparition de la maladie en Afrique australe est en partie attribuée aux membres de sectes religieuses qui, ne croyant pas en la « médecine occidentale moderne », ont empêché leurs enfants de se faire vacciner, a dit M. Yakubu ; bien qu’ils ne soient pas nombreux, « il y en a de plus en plus ». Au Malawi, la presse a ainsi rapporté que les membres de l’Eglise apostolique du Septième Jour ne permettaient pas que leurs enfants soient vaccinés contre la rougeole.



Selon M. Walker, certains pays d’Afrique australe n’ont pas été touchés par des épidémies de rougeole depuis trois ans ; d’autres ont même connu leur dernière épidémie il y a six ans. La Namibie a été touchée pour la dernière fois en 2002, l’Afrique du Sud et le Zimbabwe en 2005.



Toutefois, a-t-il noté, « aujourd’hui, les épidémies sont bien moins fréquentes, et le taux d’incidence est beaucoup plus faible qu’avant l’adoption des objectifs de contrôle de la rougeole dans la sous-région d’Afrique australe, en 1998 ».



La rougeole s’est « très probablement propagée à travers les frontières perméables des pays, et par le commerce », a expliqué M. Walker. « Toutefois, pour qu’une épidémie se déclare à la suite de l’importation ?d’une maladie? depuis une province ou un pays voisin, il faut que les deux pays comptent un nombre non négligeable de personnes prédisposées ».



Pour prévenir une réapparition de la maladie, les pays devraient mener des campagnes de vaccination de suivi tous les deux à quatre ans jusqu’à ce que leurs systèmes de santé puissent administrer systématiquement deux doses de vaccin contre la rougeole à tous les enfants et prodiguer des traitements contre la maladie, selon Luis Gomes Sambo, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique.



Le professeur Adrian Puren, directeur adjoint du service de virologie de l’Institut national des maladies transmissibles (NICD) d’Afrique du Sud, a expliqué que l’organisme surveillait l’épidémie en Afrique du Sud pour comprendre comment elle s’était propagée.



Le NICD a noté dans un communiqué récent sur les maladies transmissibles qu’une souche du virus de la rougeole d’origine européenne et nord-américaine avait été décelée chez un journaliste français venu en Afrique du Sud pour les besoins d’un reportage sur la coupe du monde de football.



« Ce ... cas de rougeole importé ... souligne la possibilité d’une apparition de maladies transmissibles importées pendant la Coupe du monde de football », pouvait-on lire dans le communiqué.



jk/he/nh/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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