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Nourrir les enfants n’est pas « qu’une affaire de femmes »

Woman and her child in Mali's Dogon country Habibou Bangré/IRIN
Au Mali, les hommes du pays Dogon commencent à jouer un rôle plus important en s’assurant que les enfants mangent convenablement – ce qui, selon des experts de la nutrition, constitue un changement essentiel pour s’attaquer à la sous-nutrition infantile, un problème chronique dans le pays et dans toute la région du Sahel.

« De plus en plus d’hommes découvrent l’importance de l’alimentation », a dit Ali Guindo, animateur de l’ONG locale Yam Giribolo Tumo (Ya-G-Tu, Association pour la promotion de la femme, en langue dogon). L’ONG indique que les changements sont en partie dus aux grandes campagnes de sensibilisation, mais aussi à des raisons purement économiques.

« Les hommes comprennent que les problèmes de nutrition ne sont pas que l’affaire des femmes mais de toute la famille », a dit Yaiguere Tembely, coordinatrice de l’ONG Yam Giribolo Tumo.

Les pères prennent conscience des économies réalisées grâce à la prévention, a-t-elle indiqué. « Certains nous disent que c’est mieux de lutter contre la malnutrition car, si l’enfant tombe souvent malade à cause d’elle, il faudra payer les ordonnances [coûteuses] ».

Les experts de la nutrition disent que les hommes, qui servent traditionnellement de soutien de famille et de chef de famille au Mali, peuvent utiliser leur influence pour prendre en charge la santé et l’alimentation des enfants.

« Il est important que les hommes s’impliquent dans la nutrition de la famille parce que ce sont eux qui ont le pouvoir de décision dans le ménage », a dit à IRIN Hadja Raki Ba Samaké, chef de la division nutrition à la Direction nationale de la santé.

Des travailleurs humanitaires locaux ont indiqué à IRIN que les hommes du village de Boro, situé à environ 700 kilomètres au nord-est de la capitale, Bamako, font de plus en plus attention pour que les achats de nourriture répondent aux besoins nutritionnels des enfants.

« Les chefs de famille financent la farine enrichie quand nécessaire et… chaque jour, ils essayent de participer [au repas de la famille] pour ajouter du poisson, de la viande, des œufs, des fruits… au repas familial », a dit M. Guindo.

M. Samaké a ajouté : «lorsque la famille élève du bétail ou cultive des cultures maraîchères, il faut que l’homme accepte que tout ne soit pas vendu et qu’une partie soit réservée à la famille pour diversifier le plat familial, qui chaque jour est à base de tô [pâte à base de mil] ».

A community volunteer health worker in Biné, Mali Dogon country
Photo: Habibou Bangré/IRIN
Les hommes du pays Dogon, au Mali, notamment un chef de village, s’impliquent davantage dans la promotion de l’allaitement exclusif et d’autres pratiques offrant une meilleure nutrition aux enfants
Les chefs locaux traditionnels exercent également un rôle plus important. Le chef du village de Boro intervient lorsque les femmes se débarrassent du colostrum – ce lait sécrété par la mère dans les premiers jours suivant l’accouchement est riche en nutriments et en anticorps, mais de nombreuses femmes pensent qu’il est toxique – ou donnent de l’eau à leur nouveau-né. Selon Mme Tembely, il organise une réunion pour rappeler aux femmes l’importance de l’allaitement exclusif.

D’après le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), 38 pour cent des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition chronique au Mali, et 15,2 pour cent d’entre eux souffrent de malnutrition aiguë – un taux supérieur au seuil d’urgence de 10 pour cent fixé par l’Organisation mondiale de la santé.

Planning familial

« Les campagnes de sensibilisation ont été [efficaces] », a dit Mme Tembely à IRIN. « Il y a toujours des hommes qui refusent de s’occuper de la nutrition, soulignant que, depuis leurs ancêtres, l’alimentation de la famille fait partie du rôle de la femme. Dans ce cas-là, on ne les force pas à changer ».

Moumini, un relais communautaire qui intervient sur les questions de santé dans son village de Binè, à 36 kilomètres de Boro, a convenu qu’employer la force était inutile, alors il répète des messages de santé – plus particulièrement aux hommes – sur les avantages de prendre soin de la santé et de l’alimentation des enfants, mais aussi de penser à la planification familiale.

« Quand les femmes tombent enceintes juste après avoir accouché, elles sèvrent brutalement [le dernier-né]… Je répète [aux hommes] qu’ils doivent laisser le bébé grandir avant d’en faire un autre. Et quand ils ne sont pas d’accord, je répète encore et encore la même chose. Chaque matin, s’il le faut ».

hb/np/mw/gd/ail

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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