Il y a quelques mois, ils passaient le plus clair de leur temps à mendier dans les rues de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Grâce à l’aide d’étudiants volontaires de l’université et au soutien de l’ONG (organisation non gouvernementale) Terre des hommes (Tdh), ces enfants – qui font partie de la communauté touareg malienne vivant au Burkina – passent maintenant leurs journées à l’école.
« Quand on voit ces enfants dans la rue en train de [mendier], on est tenté de [leur donner de l’argent] », a dit à IRIN Nacambo Kassoum, un des volontaires. « Mais l’argent, ça part [en une journée]. On voulait leur donner [une aide] qui dure ».
Traoré Abdoul Karim, volontaire lui aussi, a dit : « Les enfants qui grandissent dans la rue [sans éducation] deviennent souvent des délinquants. En les aidant, on aide aussi la société ».
L’initiative des étudiants, lancée début 2009, visait au départ à apprendre à lire aux enfants, en leur donnant des cours deux après-midi par semaine, a dit Mamadou Touré, coordinateur de l’Association nationale étudiante pour l’aide et la protection de l’enfance (ANAPE). Ils ont discuté avec les parents de la possibilité de permettre aux enfants de passer moins de temps à mendier, même si cela impliquait une baisse de revenus pour la famille.
« [Compte tenu] des [premiers] résultats obtenus – et sur l’avis d’enseignants locaux – on a vu qu’il serait beaucoup plus avantageux [pour les enfants] de les inscrire à l’école », a dit M. Touré. Avec le concours financier de Tdh, les étudiants ont aidé 32 enfants à entrer à l’école pour l’année scolaire 2009-10.
Dérogation
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De la mendicité aux livres |
Il y a quelques mois, ces enfants mendiaient dans la rue. Aujourd’hui, ils apprennent à lire, écrire et compter. |
Ousmane Ouédraogo, directeur de l’école primaire publique Dag-noen A à Ouagadougou, a dit que lui et ses collègues étaient impressionnés par l’initiative des étudiants de l’université.
« Nous étions épatés de voir ces étudiants penser à cette couche de la population qui est vraiment défavorisée », a-t-il dit à IRIN. « En tant qu’éducateurs, ça nous fait mal de voir des enfants qui ne vont pas à l’école [alors qu’ils] sont en âge d’y aller… C’est pour cela que nous [avons décidé] d’inscrire ces enfants, même s’ils n’avaient pas encore leurs actes de naissance ».
Les Touaregs – un peuple nomade vivant de l’élevage en Afrique de l’Ouest et du Nord – ont historiquement été marginalisés dans la société ou affectés par des conflits. Bon nombre des familles participant au programme font partie des milliers de Touaregs maliens ayant fui au Burkina durant les affrontements qui ont eu lieu ces dernières années dans le nord du Mali.
Selon M. Ouédraogo, après des débuts timides – au départ, « certains enfants restaient [assis en classe] toute la journée sans pouvoir ouvrir la bouche » - les nouveaux élèves sont de plus en plus à l’aise et ouverts.
Le meilleur moyen de combattre la pauvreté
Le directeur de l’école a dit : « C’est par là – l’éducation des enfants – qu’on va lutter contre la pauvreté ».
Les parents des enfants sont d’accord : ils disent préférer que leurs enfants aillent à l’école plutôt qu’ils mendient dans la rue. Aboubakar, huit ans, a dit que ses trois frères allaient maintenant à l’école mais que lui n’y allait pas. « Je n’ai pas le temps ». Sa famille ne peut pas se permettre que tous les enfants arrêtent de mendier en même temps.
Ami, âgée de six ans, a commencé à aller à l’école en 2009. Elle a dit qu’elle voulait acquérir une éducation pour pouvoir aider toute sa famille. Aïcha, sa camarade de classe également âgée de six ans, a dit qu’elle envisageait de continuer ses études jusqu’à l’université. « Mais après ça, je ne suis sûre encore de rien ».
« C’est par manque de moyens que les enfants n’étaient pas à l’école », a dit Ag Agalas Issa, directeur de l’association des Touaregs maliens de Ouagadougou, qui traduisait les propos des parents.
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Photo: Nancy Palus/IRIN ![]() |
| Les enfants s’exercent à lire et à compter à Ouagadougou |
Ces Touaregs sont des éleveurs, mais la plupart ont perdu leur bétail à cause de la sécheresse, a dit Ag Oumar Gaïma, un des parents. « C’est le seul travail que nous connaissons. C’est tout ce que nous avions, donc beaucoup d’entre nous sont obligés de mendier. La mendicité n’est pas quelque chose dont nous avons l’habitude, ni un choix que nous ferions ». Certains font un peu de travail agricole, mais ce n’est pas le travail auquel ils sont habitués, a-t-il dit.
L’ANAPE – qui reçoit l’aide de Tdh en termes de formation et de soutien financier – fournit 10 kilos de mil par mois pour chaque enfant qui va à l’école. Des parents et des membres de l’ANAPE ont dit qu’ils avaient entrepris de créer un fonds de santé communautaire, auquel contribueront chaque mois les volontaires et les familles qui le pourront.
Les étudiants de l’université effectuent chaque semaine des visites à l’école et chez les familles, afin de suivre les progrès des enfants et leur proposer un soutien scolaire.
M. Touré, de l’ANAPE, a dit que l’association et la communauté touareg essayaient de toucher davantage d’enfants à Ouagadougou, et étudiaient la possibilité de mettre en place un programme similaire à Djibo, à environ 200 kilomètres au nord de Ouagadougou, suite à une demande de l’importante communauté touareg malienne vivant dans cette ville.
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Il y a quelques mois, ces enfants mendiaient dans la rue. Aujourd’hui, ils apprennent à lire, écrire et compter.