En dépit de tous les obstacles, plus de 50 pour cent de la nourriture consommée en Somalie est importée par des commerçants locaux. Les difficultés sont grandes : l’une des principales est de traiter avec des exportateurs sans avoir de compte bancaire proprement dit, ont dit des commerçants.
Liban Yusuf, installé dans la ville côtière de Bosasso, la capitale commerciale de la région autonome autoproclamée du Puntland, a dit à IRIN que, pour surmonter ce problème bancaire, « soit vous passez par des sociétés de transfert pour envoyer l’argent, soit vous ouvrez un compte dans une ville telle que Dubaï [Émirats Arabes Unis] et vous y mettez l’argent – et aucun des deux n’est facile ».
« Nous faisons venir des choses du Brésil, de l’Inde, de la Thaïlande, du Pakistan, de Dubaï et d’Oman », a-t-il dit. « J’importe du sucre, du riz, de la farine et de l’huile de cuisson ».
Depuis les attaques du 11 septembre aux États-Unis, a-t-il dit, les sociétés de transfert d’argent sont peu disposées à prendre en charge de grosses sommes, « même lorsqu’elles savent que c’est pour acheter de la nourriture. Elles sont terrifiées et elles rendent nos vies encore plus difficiles ».
Un sac plein d’espèces
Un homme d’affaires de la capitale, Mogadiscio, qui a demandé à garder l’anonymat, a dit qu’une autre possibilité était de simplement transporter de l’argent liquide.
« Imaginez juste quelqu’un qui se déplace avec un million de dollars dans un sac. C’est impossible, mais les gens font ce qui est nécessaire pour importer de la nourriture », a-t-il dit.
Selon l’Unité d'analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition en Somalie, un organisme de surveillance de la sécurité alimentaire, plus de 50 pour cent de la nourriture consommée dans le pays est importée commercialement.
Dans son rapport publié après les pluies Deyr (courtes précipitations d’octobre à décembre) de 2009/2010, l’unité a révélé que 542 000 tonnes métriques de céréales avaient été importées en 2009, dont 119 000 sous forme d’aide alimentaire et 423 000 commercialement.
La Somalie est confrontée à une crise alimentaire profonde. Quarante-deux pour cent de sa population – estimée à 3,2 millions – nécessitent une aide humanitaire d’urgence et/ou un soutien pour subvenir à leur besoin.
Pourtant, à cause de l’insécurité et des affrontements entre le gouvernement et les insurgés islamistes, l’aide humanitaire n’atteint pas une grande partie du sud du pays.
M. Yusuf a fait remarquer que les problèmes d’importation augmentaient les coûts pour les consommateurs. « Nous devons payer à chaque étape et cela s’ajoute à nos dépenses, ce qui rend nos produits encore plus chers ».
Il a dit que les importateurs devaient aussi parfois embarquer leurs marchandises deux fois. « Si j’achète du sucre au Brésil et que le cargo fait plus de 7 000 tonnes, je dois le décharger à Dubaï ou à Oman et l’embarquer sur un autre cargo qui puisse accoster dans le port de Bosasso [qui accueille des navires de 7 000 tonnes maximum] ».
« Cela vient bien sûr s’ajouter au prix des produits », a-t-il ajouté.
Des « taxes » supplémentaires
Mais, a dit M. Yusuf, les problèmes ne s’arrêtent pas à l’arrivée des marchandises en Somalie.
L’importation à Bosasso d’un sac de riz de 50 kg provenant d’Inde coûte 24 dollars, mais alors, a-t-il dit, « je dois payer un dollar de taxes par sac, ce qui fait monter son prix à 25 dollars ».
Transporter ce même sac jusqu’à Beletweyne, ville du centre du pays, à quelque 1 100 km plus au sud, coûte quatre dollars de plus, a dit M. Yusuf.
« Cela ne comprend pas seulement les frais de transport, mais aussi l’argent versé à différents postes de contrôle tenus par différentes milices », a-t-il dit.
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Photo: Lucy Hannan/IRIN ![]() |
| Le port de Mogadiscio : les commerçants du secteur privé sont essentiels pour nourrir le pays |
« Pendant les 20 dernières années, les choses ont empiré progressivement pour nous », a-t-il dit en ajoutant que la multiplication constante des violences à Mogadiscio rendait l’importation de marchandises « presque impossible ».
« Un cargo accoste aujourd’hui et des affrontements éclatent en ville. Ce cargo doit attendre autant de jours que cela prend aux affrontements pour cesser avant de pouvoir débarquer ses marchandises », a dit M. Siyad
Il a dit que tous les coûts supplémentaires étaient répercutés sur les consommateurs. « C’est malheureux, mais c’est la vie : ce sont les pauvres consommateurs qui payent à la fin ».
Mise en garde aux acheteurs
L’absence de structures gouvernementales pour réglementer les importations a d’autres conséquences négatives sur le consommateur, selon Salad Dini, un autre homme d’affaires de Mogadiscio.
« Il y a moins de cinq mois, des hommes d’affaires sans scrupules ont fait venir une cargaison de riz qui avait été rejetée par Dubaï car elle était impropre à la consommation humaine ».
La cargaison s’est retrouvée sur les marchés de Mogadiscio, a-t-il dit. « Nous n’avons aucun moyen de savoir si des gens sont tombés malades ou sont morts à cause de ça. Qui prend note de ce genre de choses » ?
Dans l’ensemble, les hommes d’affaires somaliens sont honnêtes, « mais il y a des exceptions qui importent des choses qui font du mal à leurs concitoyens et nous n’avons aucun moyen de les en empêcher ».
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