Espérer le meilleur, se préparer au pire

[Mozambique] Ballot box.
Observers in place for 4 March presidential election (UN DPI)

Plus de 3 000 observateurs électoraux locaux, 6 000 soldats et des représentants de groupes internationaux de surveillance de la transparence des élections se trouvent aux quatre coins du Togo en vue d’une élection présidentielle chargée de tension, mais qualifiée de « réconciliation nationale » par ses chefs de file.



Les observateurs, les organisations internationales et les électeurs espèrent le meilleur, mais se préparent également pour le pire, a dit à IRIN Godwin Agodzé, un habitant du Ghana voisin : « Beaucoup sont venus du Togo en me demandant si je leur louerais des chambres pour qu’ils puissent y vivre si les élections ne se passent pas bien au Togo. Nous voyons quotidiennement des Togolais inquiets qui viennent au Ghana ».



Le président sortant Faure Gnassingbé a été porté au pouvoir par les militaires à la mort de son père en 2005 après 38 ans d'un pouvoir presque sans partage. Quelques mois plus tard, son fils était élu à la tête du pays lors d'un scrutin sanglant et contesté.



En 2005, des dizaines de milliers de Togolais ont fui vers l’est, au Bénin voisin, ou vers l’ouest, au Ghana, après la répression des forces de sécurité au cours de laquelle des centaines de personnes sont mortes. Malgré l’élection législative de 2007 estimée, dans une large mesure, libre, juste et pacifique, les Togolais, ébranlés par un passé électoral violent, ont opté pour des refuges moins dangereux.



Risques



« Des gens ont déjà commencé à quitter le Togo pour se rendre au Bénin, peut-être par mesure de précaution. Ils ne peuvent pas être considérés comme des réfugiés, car c’est un déplacement préventif », a dit à IRIN Patrick Nicholson, un directeur des services d’urgence de l’organisation non gouvernementale (ONG) catholique Caritas.



Le groupe d’ONG encadré par l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés travaillant au Bénin sur la protection, a préparé un plan d’urgence, au cas où des dizaines de milliers de personnes iraient encore se réfugier au Bénin, comme en 2005.



Le plan définit quatre scénarios, allant de l’élection pacifique au conflit civil armé, en passant par une élection violemment contestée, plus probable. « Malgré l’apparence calme des préparatifs jusqu’à maintenant, les Nations Unies et les organisations associées s’en tiennent au troisième scénario comme étant le plus probable, car le risque existe toujours », a dit M. Nicholson à IRIN.



« Nous ne dirons pas qu’il n’y a plus de risque avant que les résultats ne soient annoncés et qu’aucune réaction violente n’ait lieu. Les gens peuvent être imprévisibles et nous ne savons pas comment ils vont réagir ».



Plusieurs ONG dont Caritas ; le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ; et des agences des Nations Unies ont préparé un système d’alerte rapide qui sera activé si les Togolais commencent à fuir en masse vers le Bénin.



Au Togo, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme dispose de stations d’observation à travers le pays et a mis en place deux numéros de téléphone que les gens peuvent appeler pour rapporter des violences électorales : le 800 40 40 et le 252.



L’alternance ou la mort ?



Les sept candidats à la présidentielle, y compris le président sortant, M. Fauré Gnassingbé, ont demandé de façon répétée que les élections aient lieu de façon pacifique et que les citoyens acceptent les résultats et s’abstiennent de toute violence. « Rien ne peut justifier la mort de Togolais, pas même un changement de pouvoir », a dit M. Gnassingbé.



Un groupe de jeunes agissant sous le nom de Mouvement citoyen pour l’Alternance (MCA) s’est rassemblé sous la devise « l’alternance ou la mort » et tient généralement des réunions sans en annoncer le lieu. Une centaine de membres du CMA ont participé à un rassemblement le 27 février.



« Nous ne tolérerons plus le désordre au Togo. Des membres de ce groupe ont commencé à recruter des gens pour semer la haine le jour des élections et lors de l’annonce des résultats », a dit le chef des forces de sécurité togolaises, qui a placé le groupe sous surveillance.



Fulbert Attisso, chef de file du MCA, a dit à IRIN qu’une défaite de l’opposition serait acceptée calmement – s’il n’y a pas de tricherie. « En cas de fraude, nous sommes prêts à mourir pour soustraire la victoire de l’opposition aux mains du parti au pouvoir », a-t-il insisté.



Le chef de file d’un parti de jeunes de l’opposition non affilié à la MCA, Sylvio Amedégbé, a dit à IRIN qu’il était prêt à contester une élection frauduleuse. « Si le parti au pouvoir essaye de voler ce vote, nous sommes prêts à descendre dans la rue pour réclamer la victoire ».



Hubert Atuyo, sympathisant du parti sortant, le Rassemblement du peuple togolais, a dit à IRIN que les sympathisants du président accepteraient la défaite. « Nous sommes prêts à accepter les résultats de l’élection, quel que soit le parti gagnant, mais nous sommes sûrs que le président va l’emporter haut la main ».



Le jour de l’élection



Les frontières du pays ont été fermées à minuit le mercredi 3 mars. L’ordre a été donné aux restaurants et aux lieux de réunion populaires de fermer le jour de l’élection, ce 4 mars, de six heures du matin à six heures du soir. Seuls les véhicules autorisés peuvent circuler.



La préparation de cette élection a été moins tendue que les précédentes, a dit à IRIN Colombo Kpakpabia, responsable de la Concertation nationale de la société civile et observateur des élections.



« Nous avons diffusé à travers tout le pays un message invitant les gens à accepter les résultats et nous croyons que rien [de violent] ne va se passer », a-t-il dit. « Ce serait une honte si le contraire arrivait ».



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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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