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La saison des plantations menacée

Rescue worker with sniffer dog, Leogane, Haiti, Jan 2010
Rescue worker with sniffer dog, Leogane, Haiti, Jan 2010 (Phuong Tran/IRIN)

S’assurer que les semences soient plantées durant la principale période des semis – qui commencera dans un mois seulement – est essentiel pour éviter que le séisme dévastateur de janvier dernier n’entraîne une crise alimentaire, d’après des experts.



« Pour empêcher que cette catastrophe urbaine ne devienne aussi une tragédie rurale, il est essentiel que nous sauvions la prochaine saison des semis », a dit Jacques Diouf, directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). La saison des plantations qui s’étend de mars à mai assure la plus grande partie de la production alimentaire du pays.



La nourriture consommée en Haïti est produite à environ 40 pour cent sur place, le reste étant importé, d’après le Fonds international de développement agricole (FIDA), qui observe que bien que 85 pour cent des habitants des zones rurales aient une activité agricole, très peu d’entre eux parviennent à joindre les deux bouts sans compléter leurs revenus par des envois d’argent.



Même avant le tremblement de terre, un quart des enfants d’Haïti étaient malnutris, et 2,8 millions d’habitants – soit un tiers de la population totale – étaient affectés par la faim chronique, car la négligence à long terme de l’agriculture et l’érosion chronique des sols ont provoqué un effondrement de la production. Trois ouragans, la hausse brutale en 2008 des prix des produits alimentaires et du carburant à l’échelle internationale, ainsi que l’agitation politique que cette inflation a entraînée en Haïti, n’ont fait qu’empirer la situation.



En ce moment, Wilner Durand, qui dirige une coopérative agricole à Léogane, une ville située à 60 kilomètres à l’est de Port-au-Prince, a d’autres priorités que les semis. « J’ai perdu mon père, ma maison et tout ce que je possédais », a-t-il dit à IRIN.



Le séisme a endommagé quelque 70 pour cent de la ville de Léogane, et détruit les maisons d’environ un sixième des 1 200 membres de la coopérative.



Exode des citadins



M. Durand a expliqué qu’il s’occupait maintenant de quatre membres de sa famille supplémentaires qui, comme près d’un demi million d’autres personnes, ont fui Port-au-Prince depuis le tremblement de terre.



Cet exode sans précédent risque d’exercer une pression sur les sources d’alimentation dans les zones rurales, a dit à IRIN Mathieu Lucius, directeur adjoint d’ACDI-VOCA, une ONG (organisation non gouvernementale) d’assistance agricole basée aux Etats-Unis.



« Les habitants de la capitale viennent frapper aux portes [des ruraux]. Ils sont des bouches de plus à nourrir, et c’est pourquoi il est absolument nécessaire que nous augmentions rapidement la production », a-t-il dit.



« Ces personnes auront besoin d’être réintégrées dans des communautés plus traditionnelles », a averti Alexander Jones, responsable de la réponse d’urgence de la FAO en Haïti. « Toute cette main d’œuvre supplémentaire pourrait ne pas augmenter la production locale », a-t-il ajouté.



Distribution perturbée



Parallèlement à cela, les commerçants qui font l’intermédiaire entre les agriculteurs et les vendeurs des marchés observent une baisse de l’offre, a dit M. Jones. « Des petits commerçants nous ont dit que leur approvisionnement avait diminué, que les agriculteurs ne vendaient pas ».



Jusqu’à ce que les résultats de l’analyse de marché de la FAO soient publiés, « nous ne pouvons que spéculer que les agriculteurs n’ont pas l’argent pour payer aux commerçants le transport jusqu’au marché, ce qui est courant, ou que les agriculteurs supposent que le séisme a fait baisser la demande », a dit M. Jones.



En même temps, les ventes directes aux marchés sont aussi en baisse, a dit à IRIN Robin Duffleurant, agriculteur à Léogane.



« Nous essayons de vendre du manioc aux marchés de la capitale, mais les gens là-bas sont moins nombreux à acheter. Certains marchés ont été détruits », a-t-il dit, expliquant que depuis le tremblement de terre, il n’avait réussi à vendre qu’environ 50 paquets de manioc par semaine, alors qu’il y a un an, il écoulait 2 000 paquets par semaine.



« A part le manioc, il n’y a pas grand chose que nous pouvons récolter et vendre en ce moment… nous sommes à la merci de la terre et des pluies. Et même si nous pouvions faire pousser quelque chose, qui serait là pour l’acheter ? »



Réponse



Pour M. Jones, de la FAO, « Le tremblement de terre ne pouvait pas survenir à un pire moment. S’il était arrivé il y a cinq mois, nous aurions pu mieux préparer les agriculteurs à la saison des plantations ».



En plus d’essayer de faire venir des semences et des outils de la République dominicaine voisine en vue de la saison des semis, qui est imminente, les priorités de la FAO sont notamment de réhabiliter le ministère de l’Agriculture d’Haïti, de promouvoir le jardinage urbain – par exemple en installant de grandes jardinières de légumes-feuilles dans les bidonvilles –, de soutenir des programmes agricoles pour les citadins migrants, et de maintenir les projets de plusieurs millions de dollars qui avaient été mis en place avant le séisme.



Pour sa part, le gouvernement haïtien a demandé 700 millions de dollars pour une rénovation de grande envergure du secteur agricole. Cet appel vise à financer des interventions immédiates telles que la promotion des petits jardins, la réparation des canaux d’irrigation et la distribution de semences et d’outils aux agriculteurs, mais aussi des projets à plus long terme, comme la construction de routes et la relance de la culture des patates douces et de l’aquaculture.



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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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