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L’inaction ouvre la voie à de nouvelles effusions de sang – observateurs

[Nigeria] Women and children fleeing violence in plateau state in central Nigeria. Thousands have been displaced following religious Christian and Muslim attacks.
Women and children fleeing violence in Plateau State in 2004 (IRIN)

Si les autorités nigérianes ne punissent pas les responsables des récentes violences sectaires, elles ne font qu’ouvrir la voie à de nouvelles effusions de sang, selon des défenseurs des droits de l’homme, des historiens, des hommes politiques et des leaders religieux.



« Des éruptions de violence sectaire risquent de se reproduire si le gouvernement ne prend pas des mesures rapides pour arrêter les auteurs de ces violences et s’attaquer aux causes premières », a dit à IRIN Eric Guttschuss, chercheur sur le Nigeria pour Human Rights Watch (HRW).



Les plus récents affrontements, qui ont éclaté le 17 janvier dans l’État du Plateau, ont fait au moins 326 victimes et des dizaines de milliers de déplacés.



M. Guttschuss a souligné qu’en 2001, les flambées de violence qui avaient fait quelque 1 000 victimes à Jos, la capitale de l’État du Plateau, avaient déclenché une série d’affrontements dans l’ensemble de l’État entre les agriculteurs chrétiens et les éleveurs musulmans. Plusieurs centaines de personnes supplémentaires avaient trouvé la mort lors de ces affrontements.



Dans l’impasse



Plusieurs commissions d’enquête ont été créées pour examiner la question, mais leurs conclusions n’ont entraîné aucune mesure concrète ou n’ont même pas été rendues publiques, a dit à IRIN Dan Tom, sénateur de l’État du Plateau.



Fin 2009, une audience a été organisée pour enquêter sur une autre affaire de meurtres dans l’État du Plateau, mais il n’en est rien sorti, a-t-il dit, ajoutant que plusieurs suspects avaient été arrêtés puis relâchés, établissant ainsi un mauvais précédent.



« Les rapports de ces commission doivent être [rendus publics] et les responsables doivent être punis », a ajouté M. Tom.



Causes profondes



Si le gouvernement souhaite que ces violences cessent, il doit non seulement chercher à arrêter les responsables, mais également s’attaquer aux causes profondes, ont dit des observateurs à IRIN.



Bien que la violence se manifeste souvent par des affrontements entre chrétiens et musulmans – la majeure partie des victimes des derniers affrontements étaient des musulmans ; des mosquées et des églises ont été brûlées –, l’agitation sociale est due à des luttes politiques pour le contrôle du pouvoir et des ressources, a dit M. Tom.



« C’est plus une question d’ethnicité que de religion... une lutte de pouvoir entre les Berom, un groupe ethnique autochtone [dont les membres sont principalement chrétiens], et les Hausa, [généralement musulmans] ».



De nombreux Hausa ne sont pas considérés comme originaires de l’État et n’ont pas accès aux privilèges réservés à ses habitants. Il s’agit d’un problème commun à l’ensemble du pays, mais qui est particulièrement flagrant dans l’État du Plateau.



À Jos, la division natif/migrant remonte à 1904 et au développement de l’industrie de l’étain. Celle-ci a surtout attiré des migrants Hausa et repoussé les natifs, principalement des Berom, en périphérie de la ville, a dit à IRIN Adam Higazi, chercheur à l’université d’Oxford. À partir de ce moment, les groupes chrétiens ont revendiqué des droits exclusifs sur les postes politiques à l’échelle locale et de l’État, un pouvoir qu’ils ont consolidé au fil des ans, a-t-il ajouté.



Si les tensions se sont récemment intensifiées, c’est que des communautés Hausa du nord de Jos cherchent à obtenir plus de pouvoir politique dans certaines parties de la ville, a dit M. Tom.



Selon M. Higazi, la discrimination est toujours très présente. « Le gouvernement de l’État a des pratiques très discriminatoires, notamment l’exclusion de ceux qu’on appelle les ‘colons’ de la politique. Aussi, il considère les récentes éruptions de violence à Jos d’un point de vue partial, défini par l’orientation religieuse et les préjugés ethniques de ceux qui détiennent le pouvoir », a dit M. Higazi à IRIN.



« Ma famille vit ici depuis 1909 », a dit à IRIN Cheikh Ibrahim Ismael, l’imam de Jos. « Malgré cela, mes enfants n’ont pas droit à des bourses pour poursuivre leurs études. Ils sont des citoyens de seconde zone ».



Selon le sénateur Tom, la discrimination ethnique est un problème national. Le gouvernement fédéral doit donc prendre l’initiative pour le résoudre.



Un avant-projet de loi a été élaboré pour mettre fin aux pratiques favorisant certains groupes autochtones, mais son examen n’a pas avancé au niveau du Parlement.



Le gouvernement fédéral doit également inciter les autorités des États et les représentants de la société civile à mettre sur pied une commission de médiation pour contribuer à l’établissement de relations harmonieuses entre les groupes ethniques, a indiqué M. Higazi.



Selon HRW, une commission impartiale doit être créée pour enquêter sur les récents événements. Ses recommandations devront être suivies et rendues publiques.



Y a-t-il de l’espoir ?



M. Guttschuss, de HRW, se dit encouragé par le fait que plusieurs fonctionnaires ont récemment admis publiquement la nécessité de s’attaquer à l’impunité. Ils ont reconnu que l’impunité encourageait les affrontements.



Le sénateur de l’État du Plateau, M. Tom, est optimiste : « Je suis confiant que la situation va s’améliorer dans l’État du Plateau, car les Hausa et les Berom n’ont d’autre pays que le Nigeria... On ne peut pas continuer à s’entre-tuer et à détruire nos foyers ».



aj/aa/np/gd/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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