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L’allaitement, pas toujours vu comme la meilleure solution

Sofieta Ouedraogo, not exclusively breast-fed, is now being treated at a nutrition clinic
(Phuong Tran/IRIN)

Au Burkina Faso, pays du Sahel, l’eau est souvent synonyme de vie, mais pour les nourrissons de moins de six mois, elle peut provoquer la mort car elle dilue les bienfaits du lait maternel, d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS).



IRIN a rencontré des chercheurs de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, qui essaient de déterminer pourquoi le pays présente l’un des taux d’allaitement exclusif les plus bas de la région – environ six pour cent, d’après les données préliminaires du gouvernement.



L’OMS et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) recommandent aux mères de nourrir leurs enfants uniquement au lait maternel pendant les six premiers mois, afin de diminuer les risques de diarrhée et de pneumonie, des maladies qui figurent parmi les premières causes de mortalité infantile.



Diverses études ont montré que le lait maternel contient des anticorps et des nutriments qui protègent des maladies, mais que leur effet peut être neutralisé si l’on donne également de l’eau ou d’autres aliments au nourrisson au cours de la même période.



Marcel Daba Bengaly, biochimiste et nutritionniste qui dirige 20 chercheurs dans le cadre d’une étude financée par l’UNICEF sur les pratiques d’allaitement au Burkina Faso, a dit à IRIN que des entretiens réalisés dans le pays entier avec plus de 1 000 femmes enceintes, mères, pères, leaders d’opinion, personnes âgées et professionnels de l’accouchement, ont montré que l’allaitement exclusif était une pratique « mal accueillie, inenvisageable et étrangère » au Burkina Faso.



Le rapport final de l’équipe sera remis à l’UNICEF mi-août.



Eau



« Le lait maternel ne suffit pas à nourrir un enfant », ont expliqué des personnes interrogées. D’après M. Bengaly, « on offre de l’eau aux visiteurs ; et puisque les nouveau-nés sont considérés comme des visiteurs venus d’un autre monde, l’eau est le premier liquide qu’on leur donne… Le premier instinct est de donner de l’eau au bébé, de peur qu’il ne quitte ce monde ».



Les soignants ne se rendent tout simplement pas compte des limites de l’organisme d’un nourrisson. M. Bengaly a raconté qu’au cours d’entretiens avec des personnes appartenant aux neuf principaux groupes ethniques du pays, les chercheurs avaient découvert qu’en plus du lait maternel, on donnait aux bébés de l’eau mélangée à des cendres, du beurre de karité, des plantes ou du sucre, en vertu de croyances selon lesquelles ces mélanges guérissaient, purifiaient, protégeaient des esprits et éloignaient la mort.



Mélanges



Les ingrédients de ces breuvages varient selon les régions et les ethnies. « Près du Niger [pays voisin situé à l’est du Burkina Faso], où le climat est chaud et sec, on considère que le lait maternel est trop chaud, et qu’il faut donner de l’eau au bébé après l’allaitement afin de le rafraîchir », a expliqué à IRIN M. Bengaly.



« Dans les zones périurbaines, où la qualité de l’air est médiocre, les familles utilisent des mélanges pour chasser les impuretés ou protéger les bébés des mauvais esprits, sans se rendre compte qu’un nourrisson ne peut pas supporter les extraits de plantes que les adultes tolèrent très bien », a raconté le biochimiste, ajoutant que ces extraits pouvaient être nocifs pour les reins des nouveau-nés, et que la mauvaise qualité de l’eau augmentait les risques de maladies hydriques.



Les familles n’ont absolument pas conscience de ces risques, a expliqué Fatimata Borro, une étudiante diplômée en sociologie, qui a mené les entretiens avec les personnes de l’ethnie Samo. « [On considère que] l’enfant vient d’un autre monde, et que l’on doit tout faire pour qu’il reste dans ce monde, ce qui passe notamment par la médecine traditionnelle ».



L’allaitement exclusif est perçu comme un luxe réservé aux riches, a dit M. Bengaly. Certaines personnes interrogées ont dit que les mères vivant dans des maisons à air conditionné pouvaient se permettre d’allaiter leurs enfants en permanence parce qu’elles n’étaient pas confrontées à la chaleur et à la poussière, qu’il faut combattre en donnant de l’eau aux bébés.



Malnutrition



Dans certains cas, l’allaitement exclusif va à l’encontre de la tradition. Ami Ouedraogo, 22 ans, a dit à IRIN qu’elle ne donnait pas uniquement du lait maternel à son nourrisson de neuf mois parce que ce n’était pas ainsi que l’on élevait les enfants dans son village. « Tout le monde donne de l’eau aux enfants en plus du lait maternel ».



Mme Ouedraogo est venue avec sa fille Sofieta dans une centre de nutrition de semaine, dans le village de Tanlili, du district de Ouahigouya, situé à environ 200 km au nord-ouest de Ouagadougou, où des professionnels de santé de la Croix-Rouge belge mesurent la taille, le tour de bras et le poids de sa fille.



Après neuf semaines de surveillance, celle-ci mesurait 5,6 kg, soit un demi-kilogramme de plus que lors de sa première pesée, le 5 juin. Un poids toujours insuffisant pour qu’elle ne soit plus considérée comme malnutrie.



D’après l’OMS, l’allaitement exclusif permet de donner à l’enfant toute l’énergie et tous les nutriments dont il a besoin au cours des premiers mois de sa vie, continue à couvrir au moins la moitié de ses besoins nutritionnels pendant la seconde moitié de la première année, et jusqu’à un tiers pendant la deuxième année de vie.



L’absence d’allaitement exclusif pendant les premiers mois peut contribuer à la malnutrition. Selon l’OMS et l’UNICEF, plus d’un million d’enfants pourraient être sauvés chaque année si les pratiques d’allaitement étaient améliorées.



Le principal obstacle au changement des pratiques d’allaitement est la réticence à abandonner les traditions, a expliqué M. Bengaly à IRIN. « Les femmes reconnaissent la valeur de leur lait et l’intimité que permet l’allaitement, mais de là à se contenter du lait maternel ? Impossible, à leurs yeux ».



pt/he/il/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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