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Le marché, un des facteurs de la violence xénophobe

[South Africa/Somali] Abdi Agakonbo, 35, fled the war in Mogadishu last year and traveled penniless for three months to get to Cape Town. Once here, he was dismayed to find Somalis victims of widespread violence. [Date picture taken: 10/05/2006]
Abdi Agakonbo, 35, fled the war in Mogadishu last year and traveled penniless for three months to get to Cape Town (Gretchen L. Wilson/IRIN)

Le sens des affaires des ressortissants étrangers, plus que la seule xénophobie, est cité comme l'un des facteurs à l'origine des agressions dont sont victimes les migrants, originaires de Somalie et d’ailleurs, dans la ville portuaire du Cap, en Afrique du Sud, selon un audit commandé par la municipalité.



A la suite des violences qui ont secoué le pays en mai 2008, faisant plus de 60 morts et des dizaines de milliers de déplacés, la municipalité du Cap a commandé un rapport, intitulé Audit des ‘Spaza shops’ – petites boutiques informelles - à Khayelitsha, un bidonville situé à la périphérie de la ville.



Le 13 juin 2009, le lendemain de la publication du rapport, une sinistre affaire marquait la reprise de ces mêmes événements : des commerçants somaliens du bidonville de Gugulethu, au Cap, recevaient des courriers dans lesquels il leur était enjoint de quitter les lieux dans les sept jours suivants.



Le 15 juin, la police du Cap a convoqué une réunion entre les commerçants somaliens et leurs homologues locaux pour désamorcer les tensions et éviter que les violences ne se reproduisent.



Le rapport portait sur 214 spazas locaux et 138 spazas étrangers de Khayelitsha, un bidonville tentaculaire, établi en 1983 par le gouvernement de l’apartheid pour tenter de maîtriser l’exode des populations noires de la campagne à la ville.



Khayelitsha devait initialement accueillir 220 000 habitants, mais il compte aujourd’hui près de 10 fois ce nombre, et affiche un taux de chômage d’environ 50 pour cent.



Les planificateurs de l’apartheid s’étaient assurés que Khayelitsha, tout comme les autres bidonvilles, serait tenu à l’écart du commerce sud-africain général par la distance et de piètres systèmes de transport : les spazas sont donc venus combler le vide, en permettant aux habitants de se procurer leurs produits de base, de la semoule de maïs aux cigarettes, mais souvent à des prix plus élevés.



La fin de l’apartheid n’a pas modifié la dynamique commerciale du bidonville, mais elle a entraîné une évolution démographique, les immigrés africains étant désormais attirés par ces bidonvilles, à la fois en raison de leurs propres difficultés socio-économiques et des possibilités qui s’offrent à eux d’y faire des affaires.



En 2006, selon les estimations, l’industrie des spazas représentait environ 4,7 pour cent du commerce de détail, soit plus de neuf milliards de rands (1,1 milliard de dollars).



Les supermarchés des bidonvilles



Selon le rapport, les attaques perpétrées à l’encontre des commerces somaliens seraient « motivées par des facteurs ethniques » ; mais « il y a [également] une question de prix, de choix du consommateur et de développement de spazas de type supermarché, qui a des répercussions sur le commerce de détail dans la région », pouvait-on lire dans le rapport.








« Les ressortissants étrangers propriétaires de spazas offrent une plus large gamme de produits et de services à des prix plus bas. Les ressortissants étrangers propriétaires de spazas achètent leurs produits en gros par le biais de réseaux sociaux, qui leur permettent également d’accéder à des ressources financières. Ils parviennent donc à obtenir d’importants rabais. Dès lors, les propriétaires de spazas locaux luttent pour rester compétitifs »

« De nombreux spazas, ouverts par des immigrés somaliens, se sont transformés en mini-supérettes, que les consommateurs privilégient souvent, car elles offrent un vaste éventail de produits, comparé aux spazas "comptoirs" ou aux spazas "guichets" ».



Les propriétaires de spazas locaux « sont motivés par la survie et préfèreraient travailler dans une entreprise, s’ils en avaient le choix. Les propriétaires de spazas étrangers, en revanche, sont plus innovateurs et envisagent de développer leurs commerces », selon le rapport.



Les différences frappantes entre les deux ont été observées dans les capitaux de départ : le capital de départ d’un spaza local s’élève en moyenne à environ 500 rands (62,50 dollars) contre plus de 3 000 rands (375 dollars) investis par les ressortissants étrangers, et « fait remarquable, la majorité des ressortissants étrangers propriétaires de spazas ont lancé leurs commerces après avoir décelé une opportunité sur le marché ».



Selon le rapport, la stratégie de commerce de détail adoptée par les ressortissants étrangers propriétaires de spazas est illustrée par l’aménagement de leurs boutiques, plus proches des magasins de proximité, qui offrent une plus grande variété de produits à des prix plus compétitifs.



« Les ressortissants étrangers propriétaires de spazas offrent une plus large gamme de produits et de services à des prix plus bas. Les ressortissants étrangers propriétaires de spazas achètent leurs produits en gros par le biais de réseaux sociaux, qui leur permettent également d’accéder à des ressources financières. Ils parviennent donc à obtenir d’importants rabais. Dès lors, les propriétaires de spazas locaux luttent pour rester compétitifs ».



Différences culturelles



Selon le rapport, les ressortissants étrangers et les propriétaires de spazas locaux se caractérisent par leurs « différences culturelles », les premiers étant plus « collectivistes de nature », et les seconds privilégiant une approche plus « individualiste ».



« Les différences distinctes entre les deux groupes de propriétaires de commerce se traduisent par le recours à des méthodes d’achat différentes : les ressortissants étrangers propriétaires de spazas procèdent à des achats collectifs, et peuvent ainsi bénéficier de rabais pour les achats en gros, ce qui se répercute directement sur leurs stratégies en matière de prix ».



Il est également souligné dans le rapport que les propriétaires locaux ne tiennent pas leurs comptes, contrairement aux ressortissants étrangers ; or, en plus de donner un aperçu détaillé de la santé financière du commerce, cette pratique est également cruciale pour pouvoir accéder à des ressources financières.



Les officiers de police de Khayelitsha interrogés pendant les « flambées de violence xénophobe » de mai 2008 attribuaient à des éléments criminels les attaques commises à l’encontre des commerçants étrangers.



Toutefois, la police a également reconnu que « les tensions qui existent entre les propriétaires de spazas locaux et étrangers [s’expliquent] par le caractère de plus en plus compétitif du marché des spazas. [Dès lors,] les propriétaires de spazas locaux [ne parviennent pas à] rester compétitifs face aux propriétaires étrangers en termes de prix et d’évolution des préférences chez le consommateur ».



Le rapport fait état d’un manque d’information sur les programmes publics adressés aux entrepreneurs, mais la municipalité du Cap, en partenariat avec la Graduate School of Business de l’université du Cap offre des programmes d’aide aux entreprises, notamment de développement des compétences entrepreneuriales, aux propriétaires de petites entreprises de Khayelitsha.



go/he/oa/nh/ail

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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