La ville a retrouvé son calme après les épisodes de violence sectaire qui ont éclaté le 27 novembre ; cependant, des milliers de personnes dont les habitations ont été brûlées au cours de ces trois jours d’affrontements sont toujours hébergées dans les mosquées, les églises, les casernes militaires et les hôpitaux.
« La ville est pratiquement à court de denrées alimentaires, d’eau et de matériel médical », a expliqué à IRIN Baba Hassan Ibrahim, vice-président du parlement de l’État de Plateau. « Les blessés et les personnes déplacées sont les premières victimes de ces tensions car ils ne doivent leur survie qu’à des produits d’aide humanitaire inappropriés. »
Aucun programme d’urgence gouvernemental à moyen terme n’a encore été annoncé pour les personnes privées de foyer.
Le marché des céréales sous les décombres
Les pénuries alimentaires ont été aggravées par l’incendie qui a ravagé plus de 3 000 magasins et entrepôts de céréales du marché de Laranto, l’unique marché alimentaire de la ville, qui a été le théâtre d’un grand nombre d’hostilités.
« Ce marché, dont dépend la ville toute entière pour l’alimentation, n’est plus que décombres, cendres et restes broyés de toitures. Même nous, qui vendons [des denrées alimentaires] en ville, n’avons pas suffisamment de vivres », a expliqué Mohammed Sani, commerçant, tout en nettoyant les débris consumés de ce qui fut autrefois son magasin.
De nombreux autres commerçants qui disposent encore de quelques stocks sont trop nerveux pour les apporter en ville, a-t-il ajouté.
Selon Dan Tom, législateur fédéral et directeur de la Croix-Rouge nigériane à Jos, une organisation à but non lucratif, les réserves de denrées alimentaires et de matériel médical d’urgence sont insuffisantes pour répondre aux besoins des blessés et des personnes déplacées. La Croix-Rouge, l’Agence nigériane de gestion des urgences (NEMA), le gouvernement de l’État de Plateau et d’autres ONG ont les plus grandes difficultés à répondre aux besoins des habitants, a-t-il affirmé.
Hôpitaux
D’après M. Tom, les trois hôpitaux de la ville où sont soignés les habitants blessés au cours des émeutes voient leurs stocks de fournitures médicales s’amenuiser à toute vitesse. Des centaines de personnes ont été hospitalisées à l’hôpital universitaire de Jos (JUTH), à l’hôpital public spécialisé de Plateau et à l’hôpital missionnaire des églises évangéliques d’Afrique de l’Ouest.
« La situation est véritablement alarmante. Les réserves de médicaments sont très limitées et des centaines de patients ont été admis au cours de ces quelques derniers jours. Un grand nombre des nouveaux admis souffrent de blessures par balle et de coups machette », a précisé M. Tom.
Samaila Abdullahi Mohammed, député à la Chambre basse du Nigeria, a indiqué que d’autres patients soignés par la Croix-Rouge à la mosquée centrale de Jos n’avaient pas reçu « le moindre morceau de pain » de la part du gouvernement national.
Dans le même temps, les familles dont les maisons sont toujours debout commencent à regagner leurs foyers.
« J’ai regagné ma maison, qui a été partiellement brûlée. J’ai conscience d’avoir plus de chance que ceux qui ont vu leur habitation dévastée par les flammes. Pourtant, sans vivres ni eau, je suis tentée de retourner dans le camp [de déplacés] où je pourrai obtenir un peu de nourriture et d’eau quand j’en aurai besoin », a expliqué à IRIN Lawan Kabir, une habitante.
Des efforts gouvernementaux
Une délégation de parlementaires est arrivée à Jos le 1er décembre afin d’enquêter sur les massacres. L’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) a exhorté le gouvernement à poursuivre les responsables.
Alors que la vie commence, pour certains, à reprendre son cours, Georgette Gagnon, directrice de HRW Afrique, a déclaré que les autorités nationales devaient désormais s’attaquer aux causes profondes des tensions afin d’empêcher toute résurgence de la violence.
Pour ce faire, Mme Gagnon juge essentiel de modifier de toute urgence la législation nationale qui instaure actuellement une discrimination à l’encontre des « non-indigènes », ou de ceux qui ne sont pas en mesure de relier leur généalogie à l’État, ce qui a engendré de nombreux affrontements sectaires au Nigeria.
Le 1er décembre, les autorités de l’État de Plateau ont arrêté 16 personnes originaires du Niger. Celles-ci sont accusées d’avoir être recrutées pour promouvoir la violence. Isa Ibrahim, ambassadeur du Niger au Nigeria, a démenti ces accusations et affirmé que les coupables présumés travaillaient simplement comme vendeurs d’eau à Jos, à l’instar de nombreux Nigériens.
Khalid Abubakar, imam de la mosquée centrale de Jos, a accusé le gouvernement national de tenter de protéger la police qui, selon lui, serait largement impliquée dans les massacres. HRW, de son côté, a également affirmé avoir à plusieurs reprises eut vent de rapports selon lesquels des personnes avaient été tuées par des membres des forces de sécurité réagissant à la violence.
« Nous ne souhaitons pas commenter des allégations aussi graves. Le gouvernement fédéral et la Chambre basse se sont engagés à enquêter sur ces violences. Il nous semble légitime de les laisser présenter leurs conclusions plutôt que de répondre à des accusations sans fondement », a affirmé Bala Kassim, porte-parole de la police de l’État de Plateau.
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