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Paludisme - Lutter contre les erreurs de diagnostics

Au Mali, selon les experts de la santé, la majorité des cas de paludisme n’en sont pas ; du fait de ces mauvais diagnostics, il se crée une résistance aux médicaments antipaludiques, et les maladies dont sont véritablement atteints les patients ne sont pas traitées.

« Au Mali, quand les gens sont malades, le médecin leur dit généralement qu’ils ont attrapé le paludisme, qu’ils se soient fait dépister ou non », a expliqué Fatou Faye, chercheuse et formatrice en maladies contagieuses au centre Charles Mérieux, un laboratoire médical privé de Bamako.

« Les patients achètent alors leurs médicaments anti-paludiques dans la rue et développent une résistance aux traitements ».

Cela signifie, selon les recherches menées par le docteur Imelda Bates dans le cadre du Projet de connaissance sur le paludisme (Malaria Knowledge Project - MKP) de la Liverpool University School of Tropical Medicine, que les patients passent à côté d’autres causes de maladies qui génèrent également de la fièvre, telles que la pneumonie ou la méningite. Et cela peut aggraver l’état des malades, voire entraîner la mort.

Cela se répercute également sur la productivité économique. Les erreurs de diagnostiques peuvent en effet aggraver la pauvreté des populations : non seulement les patients restent malades pendant des périodes prolongées, mais ils gaspillent également leurs économies pour s’acheter les mauvais médicaments.

Le paludisme est la maladie la plus courante chez les enfants maliens de moins de cinq ans, selon George Dakono, coordinateur du projet national de lutte contre le paludisme.

Un « nombre choquant » d'erreurs de diagnostics

L’écart entre les cas réels et les cas supposés a atteint un niveau « choquant » dans toute l’Afrique, à en croire le MKP.

Au Mali, le paludisme est diagnostiqué à l’aide d’un équipement onéreux. Or, la plupart des centres de santé, en particulier dans les régions rurales, n’ont pas les moyens de se l’offrir, ou n’ont pas le personnel qualifié nécessaire pour le faire fonctionner, selon Michel Van Herp, un épidémiologiste de l’organisation non-gouvernementale Médecins sans frontières (MSF) Belgique.

Dès lors, la plupart des médecins « font des suppositions, fondées sur des soupçons », a-t-il expliqué, ce qui donne lieu à un traitement excessif des cas de paludisme.

En outre, selon M. Dakono et Mme Faye, la plupart des personnes qui souffrent de fièvre au Mali ne se rendent pas du tout dans les centres de santé, soit parce qu’elles vivent trop loin, soit parce qu’elles ne veulent pas payer jusque 0,95 dollar la consultation. Au lieu de cela, elles posent leur propre diagnostic et se soignent elles-mêmes.

Ainsi, chez les enfants, jusque 70 pour cent des cas de maladies fiévreuses sont diagnostiqués et traités au domicile du malade, selon le MKP.


Photo: Nicholas Reader/IRIN
Une fillette atteinte de paludisme, et traitée dans un centre de santé public, financé par MSF

Les laboratoires, l’étalon-or

Le Mali a besoin de laboratoires plus nombreux et mieux équipés pour lutter contre les mauvais diagnostics de masse, selon Mme Faye.

En effet, pour Valentina Buj, responsable de projet sanitaire à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « le frottis sanguin en laboratoire est l’étalon-or en matière de diagnostic du paludisme ».

Mais la majorité des 82 laboratoires publics du pays n’ont ni les équipements ni les techniciens qualifiés qu’il faut pour diagnostiquer le paludisme, a déclaré Mme Faye à IRIN.

La Fondation Charles Mérieux a ouvert un laboratoire à Bamako pour diagnostiquer le paludisme ainsi que d’autres maladies contagieuses, pour former les techniciens des centres de santé du pays à utiliser l’équipement diagnostique et à diriger un laboratoire, et, grâce à une aide financière accordée par l’Union européenne, pour équiper les laboratoires du pays.

L’objectif est de reproduire les normes appliquées dans les laboratoires français. « Nous voulons faire en sorte qu’ils puissent diagnostiquer eux-mêmes correctement la majorité des maladies sur lesquelles ils tombent », a indiqué Mme Faye.

Tests diagnostiques rapides

Mais pour M. Van Herp de MSF, les laboratoires ne sont pas la solution pour améliorer le diagnostic du paludisme dans les régions rurales du Mali, où les centres de santé et les laboratoires sont peu nombreux et éloignés les uns des autres.

« Plutôt que d’acheter du matériel plus coûteux et de dispenser des formations en profondeur, ce qui est difficile à faire en milieu rural, nous avons besoin de kits de test pour le paludisme qui soient simples et basse technologie », a-t-il déclaré à IRIN.

Pour lui, la solution consiste à fournir aux travailleurs de la santé communautaires de l’ensemble du pays des tests diagnostiques rapides (RDT), petits et faciles à transporter, qui coûtent en moyenne 0,45 dollar, afin qu’ils puissent dépister les populations, village par village.

« Le test prend 15 minutes pour donner des résultats et cela prend une demi-journée de former un travailleur de la santé communautaire à son utilisation », a expliqué M. Van Herp. « C’est le seul moyen de diagnostiquer les populations à domicile », a-t-il affirmé.

Le test est simple : si la personne a contracté le paludisme, les produits chimiques du test réagissent à un produit secrété dans son sang par le parasite responsable du paludisme, et 15 minutes plus tard, une bande rouge apparaît. Dans les régions où MSF a distribué ces tests, le nombre de patients atteints de paludisme venus se faire soigner contre cette maladie est passé d’un sur quatre à 100 pour cent.

Mais déployer ces kits à l’échelle nationale est un défi au Mali : ceux-ci doivent en effet avoir une longue durée de conservation et exigent des systèmes de distribution sophistiqués, et leurs résultats ne sont pas fiables lorsque la température excède 30 degrés Celsius, la température moyenne au Mali. « Cette technologie doit encore être perfectionnée », selon Mme Buj.

MSF a néanmoins annoncé qu’il prévoyait de déployer son programme, dans le cadre duquel 80 000 personnes sont dépistées, à l’heure actuelle, dans les régions sujettes au paludisme, à travers le pays, avec l’aide du gouvernement.

« Le ministère de la Santé subventionne déjà les […] centres de santé, […] alors pourquoi ne pas commencer aussi à prendre en charge les frais de diagnostic ? »

Le financement

Avec cette technologie simple, il ne serait pas forcément coûteux d’améliorer le diagnostic du paludisme : il faudrait 61 millions de dollars américains pour couvrir les besoins du Mali en matière de diagnostic, selon M. Van Herp. En revanche, il faudrait que le gouvernement et les bailleurs de fonds prennent la question plus au sérieux.

La première étape, selon le MKP, consisterait à mener des analyses coûts-avantages, pour cartographier la prévalence du paludisme, les schémas de résistance, et les capacités des centres de santé ; cela permettrait de définir ainsi l’approche diagnostique la plus adaptée : les tests rapides ou l’amélioration des laboratoires.

Les bailleurs internationaux sont intervenus pour faciliter les efforts de lutte contre le paludisme déployés par le Mali : la Fondation George Bush et le Fonds mondial de lutte contre le VIH/SIDA, le paludisme et la tuberculose se sont engagés à verser 126 millions de dollars sur cinq ans, mais à en croire les critiques, une trop petite portion de ces fonds a été allouée au diagnostic.

« Le ministère de la Santé subventionne déjà les médicaments et les salaires du personnel, et il construit déjà des centres de santé, et les fonds internationaux sont en train de rentrer, alors pourquoi ne pas commencer aussi à prendre en charge les frais de diagnostic ? », s’est interrogé M. Van Herp.

Selon un praticien de la santé, qui exerce dans un centre de santé public de Fana, une ville située au nord de Bamako, « si le gouvernement n’aide pas dans le domaine des diagnostics, ses autres efforts tomberont à plat ».

Pour sa part, Mme Buj de l’OMS est convaincue que le Mali est sur la bonne voie. « En ce qui concerne […] les diagnostics, la situation est sans aucun doute en train de s’améliorer au Mali », a-t-elle assuré.

aj/nr/nh/vj


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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