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Des opérations humanitaires entravées par les violences politiques

Les violences post-électorales au Zimbabwe entravent les opérations des organisations humanitaires et rendent encore plus précaire une situation alimentaire déjà très critique. Un tiers de la population, soit environ quatre millions d’habitants, reçoit une aide humanitaire.

Une représentante de l’Association nationale des organisations non-gouvernementales (NANGO), l’organisme qui chapeaute les organisations humanitaires et les groupes de la société civile, a, sous le couvert de l’anonymat, confié à IRIN que ces derniers « étaient inquiets de constater que les violences post-électorales empêchaient impudemment les populations d’accéder aux rares denrées alimentaires disponibles ».

« Il devient très difficile pour les travailleurs humanitaires, de se rendre auprès de ces populations et de distribuer des vivres aux communautés qui en ont besoin », a-t-elle déclaré.

« Il devient très difficile pour les travailleurs humanitaires, de se rendre auprès de ces populations et de distribuer des vivres aux communautés qui en ont besoin »
Le Zimbabwe devrait enregistrer une mauvaise récolte de plus après des pluies précoces et incessantes, suivies d’une longue période de sécheresse cette année, et conjuguées à une pénurie d’intrants agricoles et à la sous-exploitation des terres agricoles par les fermiers réinstallés dernièrement, une situation aggravée par une nouvelle vague de violences politiques.

Selon la représentante de la NANGO, les régions les plus touchées par la violence politique sont les communautés rurales des districts de Mutoko, Uzumba-Maramba-Pfungwe et Dande, dans la province du Mashonaland Central, dans le nord du Zimbabwe. Autrefois les bastions politiques de la ZANU-PF, le parti au pouvoir, ces régions ont voté pour les candidats du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), le parti d’opposition, aux élections du 29 mars.

La représentante de la NANGO a également fait état de « nombreux autres cas inquiétants », notamment des cas de violence politique survenus dans la province du Mashonaland Est, dans le nord-est du pays, ainsi que dans les districts de Mutasa et de Rusape, dans la province du Manicaland, dans l’est du Zimbabwe.

« Certains de nos membres nous ont dit qu’il était actuellement risqué de poursuivre nos opérations dans les régions en proie à la violence. Tout contact avec les communautés peut être perçu comme un acte politique et cela peut devenir dangereux, étant donné que le gouvernement a interdit tout rassemblement », a-t-elle fait remarquer.

« Par exemple, une organisation de défense des droits de l’enfant a rapporté que sa réunion avec des chefs de village à Rusape était devenue tendue, parce que certains participants pensaient que le terme "droits" signifiait que l’ONG faisait campagne pour l’opposition ».

« Opération Mavhoterapapi » (Pour qui avez-vous voté ?)

Les vétérans de la guerre de libération du Zimbabwe, les jeunes miliciens de la ZANU-PF, le parti du président Robert Mugabe, et des soldats de l’armée auraient installé des bases dans les régions rurales du pays et s’en prendraient aux militants présumés de l’opposition dans le cadre de « l’opération Mavhoterapapi » (Pour qui avez-vous voté ?).

Selon les victimes de l’opération, il s’agit d’une stratégie visant à écarter ceux qui font campagne pour le MDC, dans la perspective d’un probable deuxième tour des élections présidentielles, bien que la Commission électorale du Zimbabwe (ZEC) n’ait pas encore proclamé les résultats du premier tour.

Le MDC revendique la victoire de Morgan Tsvangirai, son leader, au premier tour du scrutin avec plus de 50 pour cent des suffrages et ne voit donc pas la nécessité d’organiser un deuxième tour. Quant à la ZANU-PF, le parti de M. Mugabe, elle affirme qu’il n’y a pas eu de vainqueur absolu à l’issue du premier tour.

La ZEC, dont les fonctionnaires sont nommés par M. Mugabe, a commencé à recompter les bulletins de vote de 23 circonscriptions, accédant ainsi à la demande de la ZANU-PF, qui a perdu sa majorité parlementaire pour la première fois depuis l’indépendance, en 1980.

Les résultats des élections législatives publiés par la ZEC donnaient 99 sièges au MDC de M. Tsvangirai, contre 97 sièges à la ZANU-PF de M. Mugabe. La faction dissidente du MDC a obtenu 10 sièges, tandis que Jonathan Moyo, ancien ministre de l’Information de la ZANU-PF et candidat indépendant aux élections, en a obtenu un.

L’Union africaine (UA) s’est dite préoccupée par le retard enregistré dans la publication des résultats du scrutin présidentiel, qui, selon elle, « crée un climat de tension ». Pour sa part, Ban Ki-moon, le Secrétaire général des Nations Unies, a déclaré que le Zimbabwe était dans une « situation plutôt dangereuse ».

Quant à Tendai Biti, le Secrétaire général du MDC de M. Tsvangirai, il a indiqué lors d’une conférence de presse à Johannesburg, en Afrique du Sud, le 20 avril, que depuis les élections du 29 mars, 10 membres de son parti avaient été assassinés, 3 000 personnes avaient été déplacées et 500 autres avaient été hospitalisées, victimes de violences politiques.

« Une guerre est en cours au Zimbabwe, menée par le régime de Mugabe contre la population. Le régime a laissé la violence se déchaîner contre son peuple et la police ferme les yeux », a déclaré M. Biti.

Johnson Chibuya, 43 ans, est originaire du village de Donzve dans le district de Mutoko, dans la province du Mashonaland Est, à quelque 190 kilomètres au nord-est de Harare, la capitale. Il fait partie des centaines de villageois qui se sont réfugiés au siège du MDC, dans la capitale, pour échapper au châtiment de la ZANU-PF. Se tenant sur ses béquilles, il a indiqué à IRIN qu’il attendait de recevoir « une aide, sous quelque forme qu’elle puisse être ».

Camps de torture

Il y a une semaine, des miliciens, menés par un soldat uniquement connu sous le nom de « Crunch », ont obligé M. Chibuya, sa femme et ses trois enfants scolarisés à marcher jusqu’à un camp situé dans la brousse, à proximité de leur village. Au camp, d’autres militants présumés du MDC, arrêtés dans la région, les attendaient déjà.

« Trois de nos agresseurs s’étaient mis à creuser un trou qui, selon eux, était la tombe dans laquelle ils nous enterreraient ; un peu comme le châtiment qui était réservé aux traitres pendant la guerre de [libération] »
« Nous étions environ 35 personnes. On nous a fait asseoir devant un brasier que Crunch et les miliciens avaient allumé. Trois de nos agresseurs s’étaient mis à creuser un trou qui, selon eux, était la tombe dans laquelle ils nous enterreraient ; un peu comme le châtiment qui était réservé aux traitres pendant la guerre de [libération] », a-t-il expliqué.

« On nous a ordonné de chanter au préalable des chants anti-britanniques [...], puis ils se sont mis à nous battre avec des morceaux de bois et des barres de fer et à nous lapider. Je me suis évanoui, mais lorsque j’ai retrouvé mes esprits, mes compagnons d’infortune étaient tous à terre, pendant que les miliciens faisaient les cent pas », a raconté M. Chibuya à IRIN.

Au petit matin, ils ont demandé à d’autres villageois de faire venir une charrette tractée par un bœuf pour transporter les blessés graves jusqu’à l’axe routier Harare-Mutoko, où ils ont été abandonnés. Un passant a conduit M. Chibuya au dispensaire le plus proche avant qu’il ne soit transféré vers le centre médical d’Harare, où il a été soigné.

« J’ai appris par un villageois qui est ici qu’ils ont ensuite incendié ma maison et mon grenier, comme ils l’ont fait à bien d’autres personnes. Ce qui veut dire que je n’ai plus de maison, plus de vivres et que je ne sais pas quand je retrouverai les membres de ma famille, s’ils sont encore en vie », a déploré M. Chibuya.

Le villageois a également confié à M. Chibuya que malgré leurs blessures, les membres de sa famille s’étaient cachés dans les collines voisines et que les miliciens avaient prévenu la population de ne pas leur donner de nourriture.

Les classes devraient reprendre la semaine prochaine, mais il n’est pas certain que les enfants de M. Chibuya puissent y retourner ni que les écoles ouvrent leurs portes.

Michael Zireva, 50 ans, une autre victime venue trouver refuge au siège du MDC, a indiqué à IRIN que les miliciens s’étaient introduits dans sa maison à Murewa, à une centaine de kilomètres au nord-est d’Harare, l’avaient ligoté puis amené devant son enclos de bœufs et de chèvres, qu’ils avaient aspergés d’essence avant de les brûler vifs.

« Il m’a fallu deux générations entières pour constituer un troupeau de 10 bœufs et 15 chèvres. Je ne comprends pas ces scènes de cruauté auxquelles j’ai assisté et échappé. Avec quoi vais-je nourrir ma famille lorsque cette folie cessera ? Où vais-je trouver l’argent pour payer les frais de scolarité ? », s’est lamenté M. Zireva.

Les miliciens ont également volé les 150 kilos de maïs de sa dernière récolte et ont ensuite rasé sa maison. M. Zireva ne sait pas où se trouvent les membres de sa famille, ni s’ils sont encore en vie.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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