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Joindre les deux bouts à Samburu, en pleine crise post-électorale

Joseph Letresh s’estimait heureux de travailler comme danseur traditionnel dans un hôtel touristique de la réserve naturelle de Samburu, dans le nord-est du Kenya. Mais lorsque des flambées de violence ont éclaté dans plusieurs régions du pays, à la suite des élections controversées de décembre, de nombreux touristes ont été forcés d’annuler leur voyage.

« On m’a embauché comme saltimbanque parce que j’avais été à l’école », a-t-il raconté à IRIN. « J’ai travaillé pendant sept ans à l’hôtel, jusqu’en janvier, lorsque la direction m’a renvoyé chez moi. Aujourd’hui, je me débats pour subvenir aux besoins de mes trois enfants ».

Comme Joseph Letresh, John Lekollol travaillait comme serveur depuis 10 ans dans un autre hôtel de la réserve naturelle, jusqu’à ce que lui aussi soit renvoyé, les affaires allant mal et l’hôtel n’ayant pas les moyens de continuer à payer son personnel.

« Nous nous sommes résolus à mendier pour survivre », a-t-il confié à IRIN. « J’ai perdu mon statut. Le gouvernement doit nous aider à nourrir nos enfants [et] à payer les frais de scolarité de ceux qui vont à l’université. Mes deux filles, qui font des études d’enseignantes, devront arrêter si l’hôtel ne me réembauche pas rapidement ».

Fabian Lolosoli était membre de l’association pour la préservation de la faune et de la flore de la Communauté Kalama, à Samburu, un projet lancé pour aider les familles qui ont perdu leur bétail, décimé par la sécheresse ou volé par des bandits.

« Le projet est aujourd’hui menacé, le tourisme, leur principale source de revenus, s’étant effondré », a-t-il déploré. « Nous avions réussi à aider la plupart des membres à participer à des activités génératrices de revenus après avoir collecté des fonds, versés par des touristes venus visiter nos camps, [mais] nous n’avons reçu aucun visiteur depuis le début du mois de janvier ».

Les commerçantes qui vendaient des objets artisanaux ont elles aussi été durement touchées, selon Rebecca Lolosoli de l’association de femmes Umoja d’Archers Post (Samburu). « La crise et les violences politiques ont lieu très loin d’ici, mais nous en souffrons énormément ».

« Cette crise est un obstacle majeur à nos projets d’émancipation des femmes, qui consistent à leur procurer une source de revenus, ainsi qu’une source alternative de revenus pour la plupart d’entre elles, qui ne connaissent rien d’autre que l’élevage de bétail », a-t-elle ajouté.

Un circuit sans touristes

Dans le nord-est du Kenya se trouve un circuit touristique populaire, qui emmenait les touristes jusqu’à Isiolo, Laikipia et Samburu.

Au fil du temps, des centaines de familles, qui dépendaient auparavant du bétail comme source de revenu, ont commencé à dépendre du tourisme, une entreprise moins risquée dans une région qui souffre de sécheresses fréquentes.


Photo: Jane Some/IRIN
Le tourisme était la principale source de revenu des habitants de Samburu où les terres sont généralement semi-arides
Le conseil municipal d’Isiolo, par exemple, dépendait largement du tourisme comme source de revenu. Aujourd’hui, selon le conseiller Galma Ali, le conseil lutte pour s’en sortir et a dû suspendre certains programmes, notamment l’allocation de bourses aux étudiants défavorisés et la collecte de déchets.

« Les politiciens doivent mettre un terme à ce problème », a estimé Mohammed Galgalo, qui vendait auparavant de la viande de chèvre, essentiellement consommée par les chauffeurs de tourisme.

M. Galgalo faisait allusion, en ces termes, aux leaders du Parti de l’Unité nationale, le parti au pouvoir, et du Mouvement démocratique orange, le parti d’opposition, qui ont convenu il y a un mois de former un gouvernement d’union, mais n’ont annoncé sa composition que le 13 avril.

Après deux mois de violences post-électorales qui ont fait au moins 1 500 morts et des centaines de milliers de déplacés, l’accord de coalition était perçu comme le meilleur moyen de pacifier le pays.

La semaine dernière, les pourparlers avaient été suspendus, incitant le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires étrangères (OCHA) à intervenir pour prévenir que cette interruption, annoncée le 8 avril, risquait de ralentir, voire d’interrompre les progrès réalisés en vue du rapatriement de milliers de déplacés internes.

Depuis lors, les tensions sont de nouveau vives dans certaines régions du pays, et la communauté internationale et les organisations humanitaires ont appelé le président kényan Mwai Kibaki et Raila Odinga, leader de l’opposition, à mettre en œuvre l’accord de coalition.

« Les politiciens doivent résoudre la crise actuelle et traiter le problème de la hausse du prix des denrées alimentaires, qui a contraint de nombreuses familles à se passer de nourriture », a estimé Halima Wako, qui vendait auparavant des fruits près de la barrière routière d’Isiolo. « Le gouvernement doit également nous donner de la nourriture et ne pas fermer les écoles ».

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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